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L'entretien Footengo - Alain CASANOVA : "Je sentais depuis un ou deux ans que le moment était venu de me mettre en danger..."



On dit tout le temps qu'il faut, pour devenir un vrai entraîneur de haut niveau, avoir au moins une fois été démis de ses fonctions. Sauf que dans le cas d'Alain Casanova, c'est lui qui fut à l'origine de la scission. En allant voir Olivier Sadran, son président, en mars dernier, pour lui dire que, selon lui, la meilleure solution pour éviter la L2 était encore de changer d'entraîneur, l'ancien gardien du Havre, de l'OM et du TFC a été fidèle au coach et à l'homme que tous ont apprécié de côtoyer pendant vingt ans à Toulouse : authentique et obnubilé par l'intérêt collectif. Injustement catalogué entraîneur défensif - quand il n'était que méthodique et organisé - "Casa" vit depuis trois mois dans l'attente d'un nouveau challenge en parcourant l'Europe du football. Après avoir refusé quelques propositions, il est plus que jamais prêt à relever un nouveau défi. Sans rien renier de ses années téfécistes, pour approfondir sa réflexion sur le jeu... quand d'autres préfèrent miser sur le "je". (par F.D.)




Alain Casanova était en début de saison l'entraîneur de L1 en poste depuis le plus longtemps.
Alain Casanova était en début de saison l'entraîneur de L1 en poste depuis le plus longtemps.
Alain, comment vivez-vous cette période d'inactivité ?
C'est la première fois depuis que je suis dans le foot pro, comme joueur ou entraîneur, que je me retrouve sans club. Certains me disent que ça peut faire du bien pour prendre du recul et se ressourcer, mais je ne le sens pas comme ça. J'avais encore plein de force et de vitalité et sûrement pas le besoin de faire une coupure. J'ai lu dernièrement qu'Ancelotti avait refusé le Milan AC pour se reposer... je ne suis pas dans le même état d'esprit. Et je ne refuserai pas le Milan AC s'il se présentait (rires) !

Comment occupez-vous vos journées depuis votre départ du TFC ?
Lorsqu'on est en fonction dans un club, entraîneur, on s'occupe d'abord des autres, pour faire en sorte que tout se passe bien entre les joueurs, dans l'équipe, avec l'ensemble du club. Lorsqu'on se retrouve dans ma situation, on est d'abord sur soi. J'en ai donc profité pour faire des choses que je ne pouvais pas faire avant et surtout remettre de l'ordre dans mon travail.

Qu'entendez-vous exactement par "remettre de l'ordre dans votre travail" ?
En tant qu'entraîneur, je travaille par rapport à un projet de jeu bien précis, lié à une méthodologie, que j'enrichis et que je développe en permanence au gré des expériences. J'aime l'organisation, j'aime l'ordre donc il était important pour moi de faire le point par rapport à tout ça, voir où j'en étais de mes convictions, de mes méthodes. J'ai pu me confronter à d'autres univers à travers de nombreux voyages à l'étranger. J'ai vu beaucoup de foot international tous les week-ends, parfois en semaine, en Espagne, en Angleterre, en Suisse, au Portugal. Je suis allé voir comment les autres travaillaient. C'est toujours utile. J'étais déjà habitué à voir beaucoup de matchs à la télé mais là, j'étais en tribunes, ce qui est toujours plus intéressant pour analyser leur dimension tactique.

A quels clubs avez-vous rendu visite ?
Je suis allé à Everton voir l'entraîneur espagnol, Roberto Martinez, au Rayo Vallecano aussi. Je parle l'Espagnol couramment donc il m'est plus facile d'entrer en contact avec des collègues espagnols. Même s'il est délicat de faire cette démarche car on a toujours peur de déranger. Mais quand on sent que le coach qui vous reçoit est ouvert à ce genre d'échanges, c'est très instructif. Lorsque j'étais en poste, je n'hésitais jamais à encourager ceux qui n'avaient pas de club à venir voir comment nous fonctionnions au TFC. Ça permet de confronter des idées, des méthodologies...

L'entretien Footengo - Alain CASANOVA : "Je sentais depuis un ou deux ans que le moment était venu de me mettre en danger..."

