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L'entretien Footengo - Christian SARRAMAGNA : "J'ai toujours su que j'allais revenir dans le foot amateur"



De toutes les anciennes gloires vertes qui ont endossé la casquette de coach après leur carrière, il est certainement celui qui a le plus passé de temps au bord des terrains de foot amateur. Parce qu'il aime ça, parce qu'il est certainement aussi fait pour ça, Christian Sarramagna a replongé dans la marmite. C'est à Cholet, club de CFA2 du Maine et Loire, que sa dimension de bâtisseur s'exprime de nouveau depuis le début de la saison. Près de dix ans après avoir amené l'Aviron Bayonnais aux portes du professionnalisme, le Basque a la même petite idée qui lui trotte derrière la tête...




Christian Sarramagna, ici aux côtés d'Yves Savatte (à gauche), et du président Benjamin Erisoglu (au centre), le trio choletais. (photo : site officiel du club)
Christian Sarramagna, ici aux côtés d'Yves Savatte (à gauche), et du président Benjamin Erisoglu (au centre), le trio choletais. (photo : site officiel du club)
M. Sarramagna, quelle surprise de vous retrouver aussi loin de votre pays Basque natal ?
Depuis le temps que je voyage, je commence à y être habitué, ma famille aussi, ma femme surtout, qui s'est adaptée depuis longtemps à un rythme de vie qui l'a rapproche davantage de nos petits enfants ! J'ai un petit appartement sur Cholet, un pied à terre qui me suffit amplement, et je rentre sur Bayonne une fois tous les deux mois à peu près.

Qu'êtes-vous venu faire en Maine et Loire, à Cholet ?
Je suis venu pour assumer le rôle de directeur sportif, responsable de toute la partie sportive du club, des seniors à la formation et à la pré-formation. Ma mission est de créer les conditions favorables à la réalisation de notre projet sportif et économique qui tend vers une sorte de semi-professionnalisme. Nous sommes en CFA2 mais on part quand même de loin. L'idée est d'arriver, à terme, à faire avec le SO Cholet ce que nous avions réalisé avec l'Aviron Bayonnais, avec qui j'étais passé de la DHR au National entre 2000 et 2006. Depuis que je suis arrivé, j'évalue le potentiel du club, son contexte, ce qui nous permettra de déterminer rapidement quelles infrastructures et quels moyens sont nécessaires. Notre parcours jusqu'en 16ème de finale de la coupe de France (éliminé par Brest : ndlr) a permis à notre locomotive d'avancer plus vite, au club de booster toutes les énergies. On a aussi la chance d'avoir un président qui a envie de nous donner les moyens de nos ambitions.

Quelles sont ces ambitions ?
Dans un premier temps, il s'agira de monter en CFA, c'est encore possible cette saison, puis de rejoindre le troisième niveau national. Pour le moment, elles sont raisonnables.

Même s'il voyage beaucoup...
Même s'il voyage beaucoup...

"J'entends utiliser mon carnet d'adresses, mon expérience du foot pro et du foot amateur pour aider Cholet à avancer dans de bonnes conditions."

A 63 ans, qu'est-ce qui vous a poussé à replonger de la sorte ?
Après ma dernière expérience tunisienne (au SC Hammam Lif : ndlr), j'en ai eu vraiment marre d'endosser ce rôle si ingrat de coach qui est le meilleur quand il gagne et le pire quand il perd. J'entraîne depuis 1982, dans des clubs pros, des clubs amateurs, en sélection nationale, j'ai débuté entraîneur-joueur au Grau du Roi... je connais tout ça par coeur. Le milieu du football a beaucoup évolué, pas dans le bon sens, et je n'ai plus envie de subir. Je préfère aujourd'hui prendre du recul pour mettre en place une vraie politique sportive, intervenir dans un domaine que je maîtrise et où je vais pouvoir choisir les compétences. J'entends utiliser mon carnet d'adresses, mon expérience du foot pro et du foot amateur pour aider Cholet à avancer dans de bonnes conditions.

