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L'entretien Footengo - Mickaël LANDREAU : "Il est trop facile de toujours taper sur les joueurs..."



On ne détient pas le record de matchs disputés en Ligue 1 (618 entre 1996 et 2014) par hasard. La longue et riche carrière de Mickaël Landreau ne doit donc rien au hasard, tout au talent et au professionnalisme hors norme d'un jeune retraité qui a abordé sa reconversion avec le même souci du détail et de la précision. A 35 ans, l'ancien canari n'a pas tardé à se faire une place de choix dans l'équipe de consultants de Canal Plus. Une façon d'étoffer des bagages déjà remplis de diplômes de toutes sortes. Une manière de perpétuer à la ville vingt ans de haut niveau... et de défendre certaines valeurs. Landreau, c'est du sérieux ! (par F.D.)




Landreau, aussi à l'aise sur un plateau télé que dans sa surface de réparation.
Landreau, aussi à l'aise sur un plateau télé que dans sa surface de réparation.
Mickaël, aviez-vous préparé votre reconversion ?
Oui, depuis le centre de formation en fait ! J'ai toujours eu conscience qu'il y avait une vie après une carrière et qu'il fallait s'y préparer. Si je n'ai pas pu passer mon bac, car tout est allé très vite au début - et je n'ai pas eu les moyens matériels de suivre normalement mes cours de terminale S -, j'ai passé ensuite tous les diplômes que j'ai pu, ceux qui m'étaient accessibles. A trente ans, j'avais le DEF complet, j'ai ensuite passé le DUGOS à Lyon (Diplôme Universitaire de Gestion des Organisations Sportives), puis un Master EOPS (Entraînement et Optimisation Physique et Sportive) et, sur la fin, je me suis inscrit à l'ESCP (Ecole Supérieure de Commerce de Paris) pour suivre la première partie de la formation de manager et de dirigeant.

Et la suite, c'est quoi ?
Normalement, je devrais me présenter au DEPF et au Centre de Droit et d'Economie du Sport (CDES) de Limoges la saison prochaine.

Rares sont les footeux à préparer avec autant de précocité et de sérieux leur reconversion...
Peut-être mais pour moi il était important de prendre conscience qu'il y avait autre chose dans la vie que le football. Et cette approche m'a aidé à gérer ma carrière, à en comprendre les enjeux, à analyser toutes les composantes. J'ai toujours eu en moi cette volonté de m'enrichir en permanence.

Cette ouverture d'esprit, cette curiosité ne sont malheureusement pas forcément des valeurs qui sont, ou qui ont été, développées dans la formation des jeunes footeux français de votre génération. Où les avez-vous puisées ?
J'ai eu la chance de fréquenter un centre de formation, à Nantes, où les éducateurs s'occupaient autant des sportifs que nous étions que des hommes que nous aspirions à devenir. Chaque personne qui intervenait dans notre formation avait cette volonté de nous permettre de grandir dans tous les domaines, pas seulement le football. Le suivi scolaire était par exemple très important.

L'entretien Footengo - Mickaël LANDREAU : "Il est trop facile de toujours taper sur les joueurs..."

"J'ai eu la chance de choisir ma sortie. Ou plutôt, j'ai fait en sorte de la choisir"

Maintenant que vous êtes un jeune retraité du foot, quel cheminement souhaitez-vous suivre ?
Je ne détermine aucun cadre à mon parcours, j'ai juste en envie d'aller au bout de mes idées et on verra bien où ça m'amènera. Je vis beaucoup en fonction des projets à construire et des buts à atteindre. Pour le moment, je suis encore dans le football mais je ne sais pas ce que la vie me réservera.

Comment vivez-vous cette relative incertitude ? Pas trop frustré de ne plus vivre au rythme des matchs et des compétitions ?
Non, car j'ai eu la chance de choisir ma sortie. Ou plutôt, j'ai fait en sorte de la choisir car je suis quelqu'un qui aime bien se donner les moyens de faire les choses, tout mettre en place pour atteindre ses objectifs.