"J'aurais beaucoup de mal à retrouver les mêmes conditions ailleurs. Je me demande même si c'est possible"

Quels contacts avez-vous gardé avec le TFC ?
J'ai des contacts téléphoniques réguliers et j'ai déjeuné, depuis mon départ, avec la plupart des gens du club. J'ai aussi échangé avec Domi (Arribagé)... Vous savez, même si le TFC restera toujours dans mon coeur, la page est maintenant tournée. Je suis trop respectueux des gens en place pour ne pas les laisser travailler sereinement. Je ne voudrais surtout pas donner l'impression que je pourrais tirer les ficelles. C'est aussi pour ça que je ne suis jamais revenu voir un match au Stadium. Ça se fera un jour, forcément. Mais pas encore. Il n'est pas facile de lâcher son équipe du jour au lendemain, de la voir évoluer avec un autre. Mais pour ne pas avoir d'avis qui risquerait de parasiter le travail des gens en place, j'ai préféré ne pas la regarder.

Quelle pourrait être la nature de votre prochain challenge ? On a par exemple évoqué la possibilité de vous voir revenir au TFC dans un autre rôle, à la formation par exemple...
Pour le moment, je suis dans la peau d'un entraîneur professionnel et pas autre chose. Je ne me vois pas dans celle d'un adjoint ou d'un responsable de centre de formation. Je suis trop ancré dans le fonctionnement d'une équipe de haut niveau pour revenir en arrière. Plus tard peut-être, je ne sais pas, mais pas aujourd'hui. J'ai envie d'entraîner au plus haut niveau possible pour mener à bien mon projet. Et il n'est pas question que j'aille dans un club où les conditions ne seraient pas requises pour ça.

Avez-vous déjà eu des contacts avec d'autres clubs depuis votre départ du TFC ?
Oui j'en ai eus... mais aucun qui corresponde à ce que j'avais envie de faire sportivement.

Vous allez peut-être prendre conscience que les conditions qui étaient les vôtres à Toulouse étaient privilégiées ?
Mais je n'ai pas attendu de me retrouver sans club pour en prendre conscience. J'aurais beaucoup de mal à retrouver les mêmes conditions ailleurs. Je me demande même si c'est possible. A Toulouse, le projet était global qui incluait toutes les équipes du club, en relation constate avec le centre de formation. En même temps, j'avais aussi peut-être besoin d'autre chose, d'un autre mode de fonctionnement. Je sentais depuis un ou deux ans que le moment était venu de me mettre plus en danger, en difficulté, d'aller voir ailleurs où se situaient mes limites.

L'entretien Footengo - Alain CASANOVA : "Je sentais depuis un ou deux ans que le moment était venu de me mettre en danger..."

"J'ai perdu des collègues de travail mais j'ai gardé des amis pour la vie. Des amis avec un grand A."

Serez-vous en poste quelque part à la reprise de la saison ?
Je pense que ça va être difficile car le marché français est bloqué qui n'a débouché que sur un changement de coach à Lille. Le marché européen est également compliqué par les problèmes économiques et par la barrière de la langue. Même si je parle couramment l'espagnol...

Etes-vous prêt à descendre de niveau ?
Je suis évidemment ouvert à tout, même en L2, en France ou à l'étranger, à partir du moment où le projet sportif correspond à ce que je recherche.

Plus que la volonté du président Sadran de vous mettre à l'écart, c'est vous qui avez souhaité laisser votre place en mars dernier. Ne le regrettez-vous pas aujourd'hui ?
Non, car je devais me sacrifier pour assurer l'avenir du club. Il fallait provoquer quelque chose pour espérer se sauver.

Le TFC serait-il encore en L1 si vous étiez en poste ?
Oui, je le pense. Car il restait encore suffisamment de matchs et nous avions encore suffisamment d'atouts pour laisser trois équipes derrière nous. Et comme Evian Thonon s'est rapidement écroulé, je pense qu'on se serait sauvé.

Pourquoi alors avoir laissé la place ?
Parce que je sentais que le groupe n'avait pas conscience de la situation, du danger, qu'il se reposait trop, justement, sur le nombre de matchs qu'il nous restait, sur la qualité de l'équipe. Il fallait un électrochoc pour qu'il se réveille.

