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L'entretien FOOTENGO - Olivier ROUYER : "Entraîneur, je pense que c'est fini pour moi..."



Sa récurrente bonne humeur ne l'empêche pas de porter des analyses pointues sur les matchs qu'il commente, les débats auxquels il participe, les prises de position qu'il assume. Mais, à 57 ans, Olivier Rouyer serait beaucoup mieux dans ses baskets s'il pouvait encore intervenir directement sur l'évolution du football. Déçu de ne pas avoir suscité l'intérêt des dirigeants nancéiens en quête d'un successeur à Fernandez en décembre dernier, il semble s'être fait une raison. Sa passion, il la vit presque par procuration à travers son rôle de consultant... ou de gérant de complexes de foot indoor. (par Johan Cruyff)




Olivier Rouyer n'a plus dirigé d'équipe depuis quatorze ans.
Olivier Rouyer n'a plus dirigé d'équipe depuis quatorze ans.
M. Rouyer, vous n'avez plus été sur un banc depuis 1999, le terrain vous manque-t-il ?
Oui, bien sûr, notamment les jours de match. Pour quelqu'un comme moi qui avait toujours été joueur ou entraîneur, ne plus vivre la préparation, les causeries avant matchs, tout ce qui vous amène au coup d'envoi, est forcément un manque. Tout ce cérémonial qui débouche sur le match est quelques chose d'exceptionnel quand on y pense. C'est forcément que on ne le vit plus de l'intérieur qu'on s'en rend compte.

Pourquoi n'avez-vous jamais "replongé" depuis 1999 ?
Je ne sais pas... J'ai postulé en décembre dernier à Nancy pour prendre la suite de Jean Fernandez. Les dirigeants n'ont pas eu l'air intéressés. Mais je conçois que je ne fais sûrement pas ce qu'il faut pour décrocher un poste. Comme je me refuse de contacter directement un président de club quand il y a déjà un entraîneur en place, forcément, ça réduit les possibilités. Nancy était une opportunité... tant pis.

Dans ce contexte, comment appréhendez-vous votre rôle de consultant ?
Disons que c'est un peu un moindre par rapport à la frustration qui est parfois la mienne de ne pas être en poste. Car au fond de moi je suis avant tout un entraîneur. Mais j'apprécie au plus haut point ce rôle de consultant qui me plait et qui me permet de rester dans le milieu du foot. C'est génial.

Il est l'un des consultants les plus appréciés du PAF.
Il est l'un des consultants les plus appréciés du PAF.

"Mon rôle de consultant médiatique freine les ardeurs des présidents de club. Ça bloque les gens."

Vous êtes consultant depuis 1996... on imagine que vous avez évolué à mesure que ce statut devenait une reconversion très prisés de footeux en fin de carrière ?
Oui, c'est devenu un sujet de reconversion et tous les joueurs aujourd'hui doivent aussi se préparer, le cas échéant, à l'assumer un jour ou l'autre. Entre la télé, toutes les émissions qui y font appel, et la radio, les places sont nombreuses.

Comment y êtes-vous venu ?
Un peu par hasard au début de l'ère du Pay Per View sur Canal Plus quand Charles Biétry avait besoin de nouveaux consultant pour assumer cette nouvelle offre. Aujourd'hui, il existe toute une palette de consultants qui amènent de l'humour, de l'expertise, de la critique dans des émissions de foot qui sont devenues de véritables shows. Parfois, je vous le concède, c'est bizarre. On a changé d'ère et le consultant d'aujourd'hui est beaucoup moins lice qu'il l'était il y a dix sept ans quand j'ai été un des premiers à endosser le rôle. On le doit à des garçons comme Dugarry qui ont amené une dimension supplémentaire.

Un bon consultant, selon vous, c'est quoi ?
Quelqu'un qui est d'abord capable de prendre du recul, d'intéresser les gens à travers ses commentaires, de les amener au match, de capter leur attention. C'est une question de voix, en intensité et en volume, de rythme aussi, et d'expression française. Certains feraient d'excellents consultants parce qu'ils ressentent bien les choses, les anticipent... mais ont trop de lacunes de français. D'autres ont des voix qui ne passent pas tout simplement.

Beaucoup de footeux amateurs, qui consultent les sites Footengo, vous écoutent régulièrement, quels contacts avez-vous avec le foot de la base ?
Je n'en ai pas beaucoup. Ils se limitent à Saint Max, mon club de jeunesse que je sponsorise un peu, et quelques matchs que je peux aller voir de temps en temps. Là non plus, je n'ai jamais eu de propositions pour entraîner une équipe de CFA ou DH de Lorraine, comme ça arrive parfois à d'anciens pros. Il faut croire que mon rôle de consultant médiatique freine les ardeurs des présidents de club qui pensent que c'est incompatible. Ça bloque les gens.

N'ont-ils pas raison ?
Si, certainement (rires) ! En fait, désormais, à mon âge (57 ans), je pense que je ne serai plus jamais entraîneur.

Et si demain un président de club vous appelait pour coacher une équipe de DH ou PH de la région, vous accepteriez ?
Si c'est pour donner quelques conseils au coach en place, à Saint Max ou ailleurs, pourquoi pas. Avec plaisir. Mais mon emploi du temps ne me rend pas disponible le week-end donc il me serait impossible de m'investir au delà de quelques interventions en semaine.

