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L'entretien Footengo - Grégoire MARGOTTON (Canal+) : "Ne pas tomber dans le populisme..."



Tout vient de là. Enfant, il a été bercé par le générique du film du dimanche soir sur la première chaîne autant que par le générique de Télé Foot le samedi soir et les dérapages récurrents de Thierry Roland le mercredi. Adolescent, c'est à Liverpool qu'il a puisé à jamais des raisons d'aimer profondément le football anglais et ceux qui le supportent. Adulte, c'est sur Canal Plus, qu'il a d'abord mâché ce vécu avant de le recracher à sa manière, professionnelle, passionnée et pleine de respect pour tous ceux qui font le football, tous ceux qui l'écoutent le commenter. Tout ça, c'est Grégoire Margotton. (par F.D.)




Avec Rémi Garde, au Parc des Princes, antenne dans deux minutes... (photo : C+)
Avec Rémi Garde, au Parc des Princes, antenne dans deux minutes... (photo : C+)
Grégoire, quel jeune sportif étiez-vous ?
J'ai toujours été un sportif du dimanche, sans jamais prendre de licence au foot. En club, je n'ai joué qu'au basket. Le foot, je le pratiquais dans le cour de mon immeuble tous les jours avec les copains pour faire comme mon frère aîné qui, lui, aurait pu espérer percer. Mais nous étions dans les années 70-80 et le système de formation n'était pas ce qu'il est devenu. Issu d'une famille de profs, il était hors de question qu'il se dirige vers une carrière de footeux. Pour ma part, je me suis toujours intéressé à tous les sports et je continue à refuser de rester cloitré dans le seul univers du football. J'adore donc le basket, le tennis, je commente aussi l'athlétisme sur Canal, tous ces autres sports sont mon oxygène quotidienne.

Vous avez donc grandi à Lyon dans les années 70 en pleine ferveur stéphanoise. Comment l'avez-vous vécu ?
Il n'y avait donc pas beaucoup de ferveur à la maison en dehors de mon frère qui suivait ça de très près. Avec mon père, nous regardions les rares matchs télévisés, un par mois, qui concernaient l'équipe de France et les matchs de coupes d'Europe. L'épopée verte, bien sûr, m'a fait vibrer comme elle a fait vibrer toute la France. Le reconnaitre m'a d'ailleurs déjà valu des commentaires désobligeants de supporters qui nous accusent périodiquement d'être pro OL, puis pro PSG ou pro OM. Ça change tous les week-ends et ça prouve peut-être que, finalement, nous savons rester neutres !

Votre adolescence a aussi été marqué par un séjour linguistique sur Liverpool. Est-ce là-bas que vous avez attrapé le virus ?
Le virus du foot anglais certainement, oui. J'avais une chambre d'étudiant dans le quartier le plus pauvre de Liverpool et j'ai vraiment aimé cette période, qui correspondait à mes vingt ans. Je suis tombé amoureux de cette ville qu'on peut comparer à Marseille à bien des égards car elle n'est pas très aimée du reste du pays. Elle reste un peu à part, avec son accent caractéristique, sa façon de vivre. J'ai découvert l'Angleterre et les Anglais à ce moment là, à la fin des années 80, quand les Reds dominaient encore la Premier League. Je me suis senti bien dans cette ambiance et, lorsque c'est le cas, vous êtes facilement accepté et vous découvrez des gens adorables, pleins d'humour avec une ambiance à nulle autre pareil. Dans un football qui se "naftalinise", Liverpool résiste !

L'entretien Footengo - Grégoire MARGOTTON (Canal+) : "Ne pas tomber dans le populisme..."

"je ne suis pas journaliste sportif, je suis un journaliste de sport"

A votre retour au pays, vous intégrez assez rapidement Canal Plus comme stagiaire, en CDD puis en CDI. Un bon "timing" !
C'était pour les Jeux de Barcelone en 1992 et il n'y avait qu'une dizaine de journalistes à la rédaction... contre une centaine aujourd'hui. Disons que j'ai vécu les dernières années de la première période Canal, lorsque le siège était encore dans Paris, quai André Citroën. Nous ne sommes plus très nombreux à avoir connu Charles Biétry aux commandes. Je crois qu'il ne reste que Eric Besnard, Eric Bayle au rugby et Philippe Doucet, pour les plus anciens. Tous les autres sont arrivés après.

