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L'entretien Footengo - Denis TROCH : "Un joueur a besoin de repères, je l'aide à se raccrocher aux bons wagons"



Comme il y a désormais un ou plusieurs préparateurs physiques dans tous les staffs techniques, même à des niveaux régionaux, y aura-t-il à terme également des préparateurs mentaux ? Précurseur dans un domaine où tout (ou presque) reste à faire en France, Denis Troch pense que oui. L'ancien gardien de but qui fut entraîneur pendant 23 ans, de Niort au Havre, en passant par Amiens, Laval et Troyes, adjoint emblématique du PSG sous l'ère Artur Jorge, dirige depuis deux ans une société, H Cort Performance, qui accompagne sportifs de haut niveau ou chefs d'entreprise en quête d'excellence. Il nous explique le sens profond d'une démarche que n'hésitent plus à faire de plus en plus de clubs, de joueurs. Même s'ils ne le crient pas sur les toits. Vous le dites, vous, quand vous allez voir un psy ? (par F.D.)




Des années au PSG très riches en titres.
Des années au PSG très riches en titres.
M. Troch, pourquoi avez-vous créé H Cort Performance (1) ?
Pour offrir aux sportifs d'aujourd'hui tout ce qui m'a manqué lorsque j'étais moi-même joueur, pendant 15 ans, ou entraîneur, pendant 23 ans. Aujourd'hui, un entraîneur de haut niveau se doit de maîtriser tous les aspects de son métier : tactique, technique, physique et également mental. Et dans chaque secteur, il se doit d'aller vers toujours davantage d'expertise. J'ai choisi de me spécialiser dans le psychologique, le mental, la relation à l'autre.

Pourquoi cet aspect là et pas un autre ?
C'est venu naturellement parce que dans ma carrière j'ai toujours été dans la réflexion, la relation, la communication... ça m'a toujours passionné. En parallèle à ma fonction d'entraîneur, au début des années 2000, je suis retourné à l'université, deux années au CDES (Centre de Droit et D'Economie du Sport) de Limoges, puis deux années en préparation mentale à l'université de Dijon, enfin deux années à Aix les Bains pour étudier le coaching. A l'issue de ces six années de formation, en 2009, j'ai décidé de créer mon entreprise pour offrir à d'autres tout ce qui m'avait manqué.

Et que vous a-t-il manqué lorsque vous étiez encore en activité ?
On ne m'a jamais appris comment gérer mes émotions, mes prises de décision, mes changements de trajectoire, comment bien appréhender tous les choix stratégiques qui se présentent dans un parcours de vie. Quelles attitudes adopter quand on change de club, de statut ? Comment parvenir à se sublimer sans que ce soit toxique ou trop stressant ? Lorsqu'on est en activité, joueur ou entraîneur, on est tout le temps en train de prendre des décisions. Et il ne faut pas que ce soit anxiogène, mais que ça corresponde à des valeurs, à de vrais objectifs. C'est tout le sens de mes interventions.

L'entretien Footengo - Denis TROCH : "Un joueur a besoin de repères, je l'aide à se raccrocher aux bons wagons"

"Quelles attitudes adopter quand on change de club, de statut ? Comment parvenir à se sublimer sans que ce soit toxique ou trop stressant ?"

Auriez-vous été un meilleur entraîneur avec cette formation ?
Dans le management que j'ai pu faire je n'ai aucun regret car j'ai le sentiment d'avoir fait le maximum avec les moyens que j'avais. Il serait trop facile de se dire tous qu'on aurait été meilleur avec tout ce qu'on a appris par la suite... et faux car dans l'instant on a agi parfois dans l'urgence, en prenant des risques - qu'on ne prendrait pas forcément aujourd'hui -, en étant spontané, et ça a parfois payé.

Votre carrière d'entraîneur a été médiatiquement marquée par votre passage au PSG. Est-ce aussi votre sommet ?
Le PSG a été la plus médiatique de mes expériences quand bien même c'est aussi celle où j'ai été le plus dans l'ombre dans le travail. C'est paradoxal.

