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L'entretien Footengo - Landry CHAUVIN (Stade Rennais) : "Quand vous n'avez pas été pro, c'est plus difficile..."



Après un parcours d'entraineur à Sedan (L2), Nantes (L2) et Brest (L1), Landry Chauvin est de retour à la formation au Stade Rennais où il est directeur de l'Académie Rouge et Noir depuis février dernier. Un nouveau défi pour ce grand bâtisseur qui nous raconte son parcours et les messages qu'il souhaite faire passer à la nouvelle génération de footballeurs bretons pour renforcer l'identité du club et lui permettre de mieux fonctionner avec son environnement le plus proche. Un exemple à suivre pour les autres clubs pros ? Un exemple à suivre pour tous les coachs qui n'ont jamais été pro ? (par Philippe Salmon)




Landry Chauvin a été joueur à l'AS Vitré notamment (les mains sur le ballon).
Landry Chauvin a été joueur à l'AS Vitré notamment (les mains sur le ballon).
Vous avez débuté à la formation en 1992 au Stade Rennais et vous y revenez après avoir été coach en L1 et L2, est-ce un souhait de votre part ?
J'ai passé 15 ans à la formation ici à Rennes, mais dès que vous prenez l'équipe réserve vous commencez à devenir un entraineur-formateur. Vous gérez à la fois des garçons du groupe pro et des jeunes qu'il faut continuer à faire progresser. L'aspect compétition fait partie intégrante de la formation. Mais j'ai senti à ce moment là que je commençais à basculer. Après huit années de formateur je me suis présenté pour passer mes diplômes d'entraîneur pro. La seconde année de mon DEPF, Pierre Dréossi m'a demandé d'intégrer le staff pro. Je prenais ça encore comme un apprentissage supplémentaire. En décembre 2007, avec les mauvais résultats du club et l'arrivée de Guy Lacombe, j'ai été débarqué, peu avant d'obtenir mon diplôme... et de rejoindre Sedan. S'il n'y avait pas eu Sedan peut-être que je serais retourné chez les jeunes à Rennes. Je n'avais pas de plan de carrière établi. Après Sedan, Nantes et à Brest, j'ai toujours eu dans un coin de ma tête ce retour à la formation. Je pensais que je serais meilleur aujourd'hui que je ne l'étais à l'époque car je connais désormais l'exigence du monde pro.

Concrètement, ça veut dire quoi ?
Par exemple, lorsque j'étais à Rennes, il m'est arrivé souvent de ne pas comprendre pourquoi l'entraîneur pro ne faisait pas jouer tel ou tel jeune. Avec le recul, je comprends.

Combien avez-vous lancé de joueurs en pro ?
J'ai eu la chance d'accompagner, je dis bien accompagner 72 gars vers le professionnalisme, et j'en ai lancé 12 pour la première fois en pro entre Sedan, Nantes et Brest. Je les ai lancés car je pensais qu'ils avaient le niveau pour nous faire gagner, pas par plaisir de faire gonfler les statistiques.

Avec Montanier, sur la même longueur d'onde.
Avec Montanier, sur la même longueur d'onde.

"Guy Hillion, ancien recruteur à Rennes, m'avait contacté avec Stéphane Ziani pour remettre au goût du jour la formation à la Beaujoire. "

Comment avez-vous vécu vos différentes expériences en L2 ou en L1 ?
Quand je suis arrivé à Sedan, qui venait de finir quatrième après une demi-finale de coupe de France, le club changeait tout. J'avais 30 joueurs sous la main et le recrutement était bouclé. Je suis arrivé une semaine avant la reprise. Au bout de cinq journées nous sommes relégables et je suis convoqué dans le bureau du président. Alors que je m'attendais à être viré, il me dit : "On a démarré l'aventure ensemble, on va la finir ensemble !" Finalement, on termine huitième et on atteint les quarts de finale de la coupe de la Ligue. La seconde année, j'ai intégré des jeunes. J'ai passé trois belles années à Sedan avec, la troisième année, un vrai groupe que j'avais bâti et avec lequel on a manqué la montée d'un rien. 