Jeune téléspectateur dans les années 70, aviez-vous été influencé par les dinosaures de la profession que furent les Roger Couderc, Robert Chapatte, Thierry Roland etc ?
J'ai forcément été bercé par leurs commentaires, influencé également bien sûr, mais je n'aurais jamais pu m'inscrire dans ce journalisme là. Je respecte beaucoup leur parcours, j'appréciais ce que faisait un Bernard Père dans le basket ou un Pierre Cangioni dans le foot, mais j'ai découvert sur Canal une approche du métier qui me correspondait tout à fait. Je dis toujours que je ne suis pas journaliste sportif, je suis un journaliste de sport. La différence c'est que sur Canal n'importe quel journaliste qui commente le sport doit aussi être capable de commenter d'autres thèmes, de parler d'autre chose. J'ai appris mon métier dans une école de journalisme et avec un patron, Charles Biétry, qui avaient cette vision.

Les grands anciens revendiquaient une certaine forme de nonchalance, de chauvinisme aussi, et presque d'amateurisme face à l'événement sportif, pour mieux se mettre dans la peau du supporter. Pas vous apparemment !
Ce n'est pas ma conception du métier. Certes on est là pour apporter du bonheur, de la légèreté, de l'évasion, de la beauté mais de manière sérieuse, sans traiter le sujet par dessus la jambe. Il ne suffit pas de lire L'Equipe la matin et de se présenter devant le téléspectateur. C'est aussi une façon de respecter les gens.

On ne risque donc pas de vous entendre insulter un arbitre en direct comme a pu le faire Thierry Roland dans ses grandes heures ?
Aucun risque, je ne le ferai jamais.

L'entretien Footengo - Grégoire MARGOTTON (Canal+) : "Ne pas tomber dans le populisme..."

"Mon parcours m'aide à tenir ma langue"

Pensez-vous avoir un rôle pédagogique vis à vis de celui qui vous écoute ?
Ce serait me donner trop d'importance. Je ne me pose pas cette question, je fais juste ce métier comme je l'entends en respectant le football, les footballeurs, les arbitres et en essayant d'expliquer pourquoi, par moments, il y a des baisses de régime, pourquoi ça remonte parfois. J'essaie d'insister davantage sur les aspects positifs et mettre l'arbitre en avant quand même pour ne pas rajouter de l'huile sur le feu. J'ai cette chance d'avoir pu voyager partout en Europe et d'être un Européen convaincu. Cela me donne du recul par rapport aux événements et aux jugements hâtifs. Ça m'aide à tenir ma langue...

Et à ne pas forcément aller dans le sens du vent ?
Je suis conscient que nous sommes, pour l'image du football pro, des vecteurs de communication importants, mais je ne m'attache pas à insister sur des aspects du métier comme les salaires par exemple. Sinon vous tombez vite dans le populisme. Quand il se passe quelque chose, bien sûr qu'il faut en parler, même si c'est négatif, mais en choisissant ses mots. Je ne suis qu'un relais, mon opinion ne concerne que moi.

Avec combien de consultant avez-vous travaillé depuis vos débuts ?
Depuis 1992, ils doivent être une bonne cinquantaine. Je ne m'en souviens pas de tous, certains n'ayant fait un essai d'un match. Les plus marquants furent Claude Leroy - faire une CAN avec lui nourrit l'esprit et le coeur -, Olivier Rouyer et Christophe Dugarry, les deux plus assidus à mes côtés, et je commence à avoir des affinités avec Eric Carrière. Je n'oublie pas Franck Sauzée ou Rémi Garde... ni Charles Biétry avec lequel j'ai eu plus de mal à mes débuts. J'étais jeune et tétanisé de commenter avec mon boss.

(photo : Daniel Bardoux)
(photo : Daniel Bardoux)

"Si ça se trouve, je commenterai l'équipe de France sur TF1 un jour."

