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L'entretien Footengo - Reynald PEDROS : "En CFA2, vous avez beau avoir été international, si vous n'êtes pas prêt..."



Volontiers rebelle lorsqu'il faisait partie de la "dream team" de Coco Suaudeau, championne de France en 1995, Reynald Pedros s'est énormément assagi pour embrasser la carrière d'entraîneur d'abord, de consultant ensuite. Cette maturité, forgée par un parcours de joueur quelque peu chaotique, après son départ de Nantes, lui a permis de rebondir à plusieurs reprises déjà depuis l'arrêt de sa carrière... à 36 ans dans un club de DH. Le foot amateur, il sait ce que c'est. (par F.D.)




Lors de son jubilé, en 2010 à Orléans, chez lui, les anciens Jaune et Vert avaient répondu présent. (photo : www.lokosportevenements.com/)
Lors de son jubilé, en 2010 à Orléans, chez lui, les anciens Jaune et Vert avaient répondu présent. (photo : www.lokosportevenements.com/)
Reynald, à la fin de votre dernier contrat pro, vous avez de suite enchaîné dans le foot amateur, comme joueur d'abord, entraîneur ensuite. Comment aviez-vous vécu cette transition ?
Plutôt bien car je m'y étais préparé. Je voulais jouer encore et il me paraissait évident de le faire au niveau amateur. En parallèle, j'avais aussi passé mes diplômes d'entraîneur, jusqu'au DEF, ce qui m'a permis de répondre favorablement à la sollicitation d'un club de DH, Saint Jean de la Ruelle. J'ai donc enchaîné de suite. J'avais 36 ans et, sans ça, j'aurais voulu continuer à jouer encore un peu.

Preniez-vous encore du plaisir à jouer ?
Franchement... pas vraiment. Mais je n'étais pas surpris par ce que je découvrais, je m'y étais même habitué. Je jouais dans des clubs qui n'ambitionnaient pas de monter, sans trop de pression donc. Mais il était important pour moi de ne pas raccrocher.

Qu'est-ce qui était le plus dur pour le joueur que vous étiez encore ?
De ne plus avoir le même niveau. Il ne faut pas croire, même en CFA2, si vous n'êtes pas au top physiquement, ou simplement prêt à répondre aux exigences dans l'engagement, vous avez beau avoir été international, ça ne suffit pas. Il faut être capable de répéter les efforts. Sans ça, vous souffrez.


Il a effectué ses premiers pas de coach à Saint Jean de la Ruelle en DH du Centre (photo : La Charente Libre)
Il a effectué ses premiers pas de coach à Saint Jean de la Ruelle en DH du Centre (photo : La Charente Libre)

"Si j'avais trouvé un club de National à ce moment là, j'aurais continué."

Et comme entraîneur, à quelles problématiques avez-vous été confronté ?
Au début, à aucune... tout s'est enchaîné naturellement et s'est bien passé. J'ai signé dans un club soi disant "difficile" (à Saint Pryvé Saint Hilaire : ndlr) et la première année a été presque parfaite à tous les niveaux. Nous sommes montés en CFA la seconde saison. C'est lors de la troisième, alors que les résultats étaient plus difficiles, que les choses ont commencé à devenir compliquées avec des énergumènes, au sein du club, qui ont un peu mis la panique en se mêlant de tout. Quand j'ai arrêté, j'avais tout de même la satisfaction d'avoir permis à un groupe d'aller au bout de ses intentions, d'avoir vécu de belles choses avec lui. Sans ces perturbateurs, j'aurais pu continuer...

Vous ne l'avez pas fait et, depuis, vous n'avez plus replongé. Pourquoi ?
Parce que je suis sorti vidé de ces trois saisons, j'ai eu besoin de souffler un an avant de chercher un autre club. Même à ce niveau, et je dirais même surtout à ce niveau, entraîner est un métier très difficile, très prenant, où tu dois être au taquet 24 heures sur 24, en permanence dans une atmosphère de travail et de performance. Mais si j'avais trouvé un club de National à ce moment là, j'aurais continué.

Même en amateur, le métier d'entraîneur est aussi prenant que ça ?
Surtout en amateur ! Un entraîneur à plein temps, comme je l'étais, au niveau amateur, ne dispose pas d'adjoints, de kinés, de préparateurs physiques, d'entraîneur des gardiens, de toubibs, etc. Il doit tout faire, de la vidéo aux séances d'entraînement, à la recherche des kinés ou des docteurs. Et comme je voulais tout gérer pour que les joueurs soient le plus performant possible, c'était très usant.

Aujourd'hui, il est épanoui dans son rôle de consultant... (photo : Canal+)
Aujourd'hui, il est épanoui dans son rôle de consultant... (photo : Canal+)

"Je sais que je ne pourrais jamais reproduire ce que j'ai vécu à Nantes"

Depuis trois ans, le terrain vous manque-t-il ?
Oui, bien sûr... même si je ne retournerai plus au niveau amateur. Je pensais qu'il était important d'en passer par là parce que c'est très formateur et enrichissant mais aujourd'hui je ne replongerais que dans un cadre professionnel.