Quel bilan faites-vous de vos années PSG, celles de Canal Plus ?
Nous, le staff, avons respecté le contrat qui nous liait à l'entreprise Canal Plus en menant nos missions à terme. D'abord, il fallait se qualifier pour une coupe d'Europe, nous l'avons fait. Ensuite gagner quelque chose, nous avons remporté la coupe de France, puis le titre, enfin la coupe d'Europe avec une demi-finale et des moments magiques, inoubliables, de joie et de peine.

Lorsque vous intervenez auprès d'un sportif, qu'essayez-vous de lui transmettre comme messages ?
Mon job est de lui permettre de trouver un équilibre entre sa réflexion, ses émotions et son action, de lui faire prendre conscience du chemin parcouru pour obtenir un résultat, pour qu'il puisse l'emprunter de nouveau. Je travaille sur le bon sens pour que tous les outils que je mets en place puissent être entendus et compris par tout le monde, le sportif de haut niveau comme le chef d'entreprise, pour que tout le monde puisse se les approprier. Le but est de leur permettre de trouver les réponses aux questions qu'ils se posent.

Avec Jorge, le temps des moustaches...
Avec Jorge, le temps des moustaches...

"Dans le foot, quand j'ai commencé, pour un coach, avoir un préparateur physique à ses côtés, c'était impensable !"

Voilà une approche pas très répondue dans le football où les préparateurs mentaux n'ont pas toujours bonne presse, ni ne sont pas toujours bien acceptés dans les clubs ?
Nous n'en sommes qu'aux prémices et il ne faut pas non plus trop en attendre. Je travaille avec des neuro-scientifiques et je leur pose parfois des questions... auxquelles ils ne peuvent pas encore répondre. Il y a beaucoup de travail et de progrès à faire. Il y a trente ans, on parlait un peu de la même manière des préparateurs physiques. Dans le foot, quand j'ai commencé, les entraîneurs ne voulaient pas en entendre parler. Avoir un préparateur physique à ses côtés, c'était impensable ! Aujourd'hui, vous en avez plusieurs par clubs et même à des niveau de PH ou de DH. Pour les préparateurs mentaux, ça viendra. Dans certains pays anglo-saxons, ils sont déjà bien implantés.

Outre cet aspect novateur dans le football, en quoi votre approche est-elle également avant-gardiste ?
Je combine à la fois du coaching, de la préparation mentale et du management. J'interviens dans le vélo, avec La Française des Jeux depuis quatre ans, ou avec François Pervis le pistard, dans le rugby avec le RC Toulon, dans le foot également mais les clubs ne souhaitent pas communiquer dessus (2), dans le poker pro, chez les petits rats de l'opéra, dans les grandes entreprises...

Pourquoi est-ce que les clubs de foot ne veulent pas que ça se sache ?
Je ne sais pas. C'est peut-être un refus de dire pourquoi je suis grand, pourquoi je gagne, ne pas le transmettre à des concurrents. C'est aussi par peur de se fragiliser aux yeux de l'extérieur. Lorsque les gens vont voir des psychologues, en général, ils ne le disent pas à tout le monde. Là, c'est pareil.

Serait-ce la peur de perdre le contrôle du groupe pour un entraîneur, d'avouer ses limites de compétence etc ?
Non, car je ne suis pas intrusif, mes méthodes ne reposent pas sur une obligation mais une envie. Mon métier est de répondre à des envies. Je ne frappe à la porte de personne, je ne me présente pas en sauveur. Je suis là pour travailler sur des problématiques bien spécifiques : la peur de perdre, celle de passer de la performance à l'excellence, l'envie de progresser, comment être opérationnel tout le temps. Ça passe forcément par des périodes de chaos.