Dans le foot amateur que nous tentons de médiatiser sur les sites Footengo, l'image du foot pro est souvent très mauvaise. Le comprenez-vous ?
Knysna restera un symbole car cet épisode a démontré que la relation au maillot et au drapeau, avait changé. Mais le foot n'est pas seul à l'origine de cette évolution, il se contente d'être un reflet de la société. En 1982 ou 1986, quand l'équipe de France partait à la Coupe du monde, on sentait bien que les joueurs partaient entre potes. Aujourd'hui, trop d'argent circule pour qu'il en soit ainsi dans une société qui accorde trop d'importance aux footballeurs, à leurs rôles. L'image s'améliore tout de même car je pense qu'on ne pourra plus jamais revivre ce qui s'est passé en Afrique du Sud. On tend davantage en ce moment à retrouver cette idée que, même si on joue au Real, au Bayern ou à Manchester, fondamentalement, si on fait tout ça c'est aussi et surtout pour bien préparer la Coupe du monde avec son pays. Ce sentiment s'était évaporé, et pas seulement à cause des footeux, mais il revient petit à petit. C'est aussi à la France et aux Français de donner envie à leurs gamins - parce que ce ne sont que des gamins qu'on traite comme s'ils avaient le recul d'hommes de quarante ans -, de se battre pour eux.

Allez vous de temps en temps prendre la température du football amateur au bord des terrains ?
J'aimerais beaucoup mais, depuis vingt-trois ans, mon emploi du temps ne me le permet pas. J'ai été un spectateur attentif aux matchs de son fils lorsqu'il était en U13 ou U14 mais depuis qu'il a bifurqué vers un autre sport, je suis un père encore plus frustré car je n'ai jamais eu le temps de conduire le mini-bus le samedi après midi. Pourtant, j'aurais beaucoup aimé.

Vous voyez-vous faire ce métier encore longtemps ?
J'ai toujours dit que je ne me voyais pas commenter des matchs de foot jusqu'à 70 ans. J'ai aussi dit que je resterai à Canal toute ma vie (rires). Notamment parce que j'y fais les plus beaux matchs... A 45 ans, c'est un peu comme si une deuxième vie commençait et je ne sais vraiment pas de quoi elle sera faite. Si ça se trouve, je commenterai l'équipe de France sur TF1 un jour. A une époque, j'étais fermé à cette perspective, beaucoup moins aujourd'hui...

Propos recueillis par F.D.

Du lundi au dimanche, sa semaine type
Entre deux journées de Ligue 1 et une de Ligue des Champions, cette semaine ne fut pas plus agitée que d'habitude pour Grégoire depuis Paris, entre Marseille, Barcelone et Nantes.
-Lundi : retour de Marseille (OM-Metz 3-1 en L1) le matin, réunions l'après midi
-Mardi : préparation et présentation de Data Room
-Mercredi : départ pour Barcelone le matin (Barça-PSG), commentaire du match le soir.
-Jeudi : retour de Barcelone le matin... sans oublier de récupérer sa fille à la sortie de l'école.
-Vendredi : réunions pour préparer le week-end de Ligue 1
-Samedi : départ pour Nantes le matin (Nantes-Bordeaux en L1), commentaire du match à 17h le soir
-Dimanche : retour de Nantes le matin, après midi en famille

L'entretien Footengo - Grégoire MARGOTTON (Canal+) : "Ne pas tomber dans le populisme..."
Grégoire Margotton
Né le 9 novembre 1969 à Lyon
Parcours : Canal Plus (depuis 1992)
-Présentation de Jour de Foot (avec Vincent Radureau), de La Grande soirée Ligue des Champions (avec Nathalie Ianetta), de Data Room (depuis 2013)
-Commentaires de l'affiche de L1 du dimanche soir, des meetings d'athlétisme
-Auteur du texte du film "Comme dans un rêve", biographie de Zinedine Zidane en 2002
-Publicités : commentaires de Pro Evolution Soccer 2010, Pro Evolution Soccer 2011 et Pro Evolution Soccer 2012 (avec Christophe Dugarry) et Pro Evolution Soccer 2013 (avec Darren Tulett), et ce, jusqu'à Pro Evolution Soccer 2015, de FIFA 2003, FIFA 2004 et FIFA 2005 (avec Olivier Rouyer et Rémi Garde).

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