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L'entretien Footengo - Jérôme CHAMPAGNE : "Je veux renouer le contact avec la base"



Si le CO Ulis se prépare à toucher 500 000 euros sur le transfert d’Anthony Martial de Monaco à Manchester United, c’est à lui que le club francilien le doit. Lui, c’est Jérôme Champagne, candidat à la prochaine élection à la présidence de la FIFA, et ancien conseiller sacrifié de Sepp Blatter. A 57 ans, le diplomate français qui est né au football à travers la fièvre verte qui a déferlé sur la France à la fin des années 70 entend réformer l’instance mondiale pour la mettre, vraiment, au service de tous les footballs. Chiche ! (par J.L.B.)




Jérome Champagne, le candidat français qui n'a pas le soutien de la FFF.
Jérome Champagne, le candidat français qui n'a pas le soutien de la FFF.
M. Champagne, pourquoi a-t-on tant de mal à considérer que cette élection à la tête de la FIFA peut aussi concerner l’ensemble des clubs amateurs ?
Je suis conscient du décalage qu’il existe entre la FIFA et les clubs amateurs. C’est naturellement dommage car on fait tous partie de la même famille et lorsqu’une jeune fille ou jeune garçon prend une licence dans un club d’un district au sein d’une ligue en France, il (ou elle) devient indirectement membre de la FIFA. C’est une évidence qui, je le regrette, n’est pas vécue de la sorte par les licenciés. Et ça me gêne d’autant plus que j’ai un parcours de passionné qui a débuté son histoire commune avec le football en étant pigiste pour France Football entre 1976 et 1983. Je m’occupais des classements des championnats étrangers ! Je suis un passionné qui a aussi un peu joué (très mal !) en club (US Joinville) et qui considère que le club est au football ce que la famille est à la société : la base.

Une base qui ne s’est jamais sentie aussi peu représentée par ses instances dirigeantes !
Il est fondamental de restaurer cette mauvaise image. C’est aussi pour ça que je me suis lancé dans cette aventure vers la présidence de la FIFA. Une de mes premières propositions sera de créer un véritable club de la FIFA qui rassemblera tous les licenciés de la planète pour une base de données mondiale qui permettra de renouer le lien, via Internet, d’envoyer des informations, de communiquer, d’échanger, de faire profiter de tarifs et d’accès privilégiés pour les grandes compétitions mondiales etc. Il faut absolument recréer des liens avec la base. Ce sera une de mes priorités.

...mais bien celui du roi Pelé !
...mais bien celui du roi Pelé !

« SANS UNE FIFA FORTE, LE FOOT SERA VOUE AUX PLUS RICHES, AUX POLITICIENS VOIRE AUX ORGANISATIONS CRIMINELLES »

Pourquoi pensez-vous être le meilleur candidat ?
Pour plusieurs raisons. D’abord, et c’est important, parce que je ne traîne aucune casserole, ensuite parce que je connais bien le fonctionnement de la FIFA. Or, je pense que pour la réformer il faut la connaître. Depuis que j’en suis parti en 2010, j’ai été conseiller de plusieurs fédérations et clubs. Mon expérience s’étend sur tous les continents contrairement aux autres candidats qui n’en représentent qu’un et sont issus d’une confédération. Or, on a besoin d’unité pour sauver la FIFA, pour en faire un gouvernement central fort et représentatif. Sans ça, le foot sera voué aux plus riches, aux politiciens voire aux organisations criminelles. Le foot s’est mondialisé, c’est une excellente chose pour son développement, mais ça engendre énormément d’inégalités. Face aux 1% de pratiquants qui vont bien et qui sont abondamment reliés par les médias du monde entier, je veux m’occuper des 99% qui souffrent davantage, notamment dans le milieu amateur et dans des pays qui ont moins de moyens qu’en France où la Fédération dispose de 280 millions d’euros de budget de fonctionnement. Dans cette période trouble, le monde a plus que jamais besoin du football, de ses valeurs.