Vous semblez être fait pour ce rôle de consultant comme on vous imagine aussi facilement un jour sur un banc de touche avec la casquette de coach. Est-ce aussi évident pour vous ?
(rires) J'ai choisi Canal Plus, alors que j'aurais pu aller ailleurs, parce que dans mon esprit il s'agit de la référence en la matière, l'occasion d'avoir là encore la meilleure formation possible. C'est aussi le moyen de rester au contact du haut niveau, donc d'être obligé de se remettre en cause en permanence, de travailler sa capacité d'analyse, très importante dans notre fonction, tout en ayant du temps disponible pour faire autre chose.

Vous aviez cinq ans lorsque les caméras de Canal Plus ont filmé pour la première fois, en 1984, un match de D1, entre Nantes et Monaco à La Beaujoire. Peut-on dire que vous avez grandi avec la chaîne cryptée, que vous êtes en quelque sorte de la génération Canal ?
Oui, quelque part. C'est aussi parce que la chaîne a toujours eu les droits, a toujours été présente dans notre quotidien. Sur les trente dernières années, son image est importante dans le football français. Des hommes comme Charles Biétry ont beaucoup compté. Me retrouver aujourd'hui sur cette chaîne est une sorte de continuité. Oui, peut-être...

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"Je ne suis pas un homme de réseau"

Depuis votre poste de consultant, voyez-vous le milieu du football différemment ?
On l'appréhende forcément avec plus de recul et de lucidité... même si je pense en avoir toujours eue lorsque j'étais dans l'action. Il est quand même plus facile d'être dans les médias que dans un club de foot où, tous les week-ends, soit tu perds, soit tu gagnes, avec tout ce que cela implique. On a moins de pression.

Comment appréhendez-vous votre rôle de consultant ?
En essayant tout simplement de faire partager ma passion et de juger en fonction des éléments qu'on a, et qui ne sont jamais vraiment complets. Il faut en être conscient donc relativiser pas mal nos prises de position aussi. Dans ce contexte qui peut parfois être politique, j'essaie d'être le plus objectif possible tout en sachant que je ne suis pas un homme de réseau, que je n'aime pas la critique pour la critique. C'est aussi une vision de la vie qui ne me pousse pas à être tout le temps négatif.

Comment trouvez-vous cette saison 2014-2015 en Ligue 1 ?
Je la trouve vraiment très plaisante, avec beaucoup de variété et de diversité dans les styles de jeu, de sang neuf aussi. On a la chance d'avoir un technicien comme Marcelo Bielsa qui a apporté une touche différente, de la création, quelque chose d'autre. J'aime aussi le modèle lyonnais, très intéressant.

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"Dans le débat sur Bielsa, on a la mémoire courte..."

Bielsa fait débat et on vous voit le défendre souvent sur le plateau du Canal Football Club quand d'autres le critiquent. Que faut-il en penser ?
Qu'il fasse débat, c'est normal, c'est le jeu des médias. Par contre, je trouve qu'on a la mémoire courte. On regrette souvent la frilosité des entraîneurs de notre championnat et dès que nous avons la chance d'en avoir un qui fait preuve de plus de créativité, on lui tombe dessus. C'est significatif d'un état d'esprit. J'ai aussi en tête l'exemple d'un joueur comme Lucas Digne dont on a pu se moquer dernièrement parce qu'il s'entraînait et travaillait après les matchs. Alors qu'on a affaire à un jeune joueur français qui respecte son métier et qui bosse. Je ne comprends pas qu'on ne retienne toujours que le côté négatif des choses, qu'on ne véhicule que l'image négative. De manière générale, il est très facile de taper sur les joueurs. Mais qui les a formés ? Qui leur donne autant de pouvoir ? Il ne faut pas se tromper de cibles et pousser les gens à assumer leurs vraies responsabilités.

Lorsque vous vous retournez sur votre carrière, quel regard jetez-vous dessus ? Avez-vous des regrets ? Si c'était à refaire...
Je n'aborde pas les choses de cette façon car je vis pleinement ce que j'ai à vivre, au moment présent, sans me retourner sans cesse sur ce que j'ai fait ou pas fait. Ce que je vis aujourd'hui n'est rien d'autre, dans mon esprit, qu'une continuité. Et lorsque je reviens sur mon passé de joueur, ce n'est que pour faire partager mon expérience pas pour regretter tel ou tel choix. A la limite, je me demande comment j'ai fait pour durer autant au plus haut niveau, trouver sans cesse les bons ingrédients pour avancer. Et ça me parait déjà très loin...

