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L'entretien Footengo - Guy LACOMBE : "A 20 ans, je jouais en première division de district"



A vingt ans, au coeur de son Aveyron natal, il jouait en première division de district. A cinquante-neuf, il accompagne des entraîneurs vers le DEPF au sein de la DTN. De la cellule du haut niveau où il encadre Zidane, Sagnol ou Makélélé, à la cellule classique où il voit parfois arriver de jeunes coachs issus du football amateur, Guy Lacombe en a tiré une grande leçon qui pourrait servir de slogan à l'UNECATEF : "On fait tous le même métier !" Et à écouter l'ancien champion Olympique, on le ferait même plutôt mieux en passant d'abord par la case "club amateur". Si on doute qu'il parvienne à convaincre Zidane de reprendre le Rodez AF (dont il est un des actionnaires), on apprécie un hommage qui finira bien un jour par toucher aussi les présidents de clubs. (par F.D.)




L'oeil, la vista... on l'a ou on l'a pas. Lacombe l'avait lorsqu'il était joueur et il l'a gardée comme coach (ici avec le PSG).
L'oeil, la vista... on l'a ou on l'a pas. Lacombe l'avait lorsqu'il était joueur et il l'a gardée comme coach (ici avec le PSG).
M. Lacombe, vous êtes à la DTN depuis 2013, comme "injecteur d"idées", qu'est-ce que ça signifie exactement ?
(rires) Injecteur d'idée, c'est un truc de journaliste ça ! Je suis responsable de la formation des cadres et du DEPF et de la cellule du haut niveau où sont en ce moment Zidane, Makélélé, Sagnol, Diomède ou Roy. J'interviens aussi sur le tutorat qui consiste à accompagner des entraîneurs, en l'occurrence Sylvain Ripoll à Lorient et Denis Zanko à Laval. On fait alors quasiment du sur mesure, on passe la journée avec eux pour discuter de leurs problématiques, savoir où ils en sont par rapport à leur formation et à leur club. On échange beaucoup sur le club, sur l'équipe.

Vous êtes donc le mieux placé pour savoir ce qui cloche en ce moment à Lorient par exemple !
On a évidemment un devoir de réserve vis à vis du stagiaire mais j'ai la chance d'avoir des gars en situation et nous sommes aussi là pour aider. J'ai dix-huit ans d'expérience et j'ai connu beaucoup de choses qu'ils connaissent ou qu'ils connaitront. Après, ils connaissent évidemment mieux le club que moi et c'est d'ailleurs le message à faire passer. L'entraîneur reste quand même le mieux placé, celui qui a tous les tenants et aboutissants pour savoir quoi faire.

Est-ce que ce rôle d'entraîneur de club vous manque ?
Oui, bien sûr, tout ce qui touche à la compétition, à la progression des joueurs, à la quête de nouveaux talents... mais il y a aussi pas mal d'aspects de ce que je fais aujourd'hui qui me plaisent énormément. Partager la vie de Zidane ou Sagnol par exemple est très très intéressant et lorsqu'ils interviennent dans la formation, au sein des clubs, on voit beaucoup de choses.

En mai dernier, Lacombe est passé voir les seniors de Villeneuve, le village où il a grandi... (photo : DDM)
En mai dernier, Lacombe est passé voir les seniors de Villeneuve, le village où il a grandi... (photo : DDM)

"J'ai été surpris de voir Zidane prendre cette voie. C'est un saut dans l'inconnu..."

Zidane, que vous avez connu pensionnaire du centre de formation de Cannes et que vous retrouvez éducateur. La roue tourne...
Oui, 25 ans après... J'ai d'ailleurs été très surpris qu'il prenne cette voie. Il le fait avec beaucoup d'humilité et de sérieux. Certains le font par passion, d'autres par besoin... Lui n'avait pas besoin de se mettre en danger de la sorte. Je lui tire vraiment mon chapeau et je lui dis merci pour le football.

Pourquoi ne pensiez-vous pas qu'il se dirigerait vers une carrière de coach ?
Parce qu'il est plutôt réservé... mais il a un grand sens de l'écoute et beaucoup de réflexion. Il a senti qu'il fallait qu'il entre dans l'arène pour donner et transmettre. C'est un saut dans l'inconnu. Il m'a dit qu'il ne pensait pas que c'était comme ça...

