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L'entretien Footengo - Jocelyn GOURVENNEC (EA Guingamp) : "Faire des études m'a aidé à être meilleur... sur le terrain"



Tordant le cou à tous ceux qui pensent qu'une carrière de footballeur professionnel n'est pas compatible avec une carrière... universitaire, ou qu'un futur coach de L1 n'a rien à gagner à redescendre chez les amateurs, Jocelyn Gourvennec cueille aujourd'hui - qu'il est devenu un jeune entraîneur très prometteur -, les fruits de ses choix passés. Quand il a imposé au Stade Rennais, qui souhaitait le recruter, de pouvoir continuer ses études, ou quand il est revenu quatre saisons au coeur du foot amateur pour renforcer ses convictions de technicien et de manager, il ne faisait que jeter les bases de ses succès passés, présents et futurs. Loin des a priori. (par F.D.)




Jocelyn, avant de revenir dans le foot pro par la porte guingampaise, vous avez vécu quatre saisons au contact du milieu amateur, à Rezé et à La Roche sur Yon. Etait-ce un choix par défaut ?
Non, absolument pas, c'était un choix assumé de ma part. A la fin de ma carrière pro, je voulais revenir dans le monde amateur. Je l'ai fait d'abord comme joueur à Rezé, en DH, puis comme entraîneur, toujours en DH à La Roche sur Yon. Je considérais qu'il était important pour moi de passer par cette étape là. Je préférais prendre des seniors en DH que des jeunes élite dans un club pro. Je voulais faire mes armes un cran en dessous, pour avoir à gérer plein de choses - comme on le fait toujours dans un club amateur -, pour me former vraiment. Et au final, ce fut un bon moyen de faire la transition entre les deux mondes.

Une sorte de retour aux sources salvateur ?
Oui, quand vous êtes resté aussi longtemps dans le milieu pro, comme ce fut mon cas, ça fait vraiment du bien de retrouver le foot de la base car c'est une réalité que vous avez forcément perdu de vue avec le temps.

N'avez-vous pas eu peur qu'on vous oublie et qu'on considère que vous n'aviez plus d'ambition ?
Non car, en même temps, je passais mes diplômes (DEPF) avec la DTN et je restais connecté au football de haut niveau. C'est la proposition de Guingamp qui m'a fait franchir le pas alors que je souhaitais vraiment continuer à La Roche sur Yon où je me suis vraiment révélé à ce métier.

Abordiez-vous le job de la même manière qu'aujourd'hui ?
Le métier est le même avec une spécificité amateur qui vous oblige à tenir compte de la situation professionnelle de vos joueurs. Sinon, j'ai beaucoup aimé le contact avec les éducateurs du club, avec les bénévoles. Franchement, j'ai trouvé ça très intéressant et, encore une fois, très formateur car j'ai beaucoup appris sur les autres et sur moi même. Ce fut une étape très importante pour moi.

Gourvennec ne pensait pas forcément se retrouver à Guingamp...
Gourvennec ne pensait pas forcément se retrouver à Guingamp...

"Pendant mes quatre saisons à Rezé et à La Roche, j'ai été vraiment dérangé par la manière avec laquelle le foot pro était systématiquement critiqué"

Avez-vous gardé un contact avec ce football amateur là ?
Je suis aujourd'hui en Bretagne mais je continue à suivre les résultats de la DH de la ligue Atlantique. Olivier Allard, qui fut mon dernier entraîneur à Rezé, m'informe encore de ce qui se passe dans le championnat. Et je connais pas mal d'entraîneurs de CFA, CFA2 ou DH de la ligue de Bretagne. On accueille d'ailleurs très souvent des éducateurs pour qu'ils assistent à des séances d'entraînement. Chez nous, à Guingamp, les portes du club sont grandes ouvertes à tous ceux qui veulent venir assister à des entraînements. Qu'ils sachent qu'ils sont les bienvenus.

Dans le foot amateur, l'image du foot pro est mauvaise, pas loin d'être catastrophique, encore accentuée par les dernières affaires Luzenac, Nîmes Olympique ou OM. Le comprenez-vous ?
Pour avoir été des deux côtés, je suis bien placé pour en parler. Pendant mes quatre saisons à Rezé et à La Roche, j'ai été vraiment dérangé par la manière avec laquelle le foot pro était systématiquement critiqué. Or, j'ai pu aussi constater que tout ne tournait pas toujours rond non plus dans le foot amateur. Et souvent, ceux qui se permettent de donner des leçons sont vraiment mal placés pour ça ! Il n'y a pas d'un côté les gentils amateurs et de l'autre les méchants professionnels. Le monde pro est loin d'être parfait, les récentes affaires le démontrent et les comportements déviants sont évidemment à bannir, mais ils existent aussi en bas de l'échelle, sauf qu'on en parle forcément moins. Il faut toujours faire preuve de mesure dans ses jugements.

