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L'entretien Footengo - Louis NICOLLIN (Montpellier HSC) : "Quand j'étais amateur, jamais aucun club pro ne m'a aidé"



Un entretien avec lui reste un moment... imprévisible. Celui que nous a accordé l'emblématique président du Montpellier Hérault SC l'a été... dans des proportions tout de même raisonnables. On a connu "Loulou" plus offensif. Il ne nous a pas déçus pour autant par sa franchise et sa générosité. Quarante ans après avoir repris La Paillade en DH, l'avoir propulsé jusqu'en Ligue des Champions, Louis Nicollin est toujours aussi amoureux de son club. Et aujourd'hui, à 71 ans, il ne s'interdit pas de refaire un tour chez les corpos ou de filer un coup de mains à Béziers si le club accède au National ce week-end, "ce que je leur souhaite de tout mon coeur." (par F.D.)




"Loulou" Nicollin, le dernier président "à l'ancienne" du football français.
"Loulou" Nicollin, le dernier président "à l'ancienne" du football français.
M. Nicollin, quels rapports entretenez-vous avec le foot amateur ?
Forcément bon puisque qu'on vient tous de là. Il faudrait être con pour ne pas comprendre que sans foot amateur il n'y aurait pas de foot pro. Je n'ai jamais oublié d'où je venais, dans la vie comme dans le foot.

Et vous venez de La Paillade, un club que vous avez créé de toutes pièces !
On jouait en corpo à l'époque quand la mairie de Montpellier m'a demandé si on ne voulait pas fusionner avec le club de la ville qui évoluait seulement en DH. Il n'y avait pas de foot de haut niveau à Montpellier quand ils sont venus me chercher ! On a accepté, évidemment. Mais il ne faut pas croire, ça n'a pas été simple.

De la DH à la Ligue des Champions, qu'est-ce qui a été le plus dur ?
De monter en D3 (rires) ! Quand on a fusionné, l'équipe était dernière en DH et, la première saison, nous avons failli descendre. Qui sait ce qui se serait passé si on était descendu à ce moment là... Finalement on s'est maintenu à l'arraché et la suite a été comme dans un rêve.

L'entretien Footengo - Louis NICOLLIN (Montpellier HSC) : "Quand j'étais amateur, jamais aucun club pro ne m'a aidé"

"Repartir en corpo... on en reparle entre nous !"

De cette épopée, quel fut le moment le plus fort pour vous ?
Notre montée en D3 lorsque nous avons terminé premier de DH, ce qui n'était pas simple, et qu'il fallait encore passer par un barrage contre le premier de la ligue PACA. On avait joué face à Hyères, deux matchs au couteau qui nous avaient lancés en D3, car à l'époque il n'y avait pas de niveau intermédiaire. Mais la montée en D2 avait aussi été compliquée...

Quelle a été la clé de cette réussite ?
Pendant toutes ces années, on ne s'est pas trompé dans le recrutement, et l'entraîneur était bon ! En amateur comme en pro, il n'y a pas de secret, les clés de la réussite se trouvent aux mêmes endroits de toutes façons : un bon coach, de bons joueurs, des recrues qui assurent...

Pourquoi avez-vous arrêté le foot corpo (depuis 2009), devenu football d'entreprise aujourd'hui ?
Déjà, à la base, on ne se prenait pas la tête. On jouait surtout pour se faire un petit "graillou" après le match. Après, on s'est pris au jeu et, comme je suis un passionné, on a tout fait pour avoir les meilleures équipes. Mais avec le temps, on avait tout gagné, neuf titres de champion de France, quatre ou cinq coupes (voir encadré ci-dessous : ndlr). Comme dit l'autre, à un moment donné... Et puis les gars ont vieilli et les places à pourvoir dans l'entreprise ne sont pas élastiques à souhait surtout que les joueurs étaient à des postes administratifs ou de services, ils ne vidaient pas les poubelles les types. On a donc décidé d'arrêter pendant un ou deux ans en voulant reprendre un jour. On en reparle un peu entre nous... On verra.