Et vous reviendrez-vous un jour dans un club ?
Il ne faut jamais dire jamais. Je sais ce que je veux et ce que je ne veux pas. Je fais des choses qui me plaisent aujourd'hui mais, forcément, le boulot de coach me manque. Quand on est piqué, on est piqué (rires) ! Franchement, lorsque Noël Le Graët m'a appelé pour me dire qu'il me verrait bien dans la formation des entraîneurs, j'ai été flatté mais je m'imaginais davantage avec l'équipe de France espoir. Pour la suite, je ne me refuse rien, je sais que je peux partir quand je veux. Parce qu'ils me voient à la DTN, certains pensent peut-être que j'ai fait mon temps. C'est possible... mais ce n'est pas sûr !

Au sein de la DTN, on croit aussi savoir que vous faites partie d'une cellule d'optimisation de la performance. De quoi s'agit-il exactement ?
C'est une cellule où on effectue de la recherche pour aller vers toujours plus d'amélioration dans tous les domaines. On est par exemple allé au Canada, où le football est à la pointe dans tout ce qui concerne le mental et la connaissance de soi, deux dimensions aussi importantes pour la construction de l'entraîneur que de l'homme. Aujourd'hui, un coach est devenu tellement pressurisé qu'il lui faut être sacrément costaud pour faire face à toutes les agressions extérieures, des dirigeants, des médias, des supporters etc. La méthode canadienne vous offre des outils pour résister à tout ça.

A 59 ans, l'Aveyronais n'en a pas fini avec le haut niveau.
A 59 ans, l'Aveyronais n'en a pas fini avec le haut niveau.

" Lorsque j'étais en charge de la réserve de Cannes en CFA, je peux vous dire que j'en ai croisé des entraîneurs de haut vol à qui on pouvait pas raconter n'importe quoi."

Est-on très éloigné de la formation que vous aviez suivi il y a vingt cinq ans ?
Oui, ça a énormément évolué. Nous cherchions avant tout à avoir un examen à l'issue de trois semaines de stage, et les résultats dépendaient aussi des postes à pourvoir. Nous sommes davantage dans la formation du candidat. L'obtention du diplôme n'est pas une fin en soi, nous voulons surtout donner les moyens aux futurs entraîneurs d'être opérationnels dans les clubs. On agit pour l'évolution générale du football et on parle d'ailleurs de plus en plus en terme de staff plus qu'en terme d'individu. On laisse ensuite faire la vie pour qu'émerge celui qui sera le manager de ses compétences.

Auriez-vous été un meilleur coach si vous aviez suivi ces formations ?
Cela m'aurait apporté beaucoup. J'ai parfois l'impression de formaliser ma carrière, de valider tout ce que je faisais de manière instinctive. Mais il est évident qu'avec les outils actuels, il y a plein de choses que je ne referais pas ou différemment, dans le management notamment. Pour le reste, dans la connaissance du jeu, on apprend tous les jours. Et je regrette d'ailleurs que les entraîneurs actuels soient plus focalisés sur le management et le relationnel, toute la maîtrise de l'environnement, que sur le jeu qui est quand même le coeur de notre métier.

Vous parliez de staff tout à l'heure, y-a-t-il des formations spécifiques aux entraîneurs adjoints, ce qu'on appelle numéros 2, comme il peut y en avoir pour les entraîneurs de gardiens par exemple ?
Non mais dans la session de haut niveau, on intègre ce type de réflexion dans la mise en pratique. Comme les stagiaires sont en duo sur des thématiques bien particulières, on leur demande d'alterner lorsqu'ils sont en situation, passant de numéro 1 à numéro 2. A la base, on peut toujours se dire que certains ont davantage le profil du numéro 1 ou celui du numéro 2, ça se vérifie parfois, mais nous en avons aussi beaucoup qui nous surprennent. On pourrait croire que les fortes personnalités se dirigent plus naturellement vers le numéro 1, c'est vrai, mais c'est surtout la vie, les opportunités qu'on vous offre qui décident de votre statut. Il n'y a aucune fatalité dans ce domaine et il vaut mieux être un excellent numéro 2 qu'un piètre numéro 1.

Un homme de conviction, un technicien pointu... (crédit : FFF)
Un homme de conviction, un technicien pointu... (crédit : FFF)

"On constate que les entraîneurs qui ont eu une expérience dans un club amateur ont une richesse d'apprentissage supérieure à beaucoup d'autres."

