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L'entretien Footengo - Guy HILLION-Christophe LOLLICHON : "Notre vie au cœur du Chelsea FC..."



Kurt Zouma et Loïc Rémy ne sont pas les seuls Français à évoluer chez le futur champion d'Angleterre. Depuis sept ans, deux autres techniciens, moins connus mais pas moins importants dans la réussite des Blues, apportent leur pierre à l'édifice d'un club où ils incarnent un certain savoir faire dans leur domaine de compétence respectif : l'entraînement des gardiens de but pour Christophe Lollichon, le recrutement des jeunes pour Guy Hillion. Les deux anciens techniciens formés au FC Nantes ont pas mal de choses en commun, qu'ils nous avaient exposés il y a quelques mois et que le sacre des joueurs de Mourinho éclaire aujourd'hui d'une nouvelle lumière. Celle du "made in France", la "french touch" au pays des Blues ! (par F.D.)




Guy Hillion et Christophe Lollichon, la "French touch" des Blues !
Guy Hillion et Christophe Lollichon, la "French touch" des Blues !
LEUR PARCOURS
Guy Hillion : "Directeur commercial, je suis venu m'installer à Nantes pour diriger l'agence que nous y avions. Et, de fils en aiguilles, j'ai fini au FC Nantes. Un ami qui jouait avec les anciens du FCNA le dimanche matin m'a demandé de les accompagner pour faire le nombre et le jour où j'ai été licencié économique, Coco Suaudeau, qui dirigeait les pros, et Raynald Denoueix qui était à la formation, m'ont proposé de les rejoindre pour m'occuper du recrutement des jeunes. D'abord à mi-temps, je suis rapidement passé à plein temps, en assumant également la responsabilité administrative du centre de formation. Je n'ai jamais passé mes diplômes d'entraîneur. J'étais un amoureux du FC Nantes quand j'étais à St-Brieuc, mais il était complètement irréel pour moi de me retrouver dans le même bureau que Suaudeau ou Denoueix à discuter de recrutement."

Christophe Lollichon : "Le foot, comme la vie, est fait d'opportunités et de rencontres qui ont tout déclenché chez moi, notamment, il y a trente ans, avec Michel Tronson, un de mes profs de fac qui était aussi entraîneur de l'équipe réserve du FC Nantes. Il lui manquait un gardien pour ses entraînements et il a fait appel à moi. Comme il voyait que j'étais très curieux et intéressé, passionné, il en a parlé à Denoueix. J'avais un orteil dans le club et j'ai mis les deux pieds lorsque Raynald m'a proposé de monter une école des gardiens de but au sein du centre de formation. Je n'avais que 23 ans et avec mon insouciance j'ai sauté sur l'occasion. J'ai donc grandi au contact de ces formateurs hors pair pendant onze ans, en écoutant, en apprenant, en travaillant. J'ai longtemps travaillé en parallèle chez Décathlon comme vendeur, en quart de temps. Je n'ai vécu que du foot qu'à partir de 27 ans. Un risque à ce moment là car Décathlon me proposait une promotion mais je ne me voyais pas dans un magasin toute la journée. J'ai signé mon premier contrat pro lorsque Blazevic est parti et que Coco Suaudeau a pris le relais. Je suis monté avec lui m'occuper des Marraud, Montanier, Garcia... Mais l'expérience n'a duré qu'un an et demi car Coco estimait que, n'ayant jamais été pro, je ne pouvais pas entraîner des pros. Il ne me l'a jamais formulé ou dit ainsi mais je sentais bien de la défiance à mon égard. Je le respecte tellement que je peux comprendre sa position... Cela m'a permis de revenir à la formation et de côtoyer notamment un jeune gardien qui montait, Mickaël Landreau. Parallèlement, j'avais monté des centres d'entraînement pour gardiens amateurs et j'intervenais aussi dans un sport-études. J'ai failli partir au Havre mais c'est finalement Ancenis, un club qui évoluait en National 3, qui m'a appelé. Ce retour dans le milieu amateur fut une expérience exceptionnelle humainement et même sportivement. J'y suis resté trois ans dont les deux dernières en tant qu'entraîneur général. C'est là-bas que Rampillon, le responsable du centre de formation du Stade Rennais, est venu me chercher pour prendre en charge le recrutement du centre de formation et l'entraînement des gardiens, puis le recrutement de tout le club après que le responsable en place ait été écarté."

L'entretien Footengo - Guy HILLION-Christophe LOLLICHON : "Notre vie au cœur du Chelsea FC..."