La FIFA c’est quand même avant tout, pour le grand public, la Coupe du monde et le football professionnel, les millions qui vont avec…
La FIFA ce n’est évidemment pas que ça. Je vais vous raconter deux histoires qui me concernent et qui le prouvent. Je suis entré à la FIFA en janvier 1999 (comme conseiller de Blatter) où je me suis tout de suite occupé du règlement des transferts en liaison avec la commission européenne. Et en mars 2001, après des négociations très difficiles avec cette commission, nous parvenions à nos fins : 5% de la somme du transfert d’un joueur allait être redistribuée au club formateur. C’est ainsi que Les Ulis, club de Martial, a pu récupérer 500 000 euros sur le transfert de son ancien joueur de Monaco à Manchester United. Je suis fier d’avoir réussi à mener ce projet à son terme. La deuxième histoire nous amène aux Comores, qui n’était pas membre de la FIFA mais qui l’est devenu en 2005. J’ai beaucoup œuvré pour ça et je suis fier également de voir qu’aujourd’hui ce petit pays a les moyens d’avoir une sélection qui participe aux compétitions internationales, avec pas mal de joueurs issus de la communauté comorienne de France, de Marseille Consolat notamment. Dernièrement, ils ont même joué face au Ghana en éliminatoires de la CAN et ont fait 0-0 à Moroni avant de perdre 0-2 au retour et de susciter ce commentaire d’André Ayew : « Je ne savais pas que les Comores avaient une si belle équipe ! » C’est aussi ça le rôle de la FIFA.

Le regard vers le foot du futur... (photos : jeromechampagne2015.com)
Le regard vers le foot du futur... (photos : jeromechampagne2015.com)

« JE SUIS LE SEUL CANDIDAT SANS CONTROVERSE »

Revenons à vous, à votre parcours personnel dans le foot. Comment êtes-vous devenu accroc ?
Je date la première incubation du virus à 1970, en écoutant à la radio la finale de la coupe de France entre le FC Nantes et l’AS Saint-Etienne. S’en est suivi évidemment une grosse fièvre verte (rires) ! A 16 ans, des amis de mes parents m’ont aussi amené au Camp Nou de Barcelone où la magie a opéré et accéléré le processus.

Quel rapport personnel avez-vous avec le foot amateur ?
Il est lié aujourd’hui à mon troisième enfant, qui a onze ans, et que je vais voir jouer dès que je peux ; dernièrement à ma descente d’avion, de retour sur Paris, pour le voir en banlieue de Zurich participer à un tournoi en salle.

Que dites-vous à ceux qui pensent que la FIFA ne représente finalement qu’elle-même et les compétitions qui lui rapportent de l’argent ?
Sur les vingt dernières années, beaucoup de choses ont effectivement été faites pour les compétitions internationales. On a trop délaissé les compétitions nationales, en France, mais aussi ailleurs dans le monde, dans des pays en voie de développement où la situation est beaucoup plus difficile. Pas loin de chez moi, je passe tous les jours devant un complexe de six terrains de foot gazonnés, dont un en synthétique… c’est autant que pour l’ensemble de la République Démocratique du Congo qui compte 75 millions d’habitants ! Le foot amateur français rencontre des difficultés, que vous connaissez bien, mais il demeure un privilégié par rapport à des pays dont les fédérations ont du mal à payer les billets d’avions de leurs joueurs sélectionnés, qui ne peuvent pas organiser plus deux matchs amicaux par an, et dont certains déplacements s’effectuent en bateau et durent plus de 24 heures ! Quand je veux être président de la FIFA, vous comprendrez que c’est aussi ça qui m’intéresse, plus que les 1% de footballeurs pros qui font la une de tous les médias.

"Le foot amateur français rencontre des difficultés, mais il demeure un privilégié"

Pour conclure, que diriez-vous au footballeur du dimanche pour le convaincre que votre candidature est la meilleure ?
Beaucoup de joueurs, de pratiquants, font des sacrifices pour jouer ou vivre leur passion à travers leurs clubs, pour acheter des maillots, des billets etc. et ont le sentiment que leur fédération est loin de leurs préoccupations. Je veux rétablir le dialogue, renouer le lien. Mais pour ça, il faut du respect. Or, je suis le seul candidat qui se présente à l’élection sans controverse.

Pourtant, vous ne bénéficiez pas de l’appui de Noël Le Graêt, le président de la FFF (qui préfère Gianni Infantino, candidat de l’UEFA depuis le retrait de Michel Platini)…
On m’a refusé l’accès au Comité exécutif de la FFF pour présenter mon projet alors que d’autres fédérations m’ont accueilli. Ma conception du dialogue n’est pas celle là. Je ne ferai aucun autre commentaire. Mon parcours dans le football depuis 1976 parle de lui-même.

Propos recueillis par J.L.B.

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