En 1974, il a 31 ans quand il prend la présidence de Montpellier La Paillade en DH...
En 1974, il a 31 ans quand il prend la présidence de Montpellier La Paillade en DH...

"Pour Béziers, si on peut leur prendre une pub à 20 ou 30 000 euros, on le fera"

Et aujourd'hui, avez-vous des rapports avec le foot amateur de la région Languedoc Roussillon ?
Oui, bien sûr, nous avons deux partenariats avec l'AS Lattes et Castelnau le Lez et on aide aussi pas mal de petits clubs aux alentours, avec le club ou l'entreprise. On leur paye des équipements, on leur donne un peu d'argent. Et je regarde tous les résultats tous les week-ends, je sais qui est premier en PHA ou PHB, qui va monter ou descendre en DH. Je suis content que Frabrègues soit monté en CFA2. Et je ne souhaite que du bonheur à Béziers, qui va peut-être monter en National. Ce serait super pour la région car derrière nous le niveau n'est pas folichon.

Seriez-vous prêt à les aider s'ils montaient en National ?
Pour des prêts de joueurs, sans problème, et ils le savent. On peut aussi leur prendre une pub pour 20 ou 30 000 euros... Mais ensuite, financièrement, chacun se démerde. Moi, quand j'étais amateur, jamais aucun club pro ne m'a aidé, je ne vois pas pourquoi je devrais le faire.

Parce que vous l'avez fait dans d'autres sports, au hand, au basket au rugby...
Non, si le foot dans la région veut avoir de meilleurs résultats, il faut que les clubs se réveillent, que des gens investissent comme je l'ai fait à l'époque de La Paillade.

...avant de monter en D1 six ans après.
...avant de monter en D1 six ans après.

"On fait un mauvais procès aux joueurs pros"

De manière générale, pensez-vous que les clubs pros aident suffisamment le foot amateur ?
Chez nous en tout cas, on le fait, c'est clair. Tous les mercredis, les joueurs sont à la disposition du club pour intervenir dans les petits clubs du coin. Et je peux vous dire qu'ils le font, j'y fais attention. C'est important qu'ils puissent signer des autographes, faire rêver les gamins comme quand je rêvais, enfant, lorsque j'allais voir jouer le Nîmes Olympique. Ça a bien changé depuis (rires) ! Mais j'ai toujours fait attention à bien rendre tout ce que l'on m'avait donné. Après, ce que font les autres clubs, j'en sais rien. Chacun fait l'amour à sa femme comme il l'entend !

L'image des pros n'est pas excellente dans le milieu amateur. En êtes-vous conscient ?
C'est des conneries tout ça ! Je connais bien les footeux pros, ce ne sont pas des abrutis. En tout cas, ils savent aussi d'où ils viennent. Et quand on leur demande d'aller voir les petits clubs, ils y vont sans problème. Et tous ceux qui sont passés par le club, depuis La Paillade, sont dans cet état d'esprit, Laurent Blanc et les autres qui ont pourtant bien bourlingué depuis. Non, on fait un mauvais procès aux joueurs professionnels qui sont pour la plupart très sérieux et concentrés sur leur carrière. Et eux au moins ne cassent pas tout quand ils passent dans un hôtel comme dans d'autres sports.

Vous parlez des rugbymen ?
Evidemment. On voudrait nous faire croire que les rugbymen sont différents mais c'est des balivernes. Depuis qu'il y a plus d'argent dans le rugby, ils ont les mêmes attitudes avec en plus cette faculté à tout casser parfois... que n'ont pas les footeux !

On n'a encore jamais vu de rugbymen ne pas descendre d'un bus pour faire grève !
Laissez moi vous dire que s'il y avait eu un Martel, un Aulas ou un Nicollin dans ce bus, ils seraient tous descendus un par un ! Sauf qu'ils étaient managés par des poules mouillées, et je ne parle pas de l'entraîneur, Domenech, quand je dis ça. Que ce soit en Coupe du monde, avec des pros ou avec des amateurs, le problème est le même : il faut des meneurs d'hommes, des décideurs qui savent taper sur la table quand ça va pas. Pour le reste, des gamins de 19 ou 20 ans peuvent toujours faire des conneries. Qu'ils soient à Montpellier ou à Fabrègues, ils auront tous envie d'aller en boite... Il faut juste un encadrement pour les rappeler à l'ordre. Et ce jour là à Knysna, il n'y avait personne aux commandes de ce bus !

Avec Bails, Rust et Blanc...
Avec Bails, Rust et Blanc...

"L'identité du club, on s'en fout. Qu'un gamin vienne de Fabrègues, de Marseille ou de Toulouse, s'il est bon..."

Le Montpellier Hérault SC est un club formateur, êtes-vous sensible à son identité, au discours des éducateurs du centre de formation, au recrutement des jeunes etc. ?
Nous avons de bons éducateurs et pour le moment nous recrutons uniquement dans le sud, rares sont les jeunes qui signent chez nous en venant du Nord. On va jusqu'à Lyon, en essayant de ne pas les emmerder, mais pas plus haut. Mais comme Marseille semble se réveiller et veut faire de la formation aussi, peut-être qu'on va être obligé de changer de politique. Nous ne sommes pas présents en Bretagne, sur Paris, dans le Nord... Grâce à notre qualification en Ligue des Champions, qui nous a permis de revenir à l'équilibre financier et de nous offrir un beau centre de formation, on réfléchit pour se donner la possibilité de recruter partout en France. Pour avoir plus le choix.

Au risque de dénaturer cette identité sudiste ?
Il y a de bons joueurs partout et on fait avec ce qu'on a et avec ce qu'on peut. Franchement, l'identité du club, on s'en fout. Qu'un gamin vienne de Fabrègues, de Marseille ou de Toulouse, s'il est bon, ça suffit.

La semaine passée, l'entretien Footengo concernait un ancien joueur de Montpellier, Grégory Vignal, devenu président de Palavas. Que vous inspire ce parcours ?
Il fait ce qu'il veut ! Tant mieux pour Palavas. Mais je sais qu'il préférerait venir dans le staff du MHSC ! On ne prend que des gars qui ont des diplômes. Faut pas croire...

Vous avez 71 ans, vous êtes président du club depuis 1974, avez-vous toujours le même enthousiasme ?
Avec Bernard Gasset, nous avons créé le club de La Paillade. Il a toujours été notre bébé. On l'aime donc comme des pères qui aiment leur fille. Ce n'est pas donc une question de temps. J'aimerai ce club jusqu'à la fin de mes jours. Jusqu'au bout.

Propos recueillis par F.D.

L'entretien Footengo - Louis NICOLLIN (Montpellier HSC) : "Quand j'étais amateur, jamais aucun club pro ne m'a aidé"
Louis Nicollin
Né le 29 juin 1943 à Valence
Président du Montpellier HSC, ex-Montpellier La Paillade (depuis 1974)
Entrepreneur et PDG du groupe Nicollin, entreprise de nettoyage urbain, de ramassage et de traitement des déchets ménagers.
Palmarès
Groupe Sportif Marcel Nicollin Montpellier : champion de France (1997, 1999, 2000, 2001, 2002, 2004, 2005, 2006, 2008 et 2009), coupe de France (1999, 2000, 2001, 2004, 2007, 2008 et 2009)
Montpellier Hérault SC : champion de France (2012), coupe de France (1929 et 1990)

En 1974-1975, première année de la fusion, Montpellier La Paillade se maintient difficilement en DH.
En 1974-1975, première année de la fusion, Montpellier La Paillade se maintient difficilement en DH.

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