Avez-vous été témoin de comportements déviants pendant votre passage en DH ?
Oui, bien sûr, ne serait-ce que par rapport à mon statut d'ancien pro qui suscitait pas mal de jalousies, qui en dérangeait certains... Je n'ai pas condamné l'ensemble du foot amateur pour autant. Il faut faire la part des choses car beaucoup de gens participent de manière remarquable à la vie des clubs, de tous les clubs, pros ou amateurs.

...le chemin de l'Europe.
...le chemin de l'Europe.

"Passer par Nantes fut la chance de ma vie"

Trouvez-vous qu'il existe suffisamment de passerelles entre les mondes pros et amateurs ?
Outre les invitations que nous pouvons envoyer, à Guingamp ou ailleurs, vers les éducateurs ou entraîneurs de la région, à venir nous voir fonctionner, je constate aussi que, tous les ans, des joueurs de CFA ou de CFA2 parviennent à intégrer le milieu pro via des centres de formation ou des contrats pros, que des entraîneurs suivent le même chemin. A l'inverse, de nombreux anciens pro redescendent, j'en suis un bon exemple. Les contacts sont aussi fréquents et enrichissants en coupe de France. L'an passé, nous l'avons gagnée en éliminant Bourg Péronnas, Concarneau et Ile Rousse puis Cannes, autant d'équipes amateurs que nous avons pris très au sérieux. On leur a chaque fois témoigné beaucoup de respect et on s'est bien comporté. C'est aussi à travers ce genre d'expérience qu'on peut tous, à notre niveau, améliorer les relations parfois tendues qui existent entre les pros et les amateurs. Pour faire en sorte qu'on arrive tous à s'entendre. Car plus que d'être concurrents, les deux mondes sont complémentaires. Evidemment.

Votre carrière de joueur a été riche d'expériences diverses, au contact d'entraîneurs aussi différents que Suaudeau, Denoueix, Courbis, Gasset, Gili, Le Guen, Gourcuff etc. On vous imagine pourtant plus proche d'un Suaudeau ou d'un Gourcuff que d'un Galtier ou un Courbis. On se trompe ?
Oui, vous vous trompez car tous m'ont beaucoup apporté. Je reste évidemment profondément marqué par mon passage à Nantes mais mon ADN d'entraîneur n'est pas faite que de ça. A Bastia, j'ai beaucoup apprécié le formidable animateur de séances qu'était Christophe Galtier, encore adjoint, ou le Courbis que j'ai connu à Marseille et le Girard qui fut mon formateur pour mon passage du DEPF. Je n'oublie pas Le Milinaire ou Rampillon à Rennes. Il ne faut pas croire, on ne fait pas de copier-coller, c'est plus un mixte de toutes ces influences.

Quand même, votre profil de joueur et la manière avec laquelle vous faites jouer Guingamp est plus proche de ce que vous avez connu à Nantes !
La plus grande chance de ma carrière de joueur fut de passer par Nantes et d'y côtoyer Jean-Claude Suaudeau et Raynald Denoueix. Ce fut la chance de ma vie.

Ce sont eux qui vous ont donné envie de devenir coach ?
J'avais déjà ça en moi avant de jouer à Nantes, à travers mes études notamment (maîtrise d'UFR STAPS : ndlr), ils n'ont fait que renforcer ce sentiment. Ces deux coachs là m'ont convaincu de la nécessité d'avoir de fortes convictions de jeu, et de tout faire pour les mettre en pratique. A travers leur réussite, leurs victoires, leurs palmarès, ils m'ont démontré qu'i était possible d'avoir cette ambition même au plus haut niveau.

Une première coupe à 42 ans !
Une première coupe à 42 ans !

"Ma carrière d'entraîneur n'est que le prolongement naturel de ma carrière de joueur"

C'est la priorité donnée au jeu sur le résultat, au travail à long terme sur le court terme. Fonctionnez-vous comme ça à Guingamp ?
Oui, car les dirigeants nous laissent travailler dans la durée; C'est primordial. Les clubs qui ont davantage de moyens ont aussi davantage de pression car ils investissent beaucoup mais dans le foot il faut accepter d'être patient car les résultats ne peuvent être que la conséquence d'un travail de longue haleine. La réussite ne s'achète pas, elle se construit. On s'aperçoit que lorsqu'on travaille correctement, lorsqu'on fait des choses cohérentes, les résultats suivent.