Et à Nantes ?
Guy Hillion, ancien recruteur à Rennes, m'avait contacté avec Stéphane Ziani pour remettre au goût du jour la formation à la Beaujoire. Le poste me correspondait. Mais après un mois, j'ai appris les  départs de Hillion et Ziani. Malgré tout, on a fait une saison honnête et, en fin d'année, 8 000 supporters ont signé une pétition pour que je reste. J'ai vraiment vibré à Nantes avec plus de 30 000 spectateurs contre Lens, contre Monaco... L'expérience à Brest a été différente, avec peu de moyens, un peu dans les mêmes conditions qu'à Sedan avec 30 gars à l'entrainement mais pas d'installations. C'est le drame de Brest aujourd'hui encore. Mais j'ai été très bien bien accueilli. Nous étions 14ème à la trêve quand Ben Bassat, notre buteur, est parti. J'ai appris mon départ dans la presse à huit matchs de la fin. J'ai pris un gros coup sur la gueule. Je m'en voulais et je me suis remis en cause. J'ai mal vécu cette situation mais la rupture s'est bien passée avec le président.

Un mot sur votre expérience à Tunis ?
Un jour, j'ai reçu un coup de fil d'un gars de Tunis. J'ai réfléchi et je me suis dit : "Pourquoi pas, ce n'est pas loin, on va bien voir !" Mais j'ai commis une erreur. En arrivant - je suis reçu dans un bel hôtel à Hammamet - je n'ai pas visité les installations, pas demandé d'avance sur salaire. Une grosse erreur en Afrique ! Au quotidien, tout se passait bien mais je n'ai pas pris de plaisir, il y avait trop de violences autour du terrain. Je ne suis pas un baroudeur, ce poste n'était pas pour moi.

Un passage trop bref à Nantes.
Un passage trop bref à Nantes.

"On est là pour se faire respecter, pas pour être aimé."

Vous n'êtes pas un ancien joueur pro, est-ce ce fut un handicap pour rebondir à ce moment là ?
Oui, car lorsque je faisais partie des trois ou quatre derniers choix d'un club, on m'a souvent dit : "Vous avez plutôt un profil de bâtisseur, votre profil ne nous intéresse pas. En milieu de saison, ce n'est pas le profil que nous recherchons." A force d'entendre ça, je me dis que ça doit être vrai. Aujourd'hui, je retrouve un poste de bâtisseur.
 
Etes-vous choqué que l'on fasse plus confiance à d'anciens internationaux plutôt qu'à des entraineurs avec plus d'expérience ?  
Non, cela ne me choque pas. C'est la loi du milieu. Je ne jalouse personne.
 
Est-ce compliqué de gérer des professionnels au quotidien ?
Je n'ai pas fait de grands clubs mais j'ai vécu des moments compliqués. A Sedan, mon capitaine, David Suarez, un joueur plein de qualités, qui a marqué des buts partout, pas avare d'efforts, un bosseur... m'en a beaucoup voulu ! Ce n'est pas l'homme que je sortais de l'équipe mais le joueur car je pensais qu'un autre pouvait faire mieux. Quand vous sortez ensuite le vice capitaine, Djibril Sidibé, là aussi ce n'est pas facile. Trois ans après il m'a appelé pour me dire qu'il avait compris cette décision. Sur le moment, c'est le clash car vous êtes en désaccord total mais cela fait partie du job. On est là pour se faire respecter, pas pour être aimé. Quand j'arrive à Nantes, je sors Bruno Cheyrou, un joueur que j'ai connu à Rennes. Là aussi, ce n'est pas simple mais il faut trancher.