Faites-vous les démarches pour ça ?
Non, je ne me positionne pas plus que ça. Je suis bien dans mon poste de consultant sur Canal Plus. J'aime ça.

N'avez-vous pas peur que les clubs considèrent que vous avez tourné la page ?
De toute façon, même quand vous êtes en poste, les clubs ne pensent pas à vous si vous ne faites pas les démarches nécessaires. J'évolue depuis toujours le milieu du football et je sais comme ça fonctionne. Pour retrouver un club, un poste, c'est souvent un concours de circonstances, un coup de chance. Ton relationnel peut t'amener à faire des rencontres, à susciter l'intérêt d'un président. Je reste ouvert à ça et je sais que c'est possible.

Après Nantes, le joueur que vous étiez avait eu du mal à s'adapter à d'autres contextes. Est-ce que cela peut être pareil pour l'entraîneur que vous êtes ?
Non, car autant je n'avais pas connu autre chose que le FC Nantes lorsque j'ai quitté le club, autant je suis riche de diverses expériences aujourd'hui. De toute façon, je sais que je ne pourrais jamais reproduire ce que j'ai vécu à Nantes. Je me sers de ce que j'ai appris ailleurs, autant des coachs qui m'ont marqué dans le bon sens, comme Suaudeau, Ancelotti ou Malezzani à Parme, ou de ceux qui m'ont surtout permis de prendre conscience de ce qu'il ne fallait pas faire. Mes conceptions d'entraîneur ont été forgées avec cet amalgame et restent empreintes d'une grande exigence.

Entraîneur, on n'imaginait pas forcément le joueur un peu rebelle que vous étiez prendre ce chemin ?
C'est vrai... Mais je me posais beaucoup de questions quand je jouais. Je me demandais notamment que faire après ma carrière. Je voulais absolument ne dépendre de personne et me débrouiller tout seul. Lorsque j'ai passé mes diplômes d'entraîneur, je ne savais pas trop dans quoi je m'embarquais, ni si ça allait me plaire. Finalement, ça m'a plu et le discours des entraîneurs formateurs qui ont croisé ma route m'a encouragé à continuer. Je voulais avoir mon DEF pour pouvoir entraîner au moins une équipe de National. J'ai été aussi surpris que vous mais j'ai beaucoup appris et je me suis aperçu que mes nombreux voyages, mes nombreux changements de club pouvaient être un plus dans l'expérience acquise.

" J'ai été victime de ma réputation, avec des coachs qui se servaient de ça pour expliquer leurs choix alors que je n'ai jamais triché, que j'ai toujours été un joueur hyper professionnel."

Vous n'avez pas toujours eu des rapports faciles avec vos entraîneurs !
C'est vrai aussi (rires) ! Je voulais jouer tout le temps et lorsque ce n'était pas le cas, j'attendais du coach des explications rationnelles et, surtout, honnêtes. Or, j'ai été victime de ma réputation, avec des coachs qui se servaient de ça pour expliquer leurs choix alors que je n'ai jamais triché, que j'ai toujours été un joueur hyper professionnel. Certains ont rebondi sur cette mauvaise image pour se justifier et je trouvais ça insupportable de malhonnêteté.

Allez-vous poursuivre jusqu'au DEPF ?
Je ne veux pas sacrifier pour le moment ce que je fais sur Canal Plus. Je le ferai éventuellement si j'intègre un jour une structure professionnelle.

Lorsque vous regardez les matchs pour Canal, le faites-vous avec l'oeil du coach ou celui du consultant ?
Je regarde les matchs avec le regard du coach, de l'ancien joueur et du supporter que je suis. Je regarde comment les joueurs évoluent ensemble, ce que les coachs disent, ce qu'ils mettent en place tactiquement. Ce n'est pas un exercice facile car il faut rester vigilant et ne pas penser détenir la vérité. Ça reste mon opinion, ma vérité. Mais je pense que c'est plus facile pour quelqu'un qui a évolué à un bon niveau et qui sait ce que c'est. En toute humilité.

Vous voyez-vous longtemps exercer ce métier de consultant ?
Je suis dans une logique de progression. Si je sens que je progresse dans ce que je fais, je continue. Sinon, si c'est pour faire toujours les mêmes choses, ça va vite me lasser.

Comment êtes-vous devenu consultant ?
Par l'intermédiaire d'un ami qui travaillait sur Infosports. Pour l'Euro 2012, la chaîne m'a proposé d'intervenir comme consultant pendant quelques semaines. C'est parti comme ça. Je me suis pris au jeu, ça m'a vite plu et aujourd'hui j'interviens dans Jour de foot, le vendredi soir, et dans l'émission Les Spécialistes.

Avez-vous des regrets sur ce que fut votre carrière de joueur ?
J'en ai quelques-uns, forcément, même si toutes les décisions que j'ai pu prendre, sur le moment, furent les meilleures. En tout cas, je les assume toutes.

Propos recueillis par F.D.

L'entretien Footengo - Reynald PEDROS : "En CFA2, vous avez beau avoir été international, si vous n'êtes pas prêt..."
Reynald Pedros
Né le 