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L'entretien Footengo - Didier DESCHAMPS : "Je n'oublie pas d'où je viens..."



Contrairement à son prédécesseur, Laurent Blanc, qui avait toujours refusé nos demandes d'interview, Didier Deschamps a spontanément adhéré à un exercice qu'il a appris à maîtriser avec le temps mais qui reste toujours, malgré tout, un moment de vérité. Les siennes, vérités, il les a puisées aux confins du Pays basque, puis en bordure de Jonelière, jamais loin de l'Atlantique, jamais loin de ses pères spirituels, ceux qui en ont fait un compétiteur hors norme, un pro qui gagne, un technicien plein de bon sens. Bref, un coach qui a su remettre de l'ordre dans la maison bleue. Peut-être, tout simplement, parce qu'il n'a jamais oublié d'où il venait... (par F.D.)




Le sélectionneur de l'équipe de France a également répondu aux questions des lecteurs de Footengo (voir en bas de page) - (Crédit photo : FFF)
Le sélectionneur de l'équipe de France a également répondu aux questions des lecteurs de Footengo (voir en bas de page) - (Crédit photo : FFF)
M. Deschamps, sur les sites Footengo, le foot amateur est tous les jours à l'honneur. Que représente-t-il pour vous ?
Je connais vos sites et j'y vais parfois jeter un coup d'oeil. Le foot amateur est évidemment la base de tout, là où on est tous passés, là où tout se joue. Et je crois même que le foot professionnel a davantage besoin du foot amateur que le foot amateur a besoin du foot professionnel pour vivre.

La base n'a pas toujours l'impression qu'elle est considérée à sa juste valeur !
Pourtant, beaucoup d'efforts sont faits pour l'aider à assumer sa tâche. La FFF et la DTN travaillent tous les jours pour améliorer l'organisation générale du football français, des plus petits aux plus grands, pour former de plus en plus d'éducateurs, de formateurs, pour aider les bénévoles. Après, c'est certain, dans la masse, il y aura toujours des mécontents et on n'en fera jamais assez... C'est un débat sans fin.

Que retenez-vous de vos années de jeune footeux à l'Aviron Bayonnais ?
Que de bons souvenirs car le football n'était alors que plaisir et insouciance pour moi. On découvrait la vie de groupe et les premiers matchs officiels. Il n'y avait pas d'autres objectifs que de se faire plaisir. J'ai toujours gardé le contact avec les gens qui m'ont accompagné dans ces années là. Je n'oublie pas d'où je viens et je croise régulièrement, dans mon job aujourd'hui à la tête de l'équipe de France, à travers des manifestations diverses, multitude de gens qui sont dans le foot amateur.

Avec "Peyo" Sarratia, un de ses anciens entraîneurs, retrouvé en Uruguay l'an dernier où l'ancien CTD du 64 a posé ses valises.
Avec "Peyo" Sarratia, un de ses anciens entraîneurs, retrouvé en Uruguay l'an dernier où l'ancien CTD du 64 a posé ses valises.

"Educateur, formateur, c'est un autre métier, pas suffisamment mis en valeur par les médias"

Revenez-vous souvent sur les lieux de votre enfance, au stade de l'Aviron qui porte votre nom par exemple ?
Non, malheureusement, pas assez souvent. Je suis depuis longtemps maintenant dans le foot d'élite qui ne nous laisse pas le temps de nous retourner. Il faut toujours avancer et se projeter vers l'avenir davantage que vers le passé. Contrairement à d'autres, je n'ai pas choisi le créneau du foot amateur après ma carrière, pas choisi d'être éducateur ou formateur. C'est un autre métier, un métier à part... qui n'est pas suffisamment mis en valeur par les médias car c'est là que tout se joue.

Trouvez-vous qu'il existe suffisamment de relations entre le foot d'élite et sa base ?
On me pose toujours cette question... comme on oppose toujours les pros et les amateurs. C'est un faux débat car le lien est naturel et évident. Les deux ne font qu'un. C'est évidemment dans le foot amateur qu'on inculque toutes les valeurs à nos jeunes joueurs, le respect, la discipline... à ce moment là davantage qu'à 16 ou 17 ans. C'est là que les dirigeants et les éducateurs doivent prêcher la bonne parole, offrir aux jeunes un cadre bien défini. A Bayonne, j'ai bénéficié de cet encadrement de qualité pour franchir les étapes et me construire. Aujourd'hui, les mentalités ont beaucoup évolué, et ce n'est pas spécialement lié au football, il est donc plus difficile de transmettre. On perd de vue certaines valeurs et on retrouve ça au plus haut niveau ensuite. Mais le foot amateur n'est pas épargné non plus par certaines dérives.