De nombreux entraineurs sont au chômage, est-ce compliqué de retrouver un club et comment gère-t-on l'attente ?
Il ne faut pas se voiler la face. Quand vous n'avez pas été pro et que vous n'avez pas de réseaux, le téléphone ne sonne plus. Il suffit de prendre l'exemple frappant de Denis Renaud, un super mec, très bon entraineur, qui a fait des choses fantastiques avec Carquefou. Pourtant, aujourd'hui, il n'a rien. Plus le poste est élevé, plus il est éphémère. Il faut toujours garder ça en tête. Après Brest, on m'a proposé un club de National. J'ai peut-être fait un péché d'orgueil car je pensais que je pouvais retrouver un club de L2. Je n'ai pas honte de le dire mais après mon éviction de Brest, j'ai attendu que le téléphone sonne. En vain. Ce n'est toujours pas facile à vivre.

Un profil de bâtisseur... breton !
Un profil de bâtisseur... breton !

"Quand vous n'avez pas été pro et que vous n'avez pas de réseaux, le téléphone ne sonne plus. "

Quel est votre rôle aujourd'hui au Stade Rennais ?
On a créé l'Académie Rouge et Noir du Stade Rennais, des débutants jusqu'à l'équipe réserve. L'idée est d'avoir une unité de lieu - car aujourd'hui les équipes jouent dans différents stades de la ville -, d'avoir une visibilité, que les équipes du Stade Rennais soient fières de jouer à la Piverdière mais aussi que les équipes visiteuses soient heureuses de venir y jouer. C'est l'objectif à court terme mais cela suppose des aménagements au niveau des terrains, des vestiaires etc. Et qui dit unité de lieu dit aussi unité de pensée, de contenu, de A à Z. Je ne veux plus qu'on distingue aujourd'hui section amateur et section professionnelle. On fait partie de l'Académie Rouge et Noir. C'est très important. 
 
Quelle est votre philosophie de formateur ?
Mon rôle est double, celui d'amener chaque joueur qui appartient à l'Académie à son meilleur niveau. Je n'ai pas dit au plus haut niveau mais à son meilleur niveau. Il n'est pas forcément nécessaire d'avoir les meileurs éléments en U9 ou U11 car il faut se montrer intelligent avec les autres clubs rennais ou de la région. Un jeune joueur peut rester jouer dans son club mais venir faire une ou deux séances avec nous par semaine. On a la chance d'avoir une agglomération de 400 000 habitants et un district de 43 000 licenciés, le quatrième français. Or, très peu de pros sortent d'Ille et Vilaine. Cinq actuellement sont nés dans le département sur les 900 répertoriés. C'est insuffisant. Il faut qu'en 4ème et 3ème, sur le section sportive élite du collège de Cleunay, tous les meilleurs Rennais travaillent ensemble. Cela suppose en amont tout un travail d'explications, de présentation de notre projet auprès de tous les clubs en s'appuyant sur des partenaires qui bosseront bien. On doit s'ouvrir beaucoup plus aux autres.

Est-ce difficile pour un jeune joueur de passer pro en 2015 ? 
Pas plus compliqué qu'il y a dix ou quinze ans. L'entourage des jeunes a surtout beaucoup changé.
 
Le centre de formation est-il une étape obligée pour devenir pro ?
Obligée non, mais il est très rare aujourd'hui de passer au travers des mailles du filet. Par contre, je crois beaucoup à la seconde chance. Les exemples sont nombreux car chaque joueur arrive à maturité à un âge différent, évolue à son rythme. L'accompagnement du joueur est capital. Tellement d'éléments parasites tournent autour des jeunes ! L'éducateur aujourd'hui doit autant faire progresser l'athlète sportif que connaitre le jeune adolescent.

A l'époque où il avait des cheveux...
A l'époque où il avait des cheveux...

"Si une réserve pro termine première en CFA on devrait lui permettre de jouer en National."

