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L'entretien Footengo - Omar DA FONSECA (BeInSports) : "Je suis un grand romantique, un grand sentimental !"



Dans le petit monde des consultants télé, Omar Da Fonseca a une place à part. L'ancien attaquant du PSG, Monaco, Tours ou Toulouse, a depuis longtemps imprimé sa marque au commentaire sportif. Avec son accent sud-américain, son enthousiasme contagieux, et sa manière, imagée, de nous parler foot en nous prenant par les sentiments, il est le seul qui pourrait nous aider à aller, éventuellement, au bout d'un glacial Evian Thonon - Metz. La chaleur de son style, la pertinence de ses remarques footballistiques, la virulence de ses saillies grammaticales en font un commentateur atypique et très attachant. A 60 ans, l'Argentin a une belle vision du football. Tout simplement. La plus belle prise de BeInSports. Assurément. (par F.D.)




Avant d'être un consultant entraînant, Omar était un joueur entraîné ! (photo : oldschoolpanini.com)
Avant d'être un consultant entraînant, Omar était un joueur entraîné ! (photo : oldschoolpanini.com)
Omar, qu'évoque pour vous le foot amateur ?
Lorsque mon fils était encore gamin, je me suis occupé des équipes de jeunes de Vincennes et du Perreux en banlieue parisienne. J'ai même passé le BE1... mais je n'ai pas accroché avec la formation qu'on nous donnait, avec la méthode, la philosophie, la défense qui coulisse, le repositionnement, la rigueur, la discipline etc. Parce que pour moi, le foot, c'est tout l'inverse, c'est le déséquilibre permanent qu'il faut savoir maîtriser.

Il faut bien défendre de temps en temps quand même !
Oui, bien sûr, mais sans que cela soit une fin en soi. J'ai connu des entraîneurs qui considéraient que défendre était un échec parce que ça signifiait qu'on n'avait pas été capable de garder le ballon. Je suis fou quand j'entends Eric Di Méco parler d'art de défendre. Pour moi, mettre ces deux mots ensemble est un non sens. L'art, c'est créer, c'est le génie, le coup de pinceau, le non contrôlé. Défendre, c'est réduire, détruire. J'adore un mec comme José Mourinho mais pour sa personnalité pas pour le jeu qu'il propose. Je ne pense pas qu'il restera dans l'histoire.

On s'éloigne du foot amateur et de la formation, qui est le credo des sites Footengo. Qu'avez-vous retenu de votre petite expérience d'éducateur sur Paris ?
J'avais constaté qu'en France on avait du mal à trancher le débat entre la formation et la compétition. A quel âge doit-on intégrer la vraie compétition, à 10, 11, 12, 15 ans, plus tard ? En Espagne et aux Pays Bas, leur système protège davantage les enfants des dérives de la "championnite", leur vision est différente et me parait plus cohérente si on ne veut pas prendre le risque que le résultat dénature le jeu, que les objectifs ne soient qu'à court terme. Je pense d'ailleurs que le foot amateur et ses valeurs n'ont pas assez d'influence sur les centres de formation où on a trop longtemps considéré qu'il fallait courir vite et sauter haut pour devenir un bon footballeur. Je viens d'un pays où le foot s'apprend dans la rue ou dans les terrains vagues et où on valorise toujours autant ceux qui tripotent bien le ballon, ceux qui sont capables de faire des petits ponts, des dribbles. En France, j'ai l'impression qu'on est encore sous le charme de ceux qui explosent tout physiquement, qui percutent grâce à leur force et pas grâce à leur technique ou leur sens du jeu. Mon approche du football est restée très romantique, sentimentale (rires) !

Omar Da Fonseca... avec le sourire la plupart du temps (photo : Panoramic)
Omar Da Fonseca... avec le sourire la plupart du temps (photo : Panoramic)

"Ceux qui gagnent n'ont pas toujours raison. Celui qui gagne la coupe ne gagne pas tout le temps les coeurs."

