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L'entretien Footengo - Pierre MÉNÈS : "Je pourrais entrainer une équipe de DH"



Ne nous y trompons pas. Les certitudes affichées à longueur de talk show ou de chroniques médias par Pierre Ménès cachent une personnalité beaucoup plus complexe qui ne saurait se résumer à cette récurrente provocation qui fait partie intégrante de sa panoplie.
C'est peut-être dommage car l'efficacité de son discours, au demeurant souvent pertinent, s'en trouve souvent altérée. Lucide sur l'image qu'il peut renvoyer, le plus clivant des journalistes stars du PAF cultive sa différence avec délectation et gourmandise. Et en redemande. (par F.D.)




Pierre Ménès, une gueule !
Pierre Ménès, une gueule !
M. Ménès, quel regard portez-vous sur le foot amateur ?
C'est la base du football, l'ambition de faire jouer le plus de Français possibles pour l'élargir au maximum. Mais je fais la différence entre les petites divisions, le loisir, et les meilleurs niveaux amateurs qui s'apparentent à du semi-professionnalisme parfois.

Avez-vous déjà joué au foot ?
Non, jamais en club. Il faut dire que je suis passé à travers une 4L avec une mobylette lorsque j'avais quinze ans. A cet âge là, ma fracture du fémur ne m'a pas facilité l'accès au foot. J'ai joué ensuite plus tard en corpo lorsque j'étais journaliste à L'Equipe, le championnat du lundi soir sur Paris.

A quel poste ?
Je ne pouvais prétendre qu'à deux : gardien ou avant-centre, là où on peut se permettre de ne pas courir. J'avais choisi avant-centre.

Comprenez-vous ceux qui ne vous accordent aucune crédibilité sous prétexte que vous n'avez jamais joué au football ?
Jean-Michel Apathie parle de politique tous les jours, manque-t-il de crédibilité parce qu'il n'a jamais été un homme politique ? Sacchi, Roux ou Mourinho n'ont jamais été professionnels, sont-ils pour autant de mauvais coachs ?

Ils n'ont jamais été pros mais ont joué au football...
Je me souviens avoir joué un match avec Gérard Houllier... et je peux dire sans problème que je suis meilleur que lui ! Pourtant, je respecte énormément son travail. Ce débat là n'a pour moi plus d'intérêt.

Pierre Ménès, un Guignol.
Pierre Ménès, un Guignol.

"Je suis meilleur à la télé où je peux exprimer mon sens de l'improvisation, ma réactivité. C'est là que je fais la différence."

Comment vivez-vous l'image que véhiculent les médias de vous ?
Je suis clivant, c'est un fait ! Je le conçois et je m'y suis habitué. Je sais que lorsque je dis du mal de l'OM, on dit tout de suite que je suis anti OM, idem pour tous les autres clubs. Mon fonds de commerce consiste à dire ce que je pense, sans langue de bois, d'être franc. Je l'assume sans problème.

Auriez-vous imaginé devenir un des journalistes les plus écoutés du pays lorsque vous avez débuté à France Football il y a plus de trente ans ?
On ne peut pas imaginer ou anticiper un tel parcours. Lorsque je suis entré à L'Equipe, mon rêve était de couvrir des matchs de Ligue 2, puis de Ligue 1 et de coupes d'Europe ensuite. Pendant vingt et un ans, la progression a été régulière jusqu'à ce que je me retrouve à la télé.

Et là, tout a basculé. Parce que vous étiez davantage fait pour l'image que pour l'écrit ?
En presse écrite, on n'est pas assez payé (rires ) ! Je pense surtout que je suis meilleur à la télé où je peux exprimer mon sens de l'improvisation, ma réactivité. C'est là que je fais la différence.

Canal vous a embauché pour faire le buzz et jouer le matador sur le plateau...
(il coupe) Canal ne me demande rien, n'attise rien, ne freine rien de ce qui appartient à ma nature profonde. Je ne suis pas un comédien qui joue un rôle, mais si j'aime ça dans un autre cadre. Je suis moi-même. J'ai toujours fait confiance à mon instinct. Mais je sais bien qu'avant l'émission tout le monde se demande : "Qui va-t-il se payer Pierrot ?" C'est d'ailleurs pour éviter de tomber dans la caricature que je vais faire davantage de commentaires de matchs de Premier League cette saison et être moins souvent sur les débats en plateau.

Pierre Ménès, un équipier.
Pierre Ménès, un équipier.

"Pas besoin de diplômes ! J'ai trente ans de football derrière moi"

Vous avez été dirigeant d'un club, au Stade de Reims, l'espace d'une saison, officiellement en charge de la communication et du marketing, qu'en retirez-vous ?
Rien car je suis tombé sur des mauvais et des jaloux. Lorsque je suis sorti de là, j'ai culpabilisé, je me rejetais la faute dessus. Je cherchais à comprendre. Avec le temps, avec ce qui s'est passé ensuite dans ce club, je me suis aperçu que je n'y étais pour rien.

Une autre expérience dans un club vous tente-t-elle ?
Dans l'immédiat, non, mais lorsque je prendrais du recul avec mes activités médiatiques, pourquoi pas ! Tiens, je pourrais prendre une équipe amateur de DH, à La Baule ou à Pornichet...

Vous seriez prêt à passer vos diplômes d'entraîneur pour diriger une équipe, préparer des entraînements etc ?
Pas besoin de diplômes ! J'ai trente ans de football derrière moi, et de toute façon, n'importe quel abruti qui se procure des bouquins sur les entraînements peut diriger une équipe.