Avec le temps, Deschamps est devenu un expert en communication
Avec le temps, Deschamps est devenu un expert en communication

"Je suis un pur produit, une sorte de prototype, de la formation à la française"

Avez-vous une définition de ce qu'est, ou doit être, un bon éducateur ?
C'est quelqu'un qui place la notion de plaisir au dessus de tout. Lorsqu'ils viennent au football, les enfants ne le font pas pour devenir pro mais pour s'amuser. Le bon éducateur sera celui qui parviendra à leur donner ce plaisir tout en leur inculquant le respect de l'adversaire, de l'arbitre, des partenaires, des entraîneurs. Il faut qu'il entretienne cette envie de jouer mais aussi cette envie de gagner car l'un ne doit pas aller à l'encontre de l'autre.

Justement, on a longtemps reproché à la formation à la française de trop insister sur la notion de victoire, pas assez sur celle du jeu...
La formation française, dont je suis un pur produit, une sorte de prototype (rires), a été copiée et continue à être copiée par le monde entier. Il ne s'agit pas aujourd'hui de renier ce qui a fait notre force, mais de s'adapter à l'évolution du football et de la société, aux exigences nouvelles. Quoiqu'on dise, un entraîneur ou un éducateur, pour pouvoir travailler dans de bonnes conditions, que ce soit chez les pros ou chez les amateurs, doit avoir des résultats. Pas les mêmes évidemment mais toujours avec la même pression de ses dirigeants. Un éducateur est là pour offrir tous les ans trois ou quatre joueurs à l'éducateur de la catégorie au dessus.

Le stade Didier Deschamps de... Bayonne !
Le stade Didier Deschamps de... Bayonne !

"Je ne demande rien d'exceptionnel aux joueurs sinon d'avoir une attitude normale et respectueuse, de proximité avec les gens."

Pourriez-vous revenir vous investir un jour dans le foot amateur ?
Quand on a été habitué aussi longtemps aux exigences du football de haut niveau, il est difficile de s'imaginer les renier. Dans ma tête, je ne me vois pas aujourd'hui accepter de me mettre au diapason de joueurs qui ne s'entraînent que deux fois par semaine et ne peuvent pas venir jouer le week-end parfois car ils travaillent. Pour le moment, je ne le conçois pas. Ce sont deux approches différentes, comme un entraîneur d'élite ne fait pas le même métier qu'un formateur. C'est un choix de carrière. Je ne suis pas convaincu que je le vivrais bien. Je peux faire ça en dilettante un jour... mais ça m'étonnerait.

Les présidents de ligue ou de district nous disent régulièrement que le nombre de licenciés dépend principalement des résultats de l'équipe de France. Est-ce une dimension importante de votre job, une responsabilité que vous assumez et que vous faites partager aux joueurs ?
Non, on ne sent pas plus responsabilisé que ça. On sait simplement que nous sommes la locomotive et que nous avons le devoir d'être exemplaire. Je ne tiens pas un autre discours aux joueurs que celui là : ils sont des modèles et des idoles pour les jeunes et doivent donc faire attention à ce qu'ils font et à ce qu'ils disent.

Cela n'a pas toujours été le cas, quel rapport avez-vous avec les événements qui ont fait beaucoup de mal à l'image du football professionnel ?
Je n'en ai jamais trop parlé aux joueurs, c'est quelque chose qui a toujours été induit. On s'est rapidement éloigné de ce passif, de cet historique là. Pour ma part, je ne demande rien d'exceptionnel aux joueurs sinon d'avoir une attitude normale et respectueuse, de proximité avec les gens. Ce n'est pas une corvée pour eux d'aller vers les autres. Je ne cesse de leur dire qu'ils ont la chance de pouvoir rendre les gens heureux à travers une photo, un autographe, pour un enfant, un papy ou une mamie. Il ne faut pas qu'ils l'oublient.