Vous devez alors être nostalgique du football français des années 80...
Exactement. Une étude a été réalisée dernièrement au Mexique qui questionnait les gens sur les footballeurs, par pays et par époque, qu'ils connaissaient. Pour la France championne du monde 1998, Zidane écrasait tout, les autres, rares, arrivaient loin derrière. Pour la France de 1982 et 1986, les gens se souvenaient de Platini bien sûr mais aussi de Giresse, de Tigana, de Rocheteau, d'Amoros, de Fernandez, de Bossis, de Bats. Ils étaient vraiment les Brésiliens de l'Europe et c'est avec cette image en tête que je suis arrivé en France. A ce moment là, toutes les équipes françaises jouaient avec un meneur de jeu, Platini, Giresse, Genghini, Zénier, Vercruysse, Ferreri et l'importance des latéraux comme Battiston, Amoros, Bossis, Ayache, Thouvenel est également venu de France et a fait école. Les champions du monde 98 ont moins marqué l'histoire du jeu.

Vous préférez les beaux perdants au vilains gagnants ?
Gagner, c'est important, ça fait partie de ma culture, mais pas n'importe comment. En Argentine aussi nous avons eu de fortes oppositions de styles entre Bilardo, qui prônait un jeu violent et défensif, et Menotti qui avait une vision romantique, d'aucuns diraient utopique, où seul le ballon devait courir, pas le joueur. Il a été champion du monde aussi, a entraîné le Barça, et les Guardiola, Bielsa sont dans son registre, privilégient le talent, l'intelligence, le sens collectif pour élaborer un beau jeu et se donner les moyens de gagner. Mais pour conclure ce chapitre, je ne pense pas que ceux qui gagnent ont toujours raison. Celui qui gagne la coupe ne gagne pas tout le temps les coeurs. Et comme je suis un grand sentimental (rires) !

Dans un football de plus en plus formaté, parvenez-vous à prendre encore du plaisir en tant que spectateur ou commentateur ?
Lorsque je regarde un Juventus - Roma, je me fais chier. J'ai 60 ans, mon regard sur le foot a évolué, il est différent qu'à mes débuts. Aujourd'hui, je veux vibrer, avoir des émotions, je veux voir des dribbles, des combinaisons, des occasions, des buts...

Avec Benjamin Da Silva, son acolyte de BeInSport, sur la Liga. (photo : compte twitter B. Da Silva)
Avec Benjamin Da Silva, son acolyte de BeInSport, sur la Liga. (photo : compte twitter B. Da Silva)

"Bientôt, je vais couvrir le Clasico, je vais partir la veille, aller dans les bars, voir des amis, sentir l'atmosphère, vivre le truc quoi !"

Que représente le commentaire dans le plaisir que vous pouvez prendre en regardant un match ?
C'est comme une musique d'accompagnement, la musique de l'effort. Comme au cinéma, parfois, la musique peut relever le film mais jamais le rendre meilleur. Si le film n'est pas bon, tu ne fais même pas attention à sa musique. Le commentaire, c'est un surplus d'adrénaline qu'on te propose. Je viens d'une culture où la radio était l'élément central de la vie de ma famille. Quand j'entendais le mec commenter les matchs le dimanche, alors qu'on était tous autour de la radio avec mon grand-père, j'avais des frissons. On n'écoutait pas la radio, on la regardait !

Vous reproduisez ce style de commentaire dans votre rôle de consultant, quelle est la part de travail et d'instinct là-dedans ?
Mon vécu façonne forcément mon style. J'essaie de ne pas être trop répétitif, d'utiliser des expressions qui sortent de l'ordinaire, et surtout qui me ressemblent. Je prépare les matchs en m'informant sur les équipes, les joueurs etc. mais comme je les connais tous pour la plupart, cette préparation représente 40% contre 60% d'instinctif. Je tiens à garder un maximum de fraîcheur, de naturel pour ne pas lasser les gens. Parfois, des choses m'échappent... mais j'ai la chance de faire ce métier dans des conditions extraordinaires, en Liga ou en Ligue des Champions. Tous les week-ends, je fais le Barça ou le Real et je m'ennuie rarement. Dans le foot espagnol, ça vibre. Un râteau, une transversale de 40 mètres, une pirouette, un sombrero... et je m'enflamme vite ! Je suis là pour accompagner le spectacle. Comme je suis toujours dans des endroits magnifiques, je n'ai pas besoin de beaucoup travailler la méthode, je vis le truc.

