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L'entretien Footengo - Benoit CAUET (Inter Milan) : "Le foot italien se remet en cause..."



Il n'a jamais été international mais a toujours fait partie des meilleurs milieux de terrain de France dans les années 80-90. Fort d'une carrière de deux décennies qui débuta à l'OM pour se terminer au plus haut niveau à l'Inter Milan, c'est en Italie que Benoît Cauet a posé ses valises pour être consultant d'abord, entraîneur depuis six ans au centre de formation interiste où il a en charge les U18 depuis deux saisons. L'occasion de s'intéresser d'un peu plus près à ce football italien en pleine transition qui s'interroge sur son avenir et regarde vers la France pour s'inspirer de sa formation. Avec l'ancien nantais formé... à l'OM comme tête chercheuse. (par F.D.)




Depuis quatre ans, Benoit Cauet progresse dans l'organigramme Interiste.
Depuis quatre ans, Benoit Cauet progresse dans l'organigramme Interiste.
Benoit, depuis que vous avez arrêté votre carrière, on avait perdu votre trace avant de vous retrouver aujourd'hui à l'Inter Milan. Comment avez-vous atterri au sein du centre de formation d'un des plus grands clubs du monde ?
Quand j'ai arrêté ma carrière en Suisse, au FC Sion, en 2006, je suis revenu en Italie parce que l'Inter souhaitait développer sa chaîne privée et m'avait sollicité pour être consultant. Après vingt ans de carrière, je ne souhaitais pas revenir sur le terrain mais plutôt découvrir un autre univers. Passer de l'autre côté, voir l'envers du décors d'un grand club me plaisait, ce milieu du journalisme aussi. C'était une manière de vivre toujours de ma passion mais dans un autre registre, pour découvrir un autre univers. J'ai fait ça pendant quatre ans, jusqu'en 2010, quand le club m'a demandé si je ne voulais pas entraîner des gamins. Au début, j'intervenais dans la section amateur du club, cela m'a permis de passer tous mes diplômes, et de me prendre au jeu.

Au point de vouloir faire carrière ?
J'ai d'abord été dans la section amateur de l'Inter, l'Accademia Inter, pour évaluer les jeunes qui postulaient au centre de formation, puis avec les jeunes du centre, des U14 aux U18 aujourd'hui. En quatre ans, je suis monté de catégorie tous les ans. Je me régale. En plus, nous avons obtenu de bons résultats, dont un titre de champion d'Italie avec les U14 lorsque j'en avais la responsabilité. J'apprends encore mon métier, je me mets petit à petit dans ce si difficile rôle d'entraîneur. Il fallait commencer par la base, j'en suis convaincu. Mais avant de vouloir en faire un métier, j'ai surtout profité des opportunités qui m'ont été offertes. On verra où tout ça me mènera.

Avez-vous un plan de carrière ?
Non, je n'en ai jamais eu. Après avoir eu mon premier degré en France il y a vingt ans, j'ai tout repassé ici en quatre ans. J'ai les diplômes nécessaires pour entraîner une équipe professionnelle, jusqu'en série A, mais je continue tranquillement mon apprentissage. Les circonstances m'ont amené là, je me suis pris au jeu. Voilà tout.

L'entretien Footengo - Benoit CAUET (Inter Milan) : "Le foot italien se remet en cause..."

"On cesse de valoriser toutes ces petites fautes dites tactiques qui pourrissaient le jeu et n'avaient d'autres buts que d'empêcher les autres de jouer"

Avez-vous l'envie de revenir en France ? Si oui, où ?
Je ne ferme aucune porte. J'ai tellement connu de clubs différents en France, que je pourrais revenir partout (rires) ! Arrivera un moment où il faudra que je me positionne. Chaque chose en son temps. Je suis encore en formation.

Comment vivez-vous cette double culture franco-italienne que vous symbolisez à l'Inter ?
J'ai été joueur, consultant et même dirigeant du club, avant d'être entraîneur aujourd'hui, donc ça fait un moment que les gens m'ont adopté ici. Je me sens bien avec cette double culture car je suis totalement intégré et je prends ça comme une richesse. La vie est ainsi faite qui m'a permis de m'épanouir dans ce contexte. En France, à la fin de ma carrière, je n'avais pas la possibilité de bénéficier d'autant de considération, pas les mêmes contacts avec mes anciens clubs. Lorsque vous partez à l'étranger, on vous oublie très vite. Pourtant, je suis passé dans des clubs prestigieux avec lesquels nous avons gagné pas mal de choses. J'ai quelques contacts avec des amis, sans plus...

Vous avez été un pur produit de la formation à la française, vous êtes au coeur de la formation italienne, pouvez-vous comparer les deux approches ?
L'Italie a toujours eu une autre vision des choses et aspire aujourd'hui à évoluer. Il y a une forte remise en cause en ce moment des préceptes qui ont animé sa formation depuis des décennies. De plus en plus de techniciens veulent changer les choses, amener le débat dans des domaines qui n'ont pas encore été exploités. Auparavant, on parlait beaucoup de préparation individuelle, de talents, d'individualités. De plus en plus, on se tourne vers le collectif. Les Italiens ont beaucoup voyagé ces dernières saisons, partout en Europe, pour voir ce qui se faisait en matière de formation. Ils sont revenus avec la volonté de mettre l'accent sur le collectif et sur le jeu, mettre l'individu au service du collectif, et ce dès la pré-formation.