(crédit : FFF)
(crédit : FFF)

"Si je me laissais aller à essayer de revenir en arrière pour changer des choses, je ne pourrais que faire moins bien."

Depuis que vous êtes sélectionneur, vous avez été confronté à des comportements déviants; arrivez-vous à déchiffrer les codes de la nouvelle génération ?
Un jeune qui a vingt ans pense souvent qu'il a raison face à quelqu'un de quarante ans. Il veut tout, tout de suite... En même temps, cette volonté donne énormément de force. La maîtrise qu'ils ont des nouvelles technologies leur offre également un pouvoir que nous n'avions pas au même âge. C'est à nous de faire en sorte d'encadrer cette énergie qui ne s'exprime pas toujours comme il le faudrait, à nous de les aider.

Vous êtes issu du sud ouest, vous inspirez-vous des valeurs du rugby pour faire passer vos messages ?
J'ai joué un peu au rugby quand j'étais jeune mais le rugby a aussi beaucoup évolué depuis l'instauration du professionnalisme. On retrouve aujourd'hui les mêmes dérives que dans le football même si les valeurs sont toujours présentes, comme un garde fou. Ce n'est plus le rugby d'il y a vingt ans...

Le dernier rendez-vous de l'équipe de France était en novembre, le prochain est en mars (face au Danemark), que fait un sélectionneur quand il y a si peu de matchs ?
Il suit avec son staff l'ensemble des joueurs qui sont susceptibles d'être retenus, tous les week-ends, tous les jours même car il y a des matchs décalés et des matchs de coupe d'Europe. J'ai aussi une activité à la FFF à assumer, en relation avec les partenaires de l'équipe de France et de la FFF, avec le président, avec les médias etc. Même si l'absence de compétition nous met en sommeil, on ne s'endort pas pour autant.

Enfin pour conclure - avant d'aborder les questions des lecteurs de Footengo en régions -, malgré votre carrière de joueurs aux titres multiples et votre carrière d'entraîneur qui semble confirmer que vous êtes né sous une bonne étoile, avez-vous tout de même des regrets ?
Franchement, si j'avais des regrets avec tout ce que j'ai vécu, ce serait dramatique. Et si je me laissais aller à essayer de revenir en arrière pour changer des choses, je ne pourrais que me tromper et faire moins bien.

Propos recueillis par F.D.

L'entretien Footengo - Didier DESCHAMPS : "Je n'oublie pas d'où je viens..."
Didier Deschamps
Né le 15 octobre 1968 à Bayonne
Parcours
Joueur : Aviron Bayonnais (1976-1983), FC Nantes (1983-1989), Marseille (1989-1990), Bordeaux (1990-1991), Marseille (1991-1994), Juventus Turin (1994-1999), Chelsea FC (1999-2000), FC Valence (2000-2001)
Palmarès : Coupe du monde 1998, Euro 2000, Ligue des Champions 1993 et 1996 (finaliste en 1997, 1998 et 2001), champion de France 1990 et 1992, champion d'Italie 1995, 1997 et 1998, coupe d'Italie 1995, coupe d'Angleterre 2000. 103 sélections en équipe de France (4 buts)
Entraîneur : AS Monaco (2001-2005), Juventus Turin (2006-2007), Marseille (2009-2012), équipe de France, sélectionneur (depuis 2012)
Palmarès : champion de France 2010, coupe de la Ligue 2003, 2010, 2011 et 2012, finaliste de la Ligue des Champions 2004

Les questions des internautes


L'entretien Footengo - Didier DESCHAMPS : "Je n'oublie pas d'où je viens..."
Le foot de la France profonde comprend mal les dérives (vie publique) de certains grands joueurs ou celles de certains dirigeants. Qu'en pensez-vous ? (Manu Tuzet, 30-48)
Des dérives, il y en a toujours eues et il y en aura toujours, à tous les niveaux et même au niveau amateur. Une chose est certaine, il y a un décalage entre la France profonde et l'élite. C'est une réalité et je pense qu'il n'y a pas de solution, ce sera toujours ainsi.