A quoi peut prétendre le SOC à terme ?
Si on veut se donner les moyens de nos ambitions, il nous faut un budget minimum. C'est l'élément clé et je sais que le président se démène. En parallèle, il faut aussi trouver suffisamment de bonnes volontés, des bénévoles, pour tenter de fédérer toutes les énergies, pour créer quelque chose qui appartienne à l'identité du club. Nous avons près de 500 licenciés, ce n'est pas rien. Cholet a été une place forte du football régional pendant longtemps, il y a une histoire. Je respecte énormément le parcours des basketteurs mais il n'y a qu'à voir l'engouement qui a régné ici pendant notre parcours en coupe de France, inédit depuis 25 ans, pour constater que cette ville est une terre de foot.

Ce n'était pas forcément le cas à Bayonne, ville de rugby !
Mais à Bayonne, c'était chez moi, je connaissais tout le monde et je maîtrisais mon sujet. Ici, je découvre, je dépends encore des autres. A l'Aviron, j'ai mis en place un staff, une politique sportive, un secteur médical en relation avec le CERS de Capbreton (centre de rééducation européenne) etc. Ici, je débute.

... l'ancien vert revient toujours se ressourcer, chez lui, à Bayonne.
... l'ancien vert revient toujours se ressourcer, chez lui, à Bayonne.

"A Bayonne, tout était prêt pour la L2, avec Jean-Pierre Papin comme entraîneur..."

Vous partiez de plus loin, en DHR, avec le handicap de devoir composer avec la concurrence forte du rugby !
Nous sommes passés de DHR au National en six saisons avec un parcours fantastique en coupe de France jusqu'en 8ème de finale (perdue face au PSG au Parc des Princes après avoir éliminé Niort, Guingamp et Bordeaux : ndlr) ! J'avais vécu comme joueur pas mal d'épopées mais les vivre de l'autre côté de la barrière, avec les amateurs, je pense qu'il n'y a rien de plus beau.

Qu'est-ce qui faisait la force du projet basque à ce moment là ?
Son identité ! Nous avions essayé de la cultiver en recrutant des joueurs de la région principalement qui souhaitaient s'identifier à leurs racines, en nous rapprochant de la Real Sociedad.

Pourquoi ce beau projet a-t-il pris fin en 2006 avec votre départ ?
Parce qu'à un certain moment, certains partenaires, des soutiens importants, avec la municipalité notamment, n'ont plus suivi. Face à la réussite sportive qui était la notre, à l'engouement que cela avait suscité, notre ambition était claire : rejoindre la L2 dans les deux ans. Nous avions un budget établi, un gros partenaire devait nous rejoindre (Pichet immobiliers), Jean-Pierre Papin devait prendre l'équipe, je devais prendre du recul à un poste de manager... tout était prêt pour continuer à avancer. Malheureusement, dans une région profondément marquée par la culture rugby, cette émergence du football a fait peur à beaucoup de monde. Et clairement, le foot a été mis de côté car on commençait à déranger l'ordre établi. Et comme il n'était pas question, ni viable, de végéter en National, j'ai préféré arrêter. C'est dommage car entre Toulouse et Bordeaux, il y avait la place pour un autre club pro. Nous nous préparions à signer une convention avec l'AS Saint-Etienne, à nous rapprocher encore davantage de la Real Sociedad...

Sarramagna (accroupis à l'extrême droite), une légende verte !
Sarramagna (accroupis à l'extrême droite), une légende verte !

"J'ai une dimension de bâtisseur qui parvient à mieux s'exprimer dans ce contexte."