Un de ses moments de gloire en 1977 lorsqu'il marque un but à Sepp Maier et à l'Allemagne championne du monde.
Un de ses moments de gloire en 1977 lorsqu'il marque un but à Sepp Maier et à l'Allemagne championne du monde.

"Nos parents nous parlaient de travail, de respect, d'argent aussi, mais d'honnêteté, de politesse etc. Et aujourd'hui, que reste-t-il de tout ça ?"

Vous êtes aussi responsable de deux centres de foot indoor sur Nancy et Saint Avold, comment appréhendez-vous cette activité ?
A l'origine, c'est un concours de circonstances qui m'a amené dans ce secteur. J'étais parrain du jorkyball de Nancy quand le propriétaire a souhaité agrandir sa salle. Avec Frédéric Biancalani, un autre ancien de l'AS Nancy Lorraine, il nous a sollicité pour savoir si on voulait faire partie de l'aventure. On a dit oui, le jorkyball est devenu Futbol Futbol Nancy, et on a même ouvert un second centre à Saint Avold (Soccer Land).

Ça date de trois ans, quel bilan faites-vous depuis ?
C'est compliqué... ça marche mais le côté saisonnier de la pratique rend les choses difficiles. Cette année nous avons bénéficié d'un hiver particulièrement long et froid, donc cela a favorisé la pratique du foot en salle mais on dépend quand même pas mal des conditions météos. Dès qu'il fait beau, les gens préfèrent jouer dehors. Hors, nous n'avons pas de terrain outdoor. Et à 7 ou 8 euros l'heure, il en faut des joueurs tous les jours pour arriver à trouver l'équilibre... surtout quand vous n'êtes pas propriétaire comme c'est notre cas.

Vous regrettez cet investissement ?
Non, mais c'est plus compliqué que ce que je pensais. Pour attirer les gens dans les deux complexes, il faut presque aller les chercher et les prendre par la main, leur organiser des tournois, leur offrir des cadeaux. Je m'investis dans la gestion des établissements, dans les événements aussi, quand il faut être présent, mais mes autres activités m'empêchent d'aller plus loin.

Seriez-vous ouvert à un rachat par une grande société du secteur comme Urban, le Five, Soccer5... ?
Oui, pourquoi pas. S'ils viennent, on étudiera leur proposition.

Quelles autres activités occupent votre quotidien ?
En plus des deux centres de foot indoor, de mon activité de consultant, j'ai aussi un café sur Nancy (Le Pinocchio), et je m'implique aussi pas mal dans diverses associations. Mais on entre là dans le domaine privé.

L'époque du régiment et de l'AS Nancy de Paco Rubio et Michel Platini.
L'époque du régiment et de l'AS Nancy de Paco Rubio et Michel Platini.
Que reste-t-il de votre carrière de joueur ?
Que de bons souvenirs, la satisfaction d'avoir été international (17 capes), d'avoir participé à de grandes compétitions (la Coupe du monde 1982), dans de grands stades... Que du bonheur. Et un seul regret : ne pas avoir répondu à la sollicitation du PSG lorsque je suis parti de Nancy en 1981 et que j'ai préféré Strasbourg.

Pourquoi ce choix ?
Là aussi on entre dans le domaine du privé (rires)...

Aimeriez-vous être joueur professionnel aujourd'hui ?
Bien sûr. Et je n'ai pas la prétention de croire que je serais différent des jeunes qui sortent des centres de formation et deviennent pros, comme nous il y a trente ans. Je pense que j'aurais la même mentalité parce que je reste persuadé que le fondement d'un homme est ce qu'il apprend, ce qu'on lui inculque quand il est enfant et adolescent auprès de sa famille. A notre époque, les valeurs parentales nous parlaient de travail, de respect, d'argent aussi, mais d'honnêteté, de politesse etc. Et aujourd'hui, que reste-t-il de tout ça ? L'argent surtout, le reste ne court pas les rues.

Vous semblez tout de même toujours aussi à l'aise dans ce milieu du football dans lequel vous baignez depuis que vous êtes enfant ?
Je suis un enfant de la balle toujours aussi passionné par le football qui aura été le fil conducteur de ma vie. J'essaie de respecter cette passion et d'être en phase avec mes rêves d'enfant.

propos recueillis par J.C.

L'entretien FOOTENGO - Olivier ROUYER : "Entraîneur, je pense que c'est fini pour moi..."
Olivier Rouyer
Né le 1 décembre 1955 à Nancy
Parcours
Joueur : Saint Max, AS Nancy (1973-74), Chaumont (1974-75), AS Nancy (1975-81), RC Strasbourg (1981-84), Lyon (1984-86), Neudorf (1986-88), FC Strasbourg (1988-90)
Palmarès : coupe de France 1978, international (17 sélections, 2 buts), 287 matchs de L1 (84 buts)
Entraîneur : AS Nancy (1991-94), FC Sion (mars-juillet 1999)
Profession : consultant sur Canal+ (depuis 1996), gérant du Soccer Land de Saint Avold, du Futbol Futbol de Nancy, co-gérant du Pinocchio, bar-restaurant de Nancy.

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