Avez-vous à former beaucoup de techniciens issus du monde amateur dans le cadre du DEPF ?
Il n'y en a pas beaucoup, qui arrivent de CFA et montent en National, mais ce sont généralement des gens très riches et intéressants. On veut toujours dissocier les amateurs et les pros mais en fait je suis persuadé qu'il s'agit du même monde. On parle de la même chose. A 20 ans, je jouais en première série départementale, avant de rejoindre Albi en D3 et d'avoir la chance de passer pro à Nantes. Donc le milieu amateur, je sais ce que c'est. La seule différence ce sont les moyens mis en oeuvre. Car après, les entraîneurs ont la même passion, les mêmes problématiques. Mon beau frère, Francis Perez, a longtemps entraîné Cahors (dans le Lot) et Villefranche de Rouergue (dans l'Aveyron) et toute sa vie d'entraîneur il a eu les mêmes joies et les mêmes soucis que moi. Et plus vous montez, en CFA2, en CFA... plus vous vous rapprochez du haut niveau. Lorsque j'étais en charge de la réserve de Cannes en CFA, je peux vous dire que j'en ai croisé des entraîneurs de haut vol à qui on pouvait pas raconter n'importe quoi. Il y a des gens très forts dans le milieu amateur.

Pourtant, c'est statistique, peu d'entraîneurs de clubs de L1 en sont issus, ou alors d'anciens pros comme Gourvennec, Hantz ou Furlan qui ont eu besoin d'un passage dans le foot amateur pour revenir chez les pros. Pourquoi ?
Parce que les dirigeants, qui sont pour la plupart des chefs d'entreprise, n'ont pas ce regard là, celui du chef d'entreprise justement, lorsqu'ils choisissent un coach. Trop souvent, ils le choisissent sur une réputation, un palmarès ou des "on dit". Or, il suffit souvent de regarder un entraîneur travailler pour voir s'il maîtrise son affaire. Lorsque j'étais à Sochaux, des clubs anglais se sont intéressés à moi et, avant de me solliciter, je peux vous dire qu'ils sont venus m'observer plusieurs fois à l'entraînement ou en match. En France, nous n'avons pas cette approche. C'est dommage car ils verraient de réelles possibilités dans le monde amateur. Je crois même que, de plus en plus, il faudra en passer par là pour se forger. Car on constate effectivement que ceux qui ont eu cette expérience ont une richesse d'apprentissage supérieure à beaucoup d'autres. Parce qu'ils n'ont pas brûlé les étapes, parce qu'ils ont eu le temps de malaxer leurs idées, de les tester, avant d'arriver chez les pros. Ils ont une flamme supérieure.

"Le fossé n'est pas si large... la grande différence c'est d'abord l'argent"

Et la coupe de France est là pour rappeler tous les ans que le fossé n'est finalement pas si large que ça entre pros et amateurs !
Tout à fait. La grande différence, c'est d'abord l'argent.

Pourriez-vous revenir dans un club amateur ?
Je n'en ai pas eu envie. Il faudrait que ça corresponde à une volonté de revenir s'installer dans ma région d'origine, à Villefranche... Or, je suis sur Dinard et il n'est pas du tout dans mes projets de déménager. Plus qu'avec des seniors, je m'imagine avec des gamins. Pour encadrer les petits enfants que je n'ai pas encore (rires)...

Et dans un centre de formation ?
Après ce que j'ai vécu à Cannes, où on a monté de toutes pièces le centre en partant de zéro, je me vois mal me remettre dans quelque chose qui n'aurait forcément pas la même dimension. Ou alors de repartir de zéro quelque part...

propos recueillis par F.D.

L'entretien Footengo - Guy LACOMBE : "A 20 ans, je jouais en première division de district"
Guy Lacombe
Né le 13 juin 1955 à Villefranche sur Rouergue
Parcours
Joueur : Stade Villefranchois (1970-75), US Albi (1975-76), FC Nantes (1976-79), RC Lens (1979-81), FC Tours (1981-83), Toulouse FC (1983-85), Stade Rennais (1985-86), Lille OSC (1986-87), AS Cannes (1987-89)
Palmarès : champion Olympique 1984, champion de France 1977
Entraîneur : Cannes, centre de formation (1989-95), Cannes (1995-97), Toulouse FC (1998-99), EA Guingamp (1999-2002), FC Sochaux (2002-05), Paris SG (2005-07), Stade Rennais (2007-09), AS Monaco (2009-11), Al Wasl Dubai (2012-2013), DTN, entraîneur national (depuis 2013)
Palmarès : coupe Gambardella 1995, coupe de la Ligue 2004 (finaliste 2003), coupe de France 2006 (finaliste 2009 et 2010)

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