D'où vous vient cette envie de vous investir dans le foot amateur ?
Lorsque j'étais encore en activité, à Saint-Etienne, nous étions tellement sollicités, que le président Rocher nous avait permis de nous investir dans des clubs de la région stéphanoises. Nous étions ainsi quelques-uns à entraîner des équipes amateur. J'étais avec Saint Bonnet le Château, Jean-Michel (Larqué) était à l'Etrat, Hervé Revelli à Feurs... C'est là que j'ai pris conscience que j'aimais transmettre, que j'ai découvert en moi cette envie, cette vocation peut-être. Par la suite, même si j'ai souvent été dans des clubs pros, j'ai toujours su que j'allais revenir un jour ou l'autre dans le foot amateur car ça me manquait trop.

Qu'est-ce qui vous attire chez les amateurs ?
L'approche est complètement différente et même si ça engendre des relations parfois compliquées, parce qu'il faut gérer des situations individuelles très diverses, je trouve les joueurs plus à l'écoute. Je me retrouve davantage dans les contacts qu'on peut avoir, plus directs, plus authentiques. Et puis j'ai une dimension de bâtisseur qui parvient à mieux s'exprimer dans ce contexte.

Donc dans dix ans, si on se retrouve, Cholet sera en Ligue 2 ?
Si ça doit se faire, ça se fera avant dix ans. Idéalement, il faudrait atteindre le CFA dans les deux ans, peut-être avant, le National dans les quatre-cinq ans, et la L2 dans les cinq-six ans. Si elle n'est pas là avant, ça ne se fera pas...

Propos recueillis par F.D.

L'entretien Footengo - Christian SARRAMAGNA : "J'ai toujours su que j'allais revenir dans le foot amateur"
Christian Sarramagna
Né le 29 décembre 1951 à Bayonne
Parcours
Joueur : Aviron Bayonnais (1964-1968), AS Saint Etienne (1968-1979), Montpellier (1979-1982), ES Grau du Roi (1982-1985), Pont Saint Esprit (1985-1987)
Palmarès : champion de France 1974 et 1975. Coupe de France 1975. Gambardella 1970.
International (4 sélections)
Entraîneur : ES Grau du Roi (1982-1985), Pont Saint Esprit (1985-1987), AS Saint Etienne (1990-1992), FC Martigues (1992-1994), CS Sedan (1994-1995), FC Mulhouse (1995-1997), Mali, sélection (1998-2000), Aviron Bayonnais (2000-2006), FC Sète (2006-2007), Châteauroux (2008-2009), CS Hammam Lif, Tunisie (2011-2012), SO Cholet, directeur sportif (depuis 2014).
Palmarès : champion de France de L2 en 1993, coupe d'Aquitaine 2002

L'entretien Footengo - Christian SARRAMAGNA : "J'ai toujours su que j'allais revenir dans le foot amateur"
Les anciens Vert et le foot amateur...
- Christian Lopez : joueur et entraîneur de Cugnaux (CFA2, ligue Midi Pyrénées), directeur sportif et coach de Cannet en Rocheville (DHR, ligue Méditerranée)
- Alain Merchadier : directeur sportif du Pau FC depuis 2014 (CFA, ligue Pyrénées Atlantiques)
- Jean-Michel Larqué : président du district des Pyrénées Atlantiques
- Patrick Battiston : responsable du centre de formation et de la CFA des Girondins de Bordeaux
- Hervé Revelli : entraîneur de Saint Priest (D3, 1989-1994), de l'US Feurs (CFA2, 2009-2011), directeur sportif du Toulouse Fontaines (CFA2, 2007-2008).
- Gérard Farison : joueur et entraîneur de l'ES Fréjus (DHR, 1980-1990)
- Eric Bellus : entraîneur-joueur à Roanne (DH, 1994-1995, ligue Rhônes Alpes)
- Gérard Janvion : entraîneur de Sainte Suzanne, Saint Pierre, Case Pilote et Club Peléen, adjoint sélection Martinique.
- Jean Louis Zanon : entraîneur à Gap (1993-1994) et Annonay (1994-1997)
- Gérard Migeon : président du FC Hyères (depuis 2010)
- Thierry Oleksiak : entraîneur d'Aurillac (CFA, 1994-1999 et 2001-2008), de Libourne Saint Seurin (2009-2011)

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