Pourquoi Rennes sort-il moins de joueurs pros depuis quelques temps ?
Rennes en sort toujours mais ils sont aujourd'hui moins nombreux à jouer en équipe première. Certains, comme Hunou ou Said, sont aussi prêtés. Moussa Sow a été prêté à Sedan, Brahimi à Clermont. Rien ne remplace la  compétition pour un jeune qui est à cheval entre l'équipe pro et la réserve.
 
Est-ce une nécessité aujourd'hui pour le Stade Rennais d'avoir une réserve en CFA ?
Selon moi, plus la réserve est haute, mieux c'est ! Un club qui veut être un gros club formateur doit avoir une réserve en CFA. J'irais même plus loin : si une réserve pro termine première en CFA on devrait lui permettre de jouer en National.
 
En 2003 vous avez gagné la Gambardella avec Faty, Briand, Gourcuff, Bourillon... Avez-vous gardé un contact avec ces joueurs ?
Je ne suis pas du genre à appeler les joueurs, par contre lorsque l'on se croise c'est avec grand plaisir. Certains m'envoient des textos pour la bonne année mais ce n'est pas moi qui les contacte en premier. A Nantes, Wiltord m'a par exemple appelé pour relever un dernier challenge.
 
Quel est votre avis sur les difficultés rencontrées par Yoann Gourcuff à Lyon ?
Yoann est le joueur le plus doué que j'ai accompagné. Il s'est formé tout seul et est passé très vite pro. Il avait un très bon formateur avec son papa. Quand on a ses qualités, à un moment ou à un autre, elles rejaillissent, j'en suis persuadé. Il faut juste qu'il soit au bon endroit au bon moment.
 
L'équipe première du Stade Rennais a recruté de nombeux joueurs étrangers en début de saison. Est-ce un frein pour les jeunes ?
Il y a deux façons de voir les choses. Coté supporters, on  va dire que c'est un frein, mais lorsque vous êtes de l'autre coté de la barrière, chez les coachs, vous voyez que les jeunes ne sont pas prêts. S'ils ne jouent pas, c'est qu'ils ne sont pas suffisamment prêts pour répondre aux exigences d'un club comme Rennes qui aspire à jouer la première partie de L1.
 
Quel message souhaitez-vous faire passer aux jeunes du centre désirant passer pro ?
Les qualités naturelles ne suffisent pas. L'exigence de travail au quotidien est aujourd'hui indispensable. Chacun doit avoir un travail personnalisé dans tous les secteurs.
 
L'argent est-il un frein à l'évolution d'un jeune joueur ?
Cela ne devrait pas l'être. Je me fous de savoir ce que gagne un joueur. Dans ce registre, l'entrourage et l'accompagnement sont primordiaux.
 
Le Stade Rennais peut-il espérer avoir un jour, comme à Lyon, une équipe constituée en grand partie de joueurs issus de la formation ? 
Pour l'instant c'est un rêve. Est-ce qu'il peut devenir réalité ? Je l'espère. Mais Rennes a une agglomération de 400 000 habitants, contre un million pour Lyon. Il faut rester réaliste. Il est utopique de dire qu'il sera possible d'avoir une équipe composée de Bretons. Par contre, avoir un socle de joueurs de la région, c'est très important pour fidéliser les supporters, les partenaires économiques, pour véhiculer des valeurs au sein du club à tous les étages.
 
Propos recueillis par P.S.

Landry Chauvin
Né le 7 décembre 1968 à Château-Gontier (Mayenne)
Parcours
Joueur : AS Chemazé, A. Château Gontier, Stade Lavallois, AS Vitré
Entraîneur : AS Vitré, Stade Rennais, centre de formation (1992-2007), Stade Rennais, adjoint (2007-2008), Sedan Ardennes (2008-2011), FC Nantes (2011-2012), Stade Brestois (2012-2013), Club Africain, Tunisie (2014), SM Caen, centre de formation (2014-2015), Stade Rennais (depuis février 2015)
Palmarès : coupe Gambardella 2003, champion de France des réserves professionnelles 2004 et 2007

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