Lollichon : "J'ai connu un entraîneur champion du monde de qui j'avais les plus grandes difficultés à connaître le contenu de ses entraînements à l'avance... car lui même ne le connaissait pas"

LEUR PHILOSOPHIE
Christophe Lollichon : "J'ai été dans la meilleure école qui soit, le FC Nantes avec Suaudeau, et Denoueix qui fut un moteur d'évolution avec une réflexion permanente et toujours à la recherche de l'excellence, ce qui l'amenait à toujours essayer de trouver de nouvelles idées, à s'adapter aux conditions... J'ai ensuite été au contact de footballeurs amateurs, des maçons, de bouchers, des profs... qu'il fallait distraire autant que faire travailler. Je pense que cela a développé chez moi une certaine capacité d'adaptation, la volonté de se faire respecter aussi car trop longtemps les entraîneurs ne cogitaient les gardiens que lorsqu'ils en avaient besoin. Or, les gardiens ne sont pas de larbins. J'ai connu un entraîneur champion du monde de qui j'avais les plus grandes difficultés à connaître le contenu de ses entraînements à l'avance... car lui même ne le connaissait pas (Luis Felipe Scolari : ndlr) ! Il n'hésitait pas à interrompre nos séances pour intégrer les gardiens à ses exercices plus ou moins improvisés. J'appelle ça de l'irrespect ou de l'incompétence..."

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Hillion : "Ils recherchent le phénomène davantage que le très bon joueur."

Guy Hillion : "J'étais avant tout, et je demeure encore, un adepte de la philosophie nantaise. J'ai ajouté à ça une bonne partie des qualités que j'exprimais en tant que commercial au niveau du contact humain et d'un certain savoir faire dans la négociation. Un bon recruteur de jeunes ne peut pas être seulement un bon technicien, il lui faut aussi avoir un bon relationnel pour convaincre et donner confiance, être un bon commercial. Certains clubs ont des recruteurs très qualifiés mais qui sont nuls une fois qu'ils doivent finaliser les premiers contacts. Ma philosophie reste la même et un talent reste un talent que vous recrutiez pour un club ou pour un autre. La spécificité nantaise faisait qu'on recherchait surtout des joueurs capables de se fondre dans un projet de jeu, d'être complémentaire des joueurs que nous avions déjà. Mais je regarde encore avec le même intérêt l'intelligence du joueur, celle du jeu, plus que celle de l'homme... même si j'étais plus pointu pour le FC Nantes. L'individu autant que le joueur intéressait Suaudeau et Denoueix, l'individualité prime pour Chelsea car ils n'ont pas les mêmes besoins. Ils recherchent le phénomène davantage que le très bon joueur. Mais travailler pour eux est extraordinaire car, contrairement à ce qui se passe souvent en France où la cellule recrutement est quelque chose de secondaire, là-bas, elle est essentielle. Tout tourne autour de ça."

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Lollichon : "Je reçois un texto qui dit : "Est-ce que ça vous intéresse de devenir l'entraîneur des gardiens de Chelsea ?"

LEUR ARRIVÉE AU CHELSEA FC
Guy Hillion : "Après avoir arrêté à Nantes, être passé par Rennes puis Bordeaux, nous en avions discuté avec ma femme, et je souhaitais prendre ma retraite. J'avais juste dit à Rampillon à Rennes que je pouvais lui donner un coup de mains mais seulement le week-end. Six mois après, j'ai reçu l'appel d'un agent mandaté par le FC Chelsea qui souhaitait me rencontrer. L'envie est vite revenue et pas uniquement en raison des conditions financières. Car j'aurais bien continué à Bordeaux si l'atmosphère avait été plus saine. Là, à Chelsea, j'avais la chance de découvrir un club anglais et de travailler un peu différemment... Il faut croire que ça me convient car j'y suis toujours, après un aller-retour sur Nantes que je qualifierais d'erreur de casting, de la part de M. Kita et de ma part d'avoir accepté son offre. Entre temps, la direction technique du Chelsea FC avait changé. Franck Arnesen notamment est parti sur Hambourg, un autre cadre dont j'étais proche a signé à Manchester City. C'est par son intermédiaire que j'ai visité les installations du club et que j'ai failli y signer. J'étais à deux doigts de le faire mais, par acquis de conscience, j'ai tout de même téléphoné à la nouvelle direction technique de Chelsea par correction aussi. Je leur ai dit que j'étais en contact avec Manchester mais que s'ils avaient besoin de moi je préférais cette option. Et ils m'ont engagé (rires) !"