L'entretien Footengo - Didier DESCHAMPS : "Je n'oublie pas d'où je viens..."
En Afrique du Sud, on a pu s'apercevoir de la difficulté de gérer un groupe pendant une compétition or, au Brésil, le groupe France a très bien vécu. Sur quoi avez-vous insisté pour ne pas revivre la débacle de 2010 ? (Bernard Champion, 65)
Je n'ai insisté sur rien de particulier. Le fait est que nous sommes passés par des moments très difficiles et le match de barrage retour face à l'Ukraine a déclenché beaucoup de choses positives. Depuis, c'est un plaisir, pour moi et mon staff de voir les joueurs, anciens et nouveaux, avec une telle détermination pour faire les choses ensemble. Et les résultats sont là...

L'entretien Footengo - Didier DESCHAMPS : "Je n'oublie pas d'où je viens..."
Beaucoup de buts sont marqués sur coups de pied arrêtés, corners ou coups francs, tous les week-ends, pourtant peu d'équipes mettent des joueurs aux poteaux, même en équipe de France. Le choix vient-il des gardiens ou du coach ? (Fernand Demuth, 68, FC Seppois)
En équipe de France, il y a toujours un joueur au premier poteau. Parfois deux... mais sans garantie que ça suffise pour ne pas prendre de but. Vous pouvez mettre deux joueurs et encaisser un but, n'en mettre aucun et ne pas en prendre. On peut aussi appeler un maçon et monter un mur ! Avec la qualité de frappe des joueurs, leur jeu de tête, que vous soyez en individuelle ou en zone, la seule chose qui impacte vraiment est l'agressivité que vous mettez à défendre, la part de roublardise que vous allez réussir à exprimer pour empêcher l'attaquant d'être avant vous sur le ballon.

L'entretien Footengo - Didier DESCHAMPS : "Je n'oublie pas d'où je viens..."
En 2015, notre club, fête ses 50 ans, pouvons-nous espérer vous compter parmi nos invités ? (Francis Huillier, 26, FC Péageois)
Au delà de votre invitation, j'ai beaucoup beaucoup de demandes de ce genre et je ne peux évidemment pas répondre à toutes. Comment je choisis ? Tout dépend d'abord de mon planning, si c'est compatible ou pas. Ensuite, je réponds en fonction de mes affinités et de mes envies. Pourtant, j'aimerai faire plaisir à tout le monde...

L'entretien Footengo - Didier DESCHAMPS : "Je n'oublie pas d'où je viens..."
A quand une femme dans le staff de l'équipe de France ? (Nadia Donadi, 95, FC Domont)
Ce n'est en tout cas pas un sujet tabou chez moi. Et il y en a déjà pas mal dans le milieu professionnel. Je n'y verrai aucune objection. Il y a bien Philippe Bergeroo avec l'équipe de France féminine. En bon Basque, comme moi, qu'il est, il montre que la cohabitation est possible (rires) !

L'entretien Footengo - Didier DESCHAMPS : "Je n'oublie pas d'où je viens..."
En 1990, vous avez marqué deux buts en D3 sur un terrain de la région toulousaine avec la réserve des Girondins de Bordeaux. Vous souvenez-vous où ? (Jean-Pierre Escoulan, 31)
Ouh là là ! Je n'en ai pas marqué beaucoup, je devrais m'en souvenir (rires) ! En plus, en CFA, non plus je n'ai pas fait beaucoup de matchs, une dizaine à tout casser à Nantes. Avec Bordeaux, je devais revenir de blessure, après mon opération à un bras. Je pense que c'était à Muret et c'était en D3. (Bonne réponse, les Girondins de Bernard Michelena avaient battu l'AS Muret de Gérard Rabier 2-0 : ndlr)

L'entretien Footengo - Didier DESCHAMPS : "Je n'oublie pas d'où je viens..."
Que pensez-vous de l'attitude des espoirs français à la fin de leur match face à l'Italie qui sont allés provoquer l'arbitre, qui avait sifflé un penalty contre eux, en levant le pouce ? (Daniel Pasquier, ancien du FCNA, 44)
C'est une situation à un moment donné, un sentiment d'injustice fort... mais ce sont évidemment des attitudes à éviter car elles sont regardées par tous les jeunes footeux de France qui peuvent se dire : si eux le font, nous aussi on peut le faire. Je peux comprendre la réaction des Espoirs mais surtout pas l'accepter.

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