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L'entretien Footengo - Jérôme ROTHEN (FC Plessis Robinson) : "Comment je me suis mis dans la peau d'un joueur de DH"



N'ayant vécu depuis sa plus tendre enfance qu'à travers le prisme forcément déformant du football professionnel, ses filières de détection, de formation, jusqu'à la signature de son premier contrat et la carrière qu'on lui connaît, Jérôme Rothen découvre à 37 ans la réalité du football amateur. En rejoignant le staff du Plessis Robinson (Hauts-de-Seine) en DH, dans le cadre de sa formation d'entraîneur, il s'est laissé prendre au jeu... pour rechausser les crampons et démarrer une nouvelle carrière. L'ancien international de Monaco et du PSG ne concevait pas une reconversion sans football. Il nous parle de sa passion de toujours, du regard des autres, de ses sensations retrouvées ou disparues, de ses ambitions. Un footeux amateur parmi d'autres. (par F.D.)




Jérôme, qu'est-ce qui vous a poussé à rejoindre Plessis Robinson ?
D'abord la proximité puisque j'habite juste à côté, ensuite mon amitié d'enfance avec le président, Gérald Smith, puis la réelle complicité, que j'ai tout de suite senti avec le coach de l'équipe fanion, Patrick Zanguinian. Comme j'étais en train de passer mes diplômes d'entraîneurs, rejoindre le staff du Plessis pour être en situation m'a vite paru une solution évidente et complémentaire. Au départ, je devais être simple entraîneur adjoint, pour effectuer quelques séances d'entraînements notamment, selon ma disponibilité, mais rapidement je me suis pris au jeu. J'ai aussi pris une licence de joueur.

La tentation était donc si grande de rechausser les crampons ?
A force d'animer des exercices, j'ai eu envie d'y participer. Cela me permet de garder la forme et de me faire plaisir autant que de faire plaisir, j'espère, à mes coéquipiers. J'ai effectué quelques matchs et même marqué un but lors du premier après deux petites minutes de jeu (rires) ! La suite est moins probante car j'ai eu un petit problème musculaire au mollet. Mes muscles vieillissent et ils découvrent les joies du synthétique !

Depuis quand n'aviez-vous pas joué en compétition ?
Depuis plus d'un an et demi, c'était avec Caen en octobre 2013. Même si ce n'est qu'en DH, il faut quand même un minimum de condition physique. Je l'avais perdu même si je n'avais pas pris quinze kilos non plus. Lorsque tu es pro, quand tu arrêtes six à sept semaines, il te faut quasiment repartir de zéro donc après plus d'un an de coupure totale, il m'a fallu du temps pour retrouver un peu de jambes. Heureusement, le coup de patte et l'oeil ne se perdent pas comme ça, qui me permettent de compenser et de me sortir de quelques situations délicates.

"Ne plus être pro dans sa tête sinon tu fais chier tout le monde et tu te fais chié"

Depuis octobre 2013, vous n'aviez rien fait physiquement ?
Non, j'avais besoin de couper, de ne rien faire. Le chantier de la remise en forme était donc important (rires) ! Il a fallu dévérouiller tout ça.

A quelles difficultés technique, physiques ou mentales majeures vous heurtez-vous en DH ?
Je dirais que la problématique vient davantage de l'environnement, de joueurs avec qui et contre lesquels tu joues. Le ballon n'arrive pas de la même manière, pas comme tu le voudrais, les erreurs techniques sont plus nombreuses. Normal. Il faut donc s'adapter. Les transmissions sont plus lentes, le rythme aussi. En même temps, c'est ce qui fait le charme du truc. Si tu veux apprécier le moment et prendre du plaisir, il faut se mettre dans la peau d'un joueur de DH, ne plus être pro dans sa tête sinon tu fais chier tout le monde et tu te fais chier.

Comment réagissent vos adversaires face à l'ancien pro que vous êtes ?
On sent beaucoup de respect lorsqu'on joue des équipes réserves, comme Créteil ou le Red Star, avec des jeunes qui aspirent faire carrière et qui savent toute la difficulté de la tâche. Contre les autres équipes, ça peut être différent. Je tombe parfois sur des mecs qui veulent se payer ma tête, qui passent leur temps à m'insulter. Inutile de vous dire que je ne rentre pas dans leur jeu. Mais le plaisir disparaît. Souvent, je préfère sortir. Heureusement, c'est rare, ça a du m'arriver une ou deux fois depuis le début de la saison. En fait, mon attitude détermine souvent celle des adversaires. Quelque part, je me dois de les rassurer, de ne pas me la raconter. Déjà que certaines équipes font toute une histoire sur ma seule présence si en plus j'en rajoute, on ne s'en sort pas. Généralement, quand ils voient que je me fonds dans le moule, que je ne me la raconte pas, tout se passe bien.