On insiste mais, vraiment aucun regret ?
Non, vraiment. Comment voulez-vous que je regrette ces sept années qui restent quand même extraordinaires et remarquables. Le regret, c'est de ne plus côtoyer les mêmes gens, de ne plus avoir ces relations exceptionnelles avec l'ensemble des composantes du club. J'ai perdu des collègues de travail mais j'ai gardé des amis pour la vie. Des amis avec un grand A.

L'entretien Footengo - Alain CASANOVA : "Je sentais depuis un ou deux ans que le moment était venu de me mettre en danger..."

"Une chose est sûre, je n'ai jamais joué de rôle. J'ai toujours été et je serai toujours un entraîneur-éducateur"

Et comment vous situez-vous par rapport au changement tactique que vous avez opéré la saison dernière ? Ne vous dites-vous pas qu'il aura finalement été, indirectement, à l'origine de votre départ ?
J'ai toujours pensé que les systèmes étaient faits pour s'adapter aux joueurs qu'on avait sous la main et pas l'inverse. Lorsque j'ai impulsé le passage au 3-5-2, je disposais notamment d'Abdenour et d'Aurier derrière, de Capoue juste devant eux et de joueurs capables d'occuper les couloirs. Je savais qu'on allait être costaud dans cette configuration et qu'il était important de changer aussi notre approche, pour casser une certaine image qui finissait par nuire à l'ensemble du club. Le moment était bien choisi parce que les joueurs étaient également partants et prenaient du plaisir. Cette saison, tout a été remis en cause car le nombre de blessés faisait que trop de joueurs jouaient à des postes qui n'étaient pas les leurs, par défaut.

Vous avez longtemps traîné l'image d'un entraîneur défensif, comment l'avez-vous gérée ?
Fondamentalement, depuis le premier jour où j'ai été en poste, jusqu'au dernier, ma seule préoccupation a été le jeu. J'ai voulu donner une identité, laisser une trace à ce niveau. Plus qu'un entraîneur défensif, je pense avoir été un entraîneur méthodique, organisé, qui a toujours souhaité aller dans le sens d'un vrai style de jeu.

Aurez-vous la même approche dans la communication, l'utilisation de votre image, lors de votre prochain défi, dans un autre club ?
Oui, bien sûr, même si j'effectuerai des ajustements, forcément, par rapport à ce qui n'a pas marché. Mais mes idées sont là. Ces sept années m'ont conforté dans ma philosophie et je me suis certainement amélioré dans beaucoup de secteurs. Une chose est sûre, je n'ai jamais joué de rôle. J'ai toujours été et je serai toujours un entraîneur-éducateur qui cherche à faire progresser son équipe, à lancer de jeunes joueurs, à en révéler d'autres plus expérimentés.

Comment voyez-vous l'avenir du Toulouse FC ?
Cette saison aura été charnière. Il fallait se sauver. C'est fait. Cela permettra à tout le monde de faire l'analyse de ce qui n'a pas marché. Mais pour le futur, tout est mis en oeuvre pour que le club continue son développement. Le projet construit autour du centre de formation prouve que le club est sur le bon chemin avec des équipes de jeunes très compétitives tous les ans. Il y a à Toulouse un terreau important et fertile. Chez les pros, le groupe reste de qualité et l'entraîneur connaît bien le club et arrive avec des idées intéressantes. Je ne doute pas une minute que l'équipe parviendra à rebondir et à se situer rapidement dans la première partie de tableau.

Propos recueillis par F.D.

L'entretien Footengo - Alain CASANOVA : "Je sentais depuis un ou deux ans que le moment était venu de me mettre en danger..."
Alain CASANOVA
Né le 18 septembre 1961 à Clermont Ferrand
Parcours
Joueur : INF Vichy (1980-82), Le Havre (1982-90), Marseille (1990-92), Toulouse (1992-96).
Palmarès : finaliste de la coupe d'Europe des clubs champions (1990-1991), champion de France e D2 (1984-1985)
Entraîneur : TFC, adjoint (1995-2008), TFC (2008-mars 2015)
Palmarès : demi-finale de Coupe de France (2008-2009), de la coupe de la Ligue (2009-2010).

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