L'entretien Footengo - Denis TROCH : "Un joueur a besoin de repères, je l'aide à se raccrocher aux bons wagons"

"Les entraîneurs ont peur que le préparateur mental s'accapare la tête de leurs joueurs. J'ai mis en place une stratégie pour l'éviter"

C'est à dire ?
Dans une carrière, il faut aussi apprendre à gérer toutes les périodes difficiles, celles où vous ne jouez pas, où vous pensez que vous ne jouerez plus parce que le coach ne vous aime pas, celle où vous êtes blessé, où les dirigeants veulent vous transférer, où vous hésitez entre le Real ou Chelsea, où vous ne savez pas quoi faire après votre carrière etc. Les gens s'imaginent que tout est toujours facile mais c'est faux, les décisions à prendre sont parfois très compliquées. Même si ça se joue entre le Real et Chelsea... Dans tous ces cas de figure, le joueur a besoin de retrouver ses repères. Je l'aide à se raccrocher aux bons wagons.

C'est une approche forcément individuelle ?
Non, il peut aussi y avoir des actions collégiales pour mettre l'équipe sur des pistes de réflexion, pour travailler sur la cohésion, la motivation, la visualisation des objectifs etc.

Le foot ne vous manque-t-il pas trop, le banc de touche, le terrain ?
Non pas du tout. Car avant de mettre en place tout ça, je me le suis approprié, je me suis demandé pourquoi je voulais sortir du foot et travailler sur la concentration, la motivation. J'étais prêt. Maintenant je ne redeviendrais plus jamais entraîneur. C'est certain.

Vous devenez petit à petit un interlocuteur incontournable ?
La FFF me fait confiance. Avec mes outils, j'accompagne par exemple les entraîneurs de L1 et de L2 qui passent le DEPF depuis deux ans et demi. Les entraîneurs me savent fiables. Je suis passé par là et je connais toutes leurs problématiques. Ils ont peur que le préparateur mental s'accapare la tête de leurs joueurs. Parce que cette crainte est légitime, j'ai mis en place une stratégie pour protéger le club, le staff et même le joueur.

Quelle est cette stratégie ?
Avant d'intervenir auprès du joueur, je travaille d'abord avec le staff pour qu'il ait les outils et soit autonome. Ensuite, dans un second temps, c'est lui qui décide, qui fait appel à moi. Parce que quand j'étais entraîneur, je n'avais pas envie que quelqu'un travaille avec mes joueurs sans que je le sache.

Comment voyez-vous votre avenir dans ce secteur ?
Je fais ça depuis cinq ans et les retours m'encouragent à continuer, à vouloir former des gens pour faire la même chose, une dizaine de sportifs de haut niveau qui voudraient se reconvertir par le biais de franchises ou autres, peu importe, mais avec la même philosophie.

Propos recueillis par F.D.
(1) H Cort Performance, comme Troch à l'envers...
(2) Il semblerait que ce soit le PSG...

L'entretien Footengo - Denis TROCH : "Un joueur a besoin de repères, je l'aide à se raccrocher aux bons wagons"
Denis Troch
Né le 24 octobre 1959 à Blanc Mesnil
Poste : gardien de but
Parcours
Joueur : Red Star (1973-78), Paris SG B (1978-81), Paris FC (1981-82), racing Colombes (1982-85)
Entraîneur : Matra racing (1985-87), Charleville (1989-91), Paris SG, adjoint (1991-94), Laval (1994-97), Le Havre (1997-98), Paris SG, adjoint (1998-99), Amiens (2000-04), Laval (2004-07), Troyes (2007-08), Niort (2008-09)
Palmarès : coupe de France 1993, champion de France 1994, finaliste de la coupe de France 2001, élu meilleur entraîneur de L2 en 1996 et 2002.
Dirigeant : directeur de H-Cort Performance (depuis 2010)

Denis Troch, au premier plan, finaliste de la coupe de la Ligue en 2001 avec Amiens.
Denis Troch, au premier plan, finaliste de la coupe de la Ligue en 2001 avec Amiens.

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