Guingamp en Europa League, c'est un sacré pied de nez à toutes ces grandes métropoles, Toulouse, Nice, Rennes ou Saint Etienne et Montpellier qui peinent à exister au niveau européen. Est-ce une anomalie, un miracle, une récompense logique etc ?
C'est un exploit, celui d'avoir gagné la coupe de France. Depuis, nous avons réussi à nous mettre au niveau de cette Europa League en la jouant à fond. D'aucuns nous disent que ça nous coûte cher en championnat, je n'en suis pas convaincu. Je pense plutôt que cette expérience nous servira à terme pour revenir au classement petit à petit. J'ai joué la Ligue des Champions avec Nantes, la coupe UEFA avec Marseille, il ne faut pas banaliser ces compétitions. Les joueurs doivent être fiers d'avoir la chance de les jouer.

Quel regard portez-vous aujourd'hui sur votre carrière de joueur ?
En dix-huit ans de carrière, j'ai vécu plein de choses. Suffisamment pour bien comprendre mes joueurs. Notamment parce que j'ai joué à tous les niveaux, au très haut et au très bas, avec des périodes de chômage, de blessures, avec des succès, avec des échecs.... Tout ça me permet aujourd'hui d'avoir un regard plus large sur ma fonction. En fait, ma carrière d'entraîneur n'est que le prolongement naturel de ma carrière de joueur. Il n'y a pas eu de cassure, juste une suite logique de mon cheminement dans le football.

"Lorsque j'ai signé à Rennes, une des conditions de ma venue était que je puisse poursuivre mon cursus universitaire."

Vous avez été un des rares joueurs professionnels de votre génération à continuer vos études jusqu'en maîtrise UFR STAPS (bac +5). Comment avez-vous géré ce double projet au début de votre carrière ?
J'ai continué tant que j'ai pu. J'ai arrêté une fois ma maîtrise acquise alors que j'arrivais à Nantes et que la perspective de jouer la Ligue des Champions m'obligeait à faire un choix. Il a été difficile de concilier les deux mais j'en avais besoin pour mon équilibre. Faire des études et réfléchir sur autre chose que le football m'a aidé à être bien dans mes pompes et donc à être meilleur sur le terrain.

Vous êtes une exception dans le foot pro où on n'a pas l'impression que les clubs encouragent vraiment les candidats aux études, comme s'ils avaient peur que ça les éloigne de l'essentiel, le football ?
Lorsque j'ai signé à Rennes, une des conditions de ma venue était que je puisse poursuivre mon cursus universitaire. Il faut que les jeunes fassent preuve de caractère. S'ils veulent poursuivre leurs études, c'est possible, à eux de faire les efforts nécessaires, de s'organiser en conséquence. Ça doit venir d'eux. Qu'ils se prennent en mains, qu'ils assument, c'est une question de volonté. Je savais en faisant mes études d'UFR STAPS que ça allait me servir après ma carrière. Et ça m'a servi...

propos recueillis par F.D.

L'entretien Footengo - Jocelyn GOURVENNEC (EA Guingamp) : "Faire des études m'a aidé à être meilleur... sur le terrain"
Jocelyn Gourvennec
Né le 22 mars 1972 à Brest
Parcours
Joueur : FC Lorient (1980-1991), Stade Rennais (1991-1995), FC Nantes (1995-1998), O. Marseille (1998-1999), Montpellier (1999-2000), Stade Rennais (2000-2002), SC Bastia (2002-2004), SCO Angers (2004-2005), Clermont (2005-2006), Rezé FC (2006-2008),
Palmarès : demi-finaliste Ligue des Champions 1996, finaliste de la coupe UEFA 1999
Entraîneur : La Roche sur Yon (2008-2010), EA Guingamp (depuis 2010)
Palmarès : coupe de France 2014
Diplôme : maîtrise d'UFR STAPS, DEPF

C'est en DH, à La Roche sur Yon Vendée que Jocelyn a débuté sa carrière de coach. (photo : site officiel du club)
C'est en DH, à La Roche sur Yon Vendée que Jocelyn a débuté sa carrière de coach. (photo : site officiel du club)

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