Voilà une approche qui risque de ne pas plaire aux entraîneurs qui se décarcassent pour décrocher leur sésame !
Toux ceux qui passent leur diplôme n'ont pas mon expérience. En plus de vingt ans de carrière, j'ai quand même vu plus de mille matchs, autant de séances d'entraînements. J'ai discuté des heures et des heures avec des Gourcuff, Denoueix, Carrière etc. Franchement, ça vaut pas mal d'heures de formations tout ça ! Oui, ça m'amuserait de prendre une DH un jour...

Contrairement aux apparences, Evra et Benzema sont peu sensibles à l'humour de Pierre Ménès.
Contrairement aux apparences, Evra et Benzema sont peu sensibles à l'humour de Pierre Ménès.

"Contrairement aux apparences, je me maîtrise beaucoup."

Lorsque vous en aurez fini avec les spots de la télé ?
Je suis sous contrat avec Canal jusqu'en 2016 et comme ils viennent de racheter les droits de la L1 jusqu'en 2020 mon objectif est d'arriver au moins jusqu'à 2020. Après, on verra.

Luzenac interdit de montée en L2, que vous inspire cette décision ?
Il est toujours triste de voir un football incapable d'appliquer sa justice sportive, celle du terrain. En fin de saison, j'ai vu beaucoup de reportages télé sur le thème du petit village qui arrive parmi les gros et je suis déçu de voir que les mêmes qui courraient après Barthez en mai pour avoir une interview se désintéressent complètement du problème aujourd'hui. J'ai entendu peu de gens défendre Luzenac dans les médias, surtout pas les clubs de L2 qui n'ont pas voulu partager le gâteau. Certes, les dirigeants n'ont pas été très réactifs dans l'histoire du stade mais aussi peut-être parce que l'aspect financier semblait être en priorité au départ la cause de tous leurs soucis. Ils ont une part de responsabilité, c'est certain, mais on leur a mis pas mal de bâtons dans les roues.

Vous arrive-t-il de regretter certains propos, de penser que vous êtes allé un peu loin parfois ?
Pas tant que ça finalement car, contrairement aux apparences, je me maîtrise beaucoup. Quand j'ai des accès des colères, je fais en sorte de m'en sortir par deux ou trois pirouettes, pour ne pas être trop méchant. Dans l'affaire Brandao par exemple, cela fait des mois que j'ai tiré la sonnette d'alarme avec ce joueur et j'en trouve encore qui viennent le défendre. Voilà le genre de choses qui m'énerve. Là, je ne peux pas me taire...

A l'inverse, vous énervez pas mal ceux qui vous reprochent d'avoir vos chouchous... et vos têtes de turc !
Je vous voir venir. Pour la première catégorie, si vous voulez parler de Thierry Henry, je suis désolé de défendre un joueur qui a quand même un palmarès incroyable, recordman français des buts marqués en équipe de France et toutes compétitions confondues, élu joueur du siècle à Arsenal. J'aimerais qu'on m'accuse tous les jours de privilégier ce genre de joueur français. Pour les autres, il est évident qu'il m'étonnerait fort qu'Evra ou Benzema m'invitent un jour à diner. De toute façon, si ça arrive, je pense que je n'irais pas. Mais il faut relativiser tout ça, je ne parle que de foot, je n'ai pas inventé le vaccin contre la rage...

Propos recueillis par F.D.

Pierre Ménès
Né le 29 juin 1963 à Paris
Parcours : GO au Club Med, France Football, L'Equipe (1984-2005), L'Equipe TV (1999-2003), M6 (2005-2009), Canal Plus (depuis 2009)
Dirigeant : Stade Reims (2005-2006)
Collaborations : Europe 1 (Match du lundi) en 1999, France 3 (T'empêche tout le monde de dormir) en 2007, RTL (Multiplex L1) en 2008, Yahoo (Pierrot le foot) entre 2006 et 2012, Direct Sport (depuis 2009), Footineo (son site Internet)

L'entretien Footengo - Pierre MÉNÈS : "Je pourrais entrainer une équipe de DH"

Ce qu'il en pense...

Eric Carrière (associé Footengo) : "D'accord sur le fond, moins sur la forme..."
"Pierre connait bien le football et, dans ses analyses, je suis très souvent d'accord avec lui. Je suis moins en phase dans la manière qu'il a de les exprimer. La forme me gêne plus que le fond car ses réflexions sont pertinentes et intéressantes, à l'image de l'homme qu'il est, intelligent, cultivé et très vif. Quand on me parle de lui, de notre collaboration au sein du Canal Football Club, je dis souvent que c'est comme dans une équipe de foot, on ne peut pas aligner que des latéraux ou des gardiens de but. Un buteur sera toujours un peu plus égoïste, un milieu plus attentif à l'équilibre de l'équipe etc. La télé me rappelle à bien des égards le vestiaire avec ses problèmes d'ego, de personnalités différentes à gérer.
J'ai juste conscience que ce qu'il fait n'est pas donné à tout le monde grâce à sa répartie, son humour. Il tient sa légitimité de son expérience, de son passé de journaliste où il a longtemps été sur le terrain, et de la confiance que lui accordent les téléspectateurs. Pour le reste, je peux comprendre que la forme puisse heurter parfois des joueurs ou des coachs mais il faut savoir qu'il ne joue pas un rôle, qu'il est tout le temps comme ça, sur le plateau comme dans la vie."

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