L'entretien Footengo - Benoit CAUET (Inter Milan) : "Le foot italien se remet en cause..."

"A Marseille, je ne pouvais pas rêver meilleure formation"

Dans cette logique, est-ce aussi votre origine française qui intéresse l'Inter ?
Il faut le croire, en tout cas, je reste fidèle à ma philosophie, celles des entraîneurs qui ont marqué mon parcours, ceux qui voulaient imposer leur style, qui privilégiaient le jeu, la possession du ballon. A ce niveau, je vois le foot italien évoluer très vite dans les mentalités. Même au plus haut niveau, on voit les arbitres favoriser la fluidité du jeu, ne pas casser le rythme en permanence comme avant. Cela implique un rythme plus intense donc une formation différente où, par exemple, on cesse de valoriser toutes ces petites fautes dites tactiques qui pourrissaient le jeu et n'avaient d'autres but que d'empêcher les autres de jouer. Aujourd'hui, le foot italien est en train de changer pour imposer son jeu, devenir constructif, ne pas se contenter de défendre. Et ça commence chez les jeunes. J'essaie de leur inculquer cette philosophie qui ne fait pas forcément partie de leur adn. Les résultats ne seront pas immédiats mais comme il y a beaucoup de jeunes talents, ça payera forcément un jour. Pour le moment, on sème... pour recueillir les fruits dans quelques années.

Vous n'avez jamais été un adepte du foot italien traditionnel ?
Je reste français dans mon approche du football. J'ai évolué depuis le temps mais je ne suis jamais entré dans la mentalité italienne. Je l'ai juste adaptée à ma formation, à mon parcours, c'est ce qui en fait, je pense, sa richesse, sa beauté. Mes influences sont celles du foot italien, français mais aussi brésilien ou argentin, autant de footballs et de footballeurs que j'ai pu côtoyer dans ma carrière. A ce niveau, je suis un citoyen du monde.

Votre parcours a été assez singulier qui vous a amené, vous le Nantais, à vous expatrier à Marseille pour percer au plus haut niveau avant de revenir à Nantes. Généralement, c'est l'inverse qui se produit !
C'est vrai mais le FC Nantes n'a pas voulu de moi contrairement à Marseille où l'essai s'était bien passé. Je dois ma carrière à l'OM, un club où j'ai vécu mon adolescence, où j'ai fait mes premières armes professionnelles, où j'ai été en symbiose totale avec les supporters, en étant un des premiers à faire plus de mille kilomètres pour intégrer le centre et finir pro. J'y ai vécu des moments fabuleux mais aussi très difficiles car il n'a pas été simple de s'adapter à un âge aussi jeune, à changer de cadre. Mais ça m'a endurci. La dureté de cette confrontation m'a permis de me forger une mentalité de compétiteur. Je ne pouvais pas rêver meilleure formation.

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"A 15 ans, je jouais en DH à l'ASPTT de Nantes"

Parlez-vous de votre parcours à vos jeunes joueurs ?
Le plus important, ce sont les valeurs du club; apprendre à respecter son histoire, centenaire, à respecter ses partenaires, à se respecter soi-même. Après, on ne peut pas comparer leur parcours et le mien, en Italie et en France. A 15 ans, je jouais en DH à l'ASPTT de Nantes, à 16 ans en D3, en étant surclassé en permanence.

Quelle image a le foot français en Italie ?
Les Italiens regardent le foot français à travers un championnat qui devient de plus en plus relevé grâce à l'impact du PSG. Vous pourrez toujours dire qu'il y a finalement peu de Français dans cette équipe mais c'est quand même elle qui représente la France en Europe, elle qui tire le foot français vers le haut. Cette saison, les Italiens suivent la Ligue 1 car l'intérêt y est très fort avec l'OM de Bielsa qui fait partie de ces entraîneurs qui imposent leurs idées, avec les jeunes de l'OL qui ont beaucoup de qualité, avec Monaco qui existe encore en Ligue des Champions. C'est finalement un bon mélange de plusieurs cultures.

Propos recueillis par F.D.

L'entretien Footengo - Benoit CAUET (Inter Milan) : "Le foot italien se remet en cause..."
Benoit Cauet
Né le 2 mai 1969 à Châtellerault
Parcours
Joueur : ASPTT Nantes (1983-85), Marseille (1985-1990), Caen (1990-1994), Nantes (1994-1996), PSG (1996-1997), Inter Milan (1997-2001), Torino (2001-2002), Côme (2002-2003), Bastia (2003-2004), CSKA Sofia (2004-2005), FC Sion (2005-2006)
Palmarès : coupe de l'UEFA 1998, finaliste de la Coupe des coupes 1997, champion de France 1989, 1990 et 1995, coupe de France 1989, champion de Bulgarie 2005
Educateur : Inter Milan (depuis 2010)
Consultant : SportItalie (2006-2010)

Cauet coache cette saison les Allievi Nazionale de l'inter (U18 Nationaux).
Cauet coache cette saison les Allievi Nazionale de l'inter (U18 Nationaux).

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