Lorsqu'on vous parle de regrets éventuels, on pense évidemment à cette Panenka que vous avez tentée, et manquée, en finale de la coupe de la Ligue avec Nantes contre Sochaux...
Evidemment, si c'était à refaire, je tirerais à droite ou à gauche aujourd'hui ! Mais sur le moment, si j'ai voulu tirer au centre c'est parce que je pensais que c'était le meilleur moyen de marquer ce penalty. J'ai abordé ce moment comme les autres, avec la volonté de mettre tous les atouts de mon côté pour le réussir. En demi-finale de la coupe d'Allemagne, Neuer a aussi manqué le sien dernièrement. Après, vous faites l'analyse que vous voulez mais, dans ma tête, tirer dans l'axe était la meilleure solution.

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"Auhourd'hui, on fait trop de choses à la petite semaine"

De vos vingt années de professionnalisme, est-ce Nantes qui aura été l'étape la plus marquante ?
C'est à Nantes que je suis resté le plus longtemps mais j'ai aussi vécu des trucs importants ailleurs, dans des endroits très différents qui m'ont permis de m'enrichir. Le PSG, Lille, Bastia... m'ont apporté beaucoup de choses dans la perception que je peux avoir, aujourd'hui, depuis mon poste de consultant, de la réalité du football français. Avoir vécu l'envers du décors à Bastia me permet par exemple d'avoir un jugement qui sorte de l'image traditionnelle qu'ont les gens de ce club, de l'analyser avec davantage d'éléments en ma possession. Pour aller vers plus de justesse possible.

Quel fut votre plus beau moment de footeux ?
Je ne veux pas vous faire de réponse bateau en parlant de la première coupe, du premier titre gagné avec mon club formateur etc. Gagner la coupe de la Ligue dans le contexte du PSG de l'époque a été aussi un moment très fort, tout comme le doublé avec Lille ou avoir réussi à se sauver avec Bastia. Finalement, c'est ça le haut niveau : parvenir à atteindre chaque fois les objectifs qu'on se fixe, peu importe où, peu importe les moyens. C'est se remettre en cause en permanence et aller au bout de ses limites.

Avez-vous la sensation d'être allé au bout de vos possibilités de joueur ?
J'ai en tout cas la sensation d'avoir toujours fait le maximum. On peut tous, toujours, repousser ses limites mais on a tous des problématiques familiales ou autres à gérer qui nous poussent à faire des choix, et à les assumer.

On vous sent très attaché à utiliser le mot juste, à être précis dans vos analyses. Est-ce un trait de caractère ?
Je ne suis pas intéressé par le court terme, par la phrase choc, celle qui fera le buzz pendant une semaine. J'ai toujours eu cette volonté de construire quelque chose dans la durée. Aujourd'hui, je trouve qu'on manque de ça, qu'on fait trop de choses à la petite semaine...

propos recueillis par F.D.

L'entretien Footengo - Mickaël LANDREAU : "Il est trop facile de toujours taper sur les joueurs..."
Mickaël Landreau
Né le 14 mai 1979 à Machecoul
Parcours : Etoile Arthonnaise (1985-1992), GS Saint Sébastien sur Loire (1992-1993), FC Nantes (1993-2006), Paris SG (2006-2009), Lille (2009-2012), Bastia (2012-2014)
Palmarès : champion de France 2001 et 2011, coupe de France 1999, 2000 et 2011, coupe de la Ligue 2008 (finaliste 2004). International (11 sélections)
Consultant : BeInSports (2012-2013), Canal Plus (depuis 2013)
Diplômes : DEF

Landreau, ambassadeur de la marque Kipsta, partenaire des sites Footengo. (Photo : A.P)
Landreau, ambassadeur de la marque Kipsta, partenaire des sites Footengo. (Photo : A.P)

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