Christophe Lollichon : "C'est par l'intermédiaire de Petr Cech, connu à Rennes, que je suis venu à Chelsea. Au début, à Rennes, on ne s'entraînait pas ensemble mais on sentait, chaque fois qu'on se croisait, que le courant passait bien. Rapidement, il a souhaité que je le rejoigne pour que je devienne son entraîneur personnel. Je n'ai pas hésité, parce qu'on s'entendait bien et parce que je sentais chez lui une grosse soif d'apprendre, de travailler et de se remettre en cause. Quand il a rejoint les Blues, on est toujours resté en contact, il m'envoyait des DVD de ses matchs, je lui envoyais des préparations et des conseils... jusqu'au jour où, en septembre 2007, juste après le départ de Mourinho, j'ai reçu un texto. C'était Petr qui me demandait : "Est-ce que ça vous intéresse de devenir l'entraîneur des gardiens de Chelsea ?" Je ne sais pas pourquoi mais il me vouvoie toujours... Je l'ai lu à deux reprises, je l'ai fait lire à ma femme et j'ai répondu, oui. Sur le coup, je dois le dire, le Stade Rennais a été royal et a bien compris qu'il y avait parfois des opportunités qu'on ne pouvait pas refuser. Cette offre de Chelsea en était une. Une semaine après le texto, je visitais les installations. Je suis maintenant là-bas depuis novembre 2007."

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Hillion : "Nous sommes 14 dans le monde à travailler pour le club de la même manière donc si j'arrive à placer un joueur par an, c'est bien."

LEUR RÔLE
Guy Hillion : "Je suis responsable du recrutement des jeunes et des professionnels sur la France et l'Afrique. Je voyage donc pas mal dans l'hexagone et me rend en Afrique lors des grandes compétitions internationales pour les jeunes ou les pros. Depuis le temps que je suis dans ce milieu, je me suis constitué un réseau qui me permet d'être présent un peu partout sur le territoire. Si un bon jeune de 12 ans est bon à côté de Marseille ou près de Lyon, je le sais. Je suis au courant de tout. Et puis pour être efficace, même si vous travaillez pour un club anglais, il faut être français, car rien ne remplace l'expérience du terrain et le relationnel. Surtout, la réglementation française est tellement compliquée que vous ne pouvez pas avoir de résultats si vous ne la maîtrisez pas sur le bout des doigts. Nous sommes 14 dans le monde à travailler pour le club de la même manière donc si j'arrive à placer un joueur par an, c'est bien. Lorsque j'étais à Bordeaux, il m'en fallait entre 15 et 18 pour pouvoir compléter les équipes dans toutes les catégories d'âge. L'approche n'est donc pas la même et elle peut être frustrante. Mon rôle est de leur indiquer les joueurs qui me semblent intéressants mais ce sont eux ensuite qui décident."

Christophe Lollichon : "Il n'est pas facile de travailler avec les Anglais car ils ont tendance à se protéger, à ne pas se livrer, à considérer parfois qu'on vient les envahir sur leur île. On le ressent parfois même s'ils ne disent pas les choses. Il y a donc parfois de clashs. C'est aussi à moi de m'adapter et de respirer de temps en temps au contact des nombreux francophones qui font partie du club. C'est aussi du à l'énorme pression qui pèse sur les épaules de tout le monde car il faut tout le temps gagner.
Avec Petr, on a toujours été très complice et on le reste. Il est un homme extraordinaire, un athlète de très haut niveau et un gardien fantastique. Quelqu'un qui est toujours dans la réflexion et qui vous oblige donc à y être aussi, sans cesse à la recherche des meilleurs exercices, au plus proche de la vérité de la compétition. On analyse tous ses matchs en vidéo, on revient sur toutes les actions, on dissèque."


propos recueillis par F.D.

L'entretien Footengo - Guy HILLION-Christophe LOLLICHON : "Notre vie au cœur du Chelsea FC..."
Christophe LOLLICHON
Né le 2 mars 1963 à Nantes (Loire-Atlantique)
Parcours : Nantes, entraîneur des gardiens (1986-96), RC Ancenis (1996-1999), Rennes, entraîneur des gardiens (1999-2007), Chelsea, entraîneur des gardiens (depuis 2007)
Diplômes : DEF (Diplôme d’Entraîneur de Football) et Brevet d’Etat second degré option Football.

L'entretien Footengo - Guy HILLION-Christophe LOLLICHON : "Notre vie au cœur du Chelsea FC..."
Guy HILLION
Né le 30 novembre 1945
Parcours
Joueur : St-Brieuc
Dirigeant-recruteur : Nantes (1994-2000), Bordeaux (2001-05), Rennes (2005-06), Chelsea (2006-2011), Nantes (avril-juin 2011), Chelsea (depuis 2011)

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