" Je tombe parfois sur des mecs qui veulent se payer ma tête, qui passent leur temps à m'insulter"

Ça y est, vous voilà parti pour une seconde jeunesse, une nouvelle carrière ?
Pour le moment, c'est un bon complément à mes activités de consultant que j'adore vraiment. C'est aussi une façon de souffler, de se dépenser physiquement, de trouver un équilibre entre fatigue nerveuse et fatigue physique. Si je peux continuer, et si mes coéquipiers adhèrent, je le fais, car l'envie est là. Pour le moment, la priorité est quand même de se maintenir en DH pour une première année à ce niveau. On n'est pas encore sorti de l'auberge.

Et si vous descendiez ?
Je pense que je ne continuerai pas, ou alors uniquement pour entraîner, plus pour jouer. Parce qu'elle est quand même le meilleur niveau régional et qu'elle n'engendre pas autant de déplacements que le CFA2, la DH est un bon compromis.

Que vous inspire ce retour dans le football amateur ?
En fait, je le découvre car je ne l'ai jamais vraiment fréquenté, même jeune. A partir du moment où j'ai intégré le pôle espoir de Clairefontaine, à 13 ans, je n'ai plus quitté le milieu pro. Et même à 13 ans, au pôle, tout est fait pour vous faciliter la vie, pour que vous n'ayez que le foot en tête toute la journée. Je découvre un milieu différent, un football différent mais une passion identique. Cette passion qu'il peut parfois être difficile de conserver lorsque vous êtes pro et que vous entrez dans une routine. Chez les amateurs, parce que vous faites ça le soir après vos heures de boulot, ça ne peut être qu'une passion à l'état brut.

"Je ne me vois pas continuer à jouer si on descend en DHR..."

Conseilleriez-vous à un jeune de suivre votre exemple en intégrant aussi tôt une structure de formation professionnelle ?
Ma réponse va être paradoxale car j'ai bénéficié de cette structure, de ce parcours de formation qui m'a fait grandir et m'a permis, au final, de faire une carrière dont je suis fier. Mais quitter sa famille à 13 ans a été très difficile moralement. En même temps, sans ça, je pense que je n'y serais pas parvenu car ces épreuves m'ont renforcé et m'ont permis de franchir toutes les étapes. Certains - j'en suis un bon exemple - en ont besoin. D'autres, non. Si j'avais à conseiller un jeune aujourd'hui je lui dirai de rester dans son club régional jusqu'à 15-16 ans. Aujourd'hui, on peut continuer à progresser même si on n'est pas dans un centre de formation car les meilleurs clubs amateurs vous permettent de vous entraîner plus souvent tout en restant au contact de votre famille et de vos amis. Quitter son environnement plus tôt, pour moi, c'est du quitte ou double. Le risque est trop grand.

Vous dirigez-vous désormais vers une carrière d'entraîneur ?
Pour le moment, je me contente de passer les diplômes. Je prends tellement de plaisir dans cette fonction de consultant sur BeInSports que je ne m'imagine pas faire autre chose. Ma formation d'entraîneur est complémentaire et me permet de m'enrichir, d'étoffer mes connaissances, de suivre l'évolution du football, d'espérer être plus pointu dans mes analyses, mes réflexions. La quête d'adrénaline serait la seule chose qui pourrait me donner envie de me lancer à fond dans la carrière de coach. Mais j'ai tellement été gâté comme joueur à ce niveau que je ne suis pas encore en manque. J'ai eu ma dose. Le rôle de consultant me suffit pour l'instant car il me permet de rester au contact des joueurs, de la pelouse, de vivre encore de ma passion.

Propos recueillis par F.D.

L'entretien Footengo - Jérôme ROTHEN (FC Plessis Robinson) : "Comment je me suis mis dans la peau d'un joueur de DH"
Jérôme Rothen
Né le 31 mars 1978 à Châtenay Malabry
Parcours : INF Clairefontaine (1991-94), Caen (1994-2000), Troyes (2000-2002), Monaco (2002-2004), Paris SG (2004-2010), Glasgow Rangers, Eco. (2009), Angaragucu, Tur. (2010), Bastia (2011-2013), Caen (2013), Plessis Robinson, DH (depuis janvier 2015)
Palmarès : finaliste de la Ligue des Champions 2004, coupe de la Ligue 2003 et 2008, coupe de France 2006 (finaliste 2008), international (13 sélections)
Consultant sur BeInSports depuis 2013

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