Votre style serait-il le même pour un Evian Thonon Gaillard - Metz du mois de janvier ?
(rires) Pourquoi pas si le jeu en vaut la peine. Je l'ai déjà fait... je le fais de moins en moins. Je me sentirais forcément moins bien dans ce contexte. Quand tu es habitué au caviar... Bientôt, je vais couvrir le Clasico, je vais partir la veille, aller dans les bars, voir des amis, sentir l'atmosphère, vivre le truc quoi ! J'ai 60 ans, je vais bientôt mourir (sic), je veux profiter, apprécier.

L'entretien Footengo - Omar DA FONSECA (BeInSports) : "Je suis un grand romantique, un grand sentimental !"

"Je n'ai aucune autre prétention que de vivre le foot avec mes tripes"

Est-ce pour commenter la Liga que vous avez quitté Canal Plus pour BeInSports ?
Oui, forcément, parce que je savais que BeInSport avait beaucoup d'ambitions sur le rachat des droits de tous les championnats, bien au delà de la Ligue 1. Et aussi parce que Charles Biétry, qui m'avait fait venir sur Canal en 1993, est revenu me chercher vingt ans après.

Vous êtes devenu le Georges Eddy du commentaire foot avec votre accent, votre style, vos formules pleines de poésie parfois. Face à des consultants plus classiques, qui adoptent un style formaté et parfois professoral, n'avez-vous pas peur de perdre en crédibilité ?
Je ne fonctionne pas dans la peur ou la retenue. Je suis avant tout convaincu que le foot reste un jeu. Lorsqu'une équipe perd, qu'un joueur se blesse, on peut toujours dire que ce n'est pas sans conséquence, mais je ne dirais jamais que c'est grave. La nuance me parait importante et explique peut-être mon approche de mon rôle de consultant. En tout cas, je n'ai aucune autre prétention que de vivre ces matchs avec mes tripes. Je ne me prends pas pour un prof, je suis davantage dans l'appréciation. Je préfère Iniesta à Gattuso comme je préfère la viande au poisson, sans condamner pour autant le poisson ! Le foot est festif, j'ai toujours eu un tempérament extraverti, il est normal qu'au final ça donne ça (rires). Et je n'en fais pas une affaire de crédibilité. J'aborde le foot comme un art. Une question de sensibilité plus que de crédibilité. Difficile de demander à des journalistes qui n'ont jamais joué au foot de comprendre la position d'un entraîneur par exemple, pourtant il faut bien en parler. De mon côté, je le fais sans porter de jugement. Le foot n'est pas une science exacte qui peut s'expliquer comme un chirurgien pourrait disséquer une opération. Le foot est aléatoire, un poteau qui sort ou un poteau qui rentre, un but de plus ou de moins... il faut relativiser tout ça et en parler avec son coeur et sa sensibilité.

Propos recueillis par F.D.

L'entretien Footengo - Omar DA FONSECA (BeInSports) : "Je suis un grand romantique, un grand sentimental !"
Omar Da Fonseca
Né le 20 octobre 1959 à Buenos Aires
Poste : avant centre
Parcours : CRC Rosario, CA Belgrano, Argentine (1979-80), Velez Sarsfield (1980-1982), FC Tours (1982-1985), Paris SG (1985-1986), Monaco (1986-1988), Toulouse (1988-1990), Paris FC (1990-1993)
Palmarès : champion de France 1986, 1988
Consultant : AB Sports (1996-1998), Pathé Sport (1998-2002), Canal Plus (2002-2012), BeInSports (depuis 2012)
Dirigeant : AS Saint-Etienne, recrutement (2005-2008)
Educateur : Le Perreux, Vincennes
Diplôme : BE1

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