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L'entretien Footengo - Ludovic GIULY (MDA Chasselay) : "J'avais donné ma parole..."



C'était une promesse faite à l'ancien président de son club de cœur, là où il a débuté le football, là où son père tient encore un rôle actif, Chasselay Monts d'Or Azergues (Rhône). Il l'a tenue. Ludovic Giuly fait partie des ces trop rares anciens pros à se souvenir d'où ils viennent. Depuis deux ans, l'ancien international passé par Lyon, Monaco, Paris, Rome ou Barcelone mouille le maillot en CFA. Depuis dix ans, il aide financièrement le club du président Fontanel. Depuis toujours, il sait que c'est là où tout a commencé... qu'il finira sa carrière. (par J.L.B.)




A l'instar de Jean-Pierre Papin qui, en son temps, avait aussi terminé sa carrière au niveau amateur, vous êtes un des rares anciens pros à suivre ce chemin. Pour quelles raisons ?
D'abord parce que je suis un homme de parole. J'avais promis au président Leroy (qui est décédé en 2012 : ndlr) que je reviendrais au club avant de raccrocher définitivement les crampons. C'était prévu depuis des années, j'ai tenu parole. Ensuite, parce que j'ai toujours envie de jouer, j'ai toujours la foi et, tant que le physique me le permet j'en profite. Je suis heureux de pouvoir jouer à un niveau très correct, avec pas mal de réserves professionnelles, je me régale. C'est aussi un choix de vie, la volonté de retourner dans ma ville.

Tout ceci était donc programmé ?
Il y avait longtemps que j'avais anticipé la reconversion et que je savais qu'en parallèle à mes activités, je voulais continuer à jouer à un bon niveau amateur avec mon premier club. Je parviens à gérer mes efforts pour préserver mon physique, à organiser mon emploi du temps pour pouvoir participer aux quatre entraînements hebdomadaires.

Que trouvez-vous le plus difficile ?
Il faut sans cesse répéter les mêmes choses à de jeunes joueurs qui sont là pour apprendre et qui n'ont évidemment pas de notions du professionnalisme, moins de rigueur et de discipline. Mais, avec le coach (Stéphane Santini, le père de Jacques : ndlr), on ne baisse pas les bras car on veut faire progresser les jeunes et l'équipe. Et on va y arriver. Je me positionne comme un ancien pro qui donne des conseils à des novices qui ont du potentiel.

"J'ai envie d'apprendre un nouveau métier"

L'an passé, vous aviez atteint les seizièmes de finale de la coupe de France, face à Monaco à Gerland (0-3), après avoir battu Istres. Comment aviez-vous vécu ce clin d'oeil du destin ?
Comme une belle aventure vécue au sein d'un club amateur qui sait qu'il n'a pas beaucoup d'autres possibilités que cette coupe de France pour vivre des moments aussi forts. C'est aussi pour ça que cette compétition reste aussi attractive et qu'elle est encore une priorité pour nous cette année. Même pour moi qui aie vécu pas mal de finales, ce parcours restera un beau souvenir.

Vous allez sur vos quarante ans, jusqu'à quand allez-vous jouer ?
Ce n'est pas moi qui décide, c'est mon corps (rires) ! Une chose est certaine, je m'inscris dans la durée avec Chasselay, je passe mes diplômes d'entraîneur et on verra bien où tout cela peut me mener. Il est évident que je me prépare à laisser la place aux jeunes pour me donner les moyens d'apprendre un nouveau métier.

Dans votre tête, c'est certain, vous voulez devenir entraîneur ?
J'ai envie d'apprendre un nouveau métier. Pour ça, il me faut passer des diplômes, et c'est en fonction de ce que j'apprendrais et de mon ressenti que je déciderai si, oui ou non, j'ai envie de continuer. Pour le moment, je suis sur la préparation du DEF, avec cinq semaines de stages que je vais débuter en novembre. Je pars sans a priori, on verra bien...

Face aux jeunes Gones...
Face aux jeunes Gones...

"En anticipant, en se fixant des objectifs, j'ai pu mettre en place des activités qui me correspondent et qui me permettent de découvrir de nouveaux univers."

Et revenir dans le milieu pro, est-ce une possibilité que vous vous réservez ?
Je ne fais aucun plan sur la comète. Je sais trop comment ça se passe. J'ai toujours géré ma carrière de joueur en prenant les choses au fur et à mesure, sans trop voir à long terme. Et ça m'a plutôt bien réussi. Pour le moment, je suis encore joueur et je veux m'y consacrer à fond pour préparer le passage de témoin avec les plus jeunes. Le club doit penser à préparer son avenir, je dois aussi penser à mes autres activités. J'interviens comme consultant sur BeinSport, je gère aussi une conciergerie de luxe et un centre de rééducation (à Saint Raphaël, le Camp 8 : ndlr). Je me diversifie. Ça me plaît beaucoup mais ça demande effectivement beaucoup d'organisation.

Tout ça est-il compatible avec le football ?
Mes semaines sont chargées mais une fois que tout est dans les cases, on arrive à bien gérer. J'avais aussi préparé mon après football bien avant donc je n'ai pas été surpris par le changement de rythme. En anticipant, en se fixant des objectifs, j'ai pu mettre en place des activités qui me correspondent et qui me permettent de découvrir de nouveaux univers. J'adore. Anticiper sa reconversion lorsqu'on est joueur pro c'est aussi un moyen de ne pas toujours être en train de courir après quelque chose une fois que la compétition s'arrête.

Une fois qu'on a passé la barrière, qu'on a trouvé un ou plusieurs nouveaux challenges, c'est quoi le risque ?
Parfois c'est de trop déléguer donc de ne pas avoir un oeil sur vos activités. Je fais en sorte d'être présent au quotidien sur mes sociétés et cela me pose d'autant moins de problèmes que j'aime ça, que ça m'intéresse beaucoup.

...ou dans la peau du capitaine sur le stade qui porte son nom.
...ou dans la peau du capitaine sur le stade qui porte son nom.

"On tend la main à tous les clubs pros, mais si personne ne nous la prend..."

Quelles ambitions avez-vous pour Chasselay Mont d'Or Azergues ?
Nous sommes loin du niveau professionnel et nous devons savoir rester à notre place pour grandir sereinement. Nous avons un bon président, de bonnes structures, des jeunes avec du potentiel, il faut absolument tout faire pour offrir le cadre le plus accueillant possible à tous les enfants qui nous rejoignent et qui vont grandir avec le club.

A titre personnel, on sait que vous avez personnellement investi de l'argent dans le club,n que vous mouillez le maillot tous les week-ends, que faites-vous encore ?
Je participe à la vie du club dans son ensemble, comme tous les licenciés, je fais aussi jouer mon relationnel pour partir en quête de nouveaux partenaires, de sponsors. Ça fait partie des choses normales d'un club amateur et je le fais le plus naturellement du monde.

Quels rapports avez-vous, quels rapports a votre club avec l'OL ou les clubs professionnels dans leur globalité ?
On fait notre vie sans se soucier des autres. J'ai été de l'autre côté de la barrière et je sais comment ça marche, chacun pense avant tout à lui. Je ne faisais pas exception à la règle même si j'avais un pied dans la réalité du monde amateur en tant que président d'honneur du club. Je savais donc comment ça fonctionnait. Aujourd'hui, on tend la main à tous les clubs pros qui veulent bien nous aider à grandir. Mais si personne ne nous la prend, que voulez-vous qu'on fasse ? On bosse dans notre coin...

Propos recueillis par J.L.B.

Ludovic Giuly
Né le 10 juillet 1976 à Vénissieux
Parcours : Mont d'Or Azergues, O. Lyonnais (1990-1998), Monaco (1998-2004), Barcelone (2004-2007), AS Roma (2007-2008), Paris SG (2008-2011), Monaco (2011-2012), FC Lorient (2012-2013), Mont d'Or Azergues (depuis 2013)
International (17 sélections, 3 buts)
Palmarès : champion de France 2000, coupe de la Ligue 2003, champion d'Espagne 2005 et 2006, coupe d'Italie 2008, coupe de France 2010, Ligue des Champions 2006
Consulter la page Facebook de Ludovic Giuly

Monts d'Or Azergues Chasselay 2013-2014.
Monts d'Or Azergues Chasselay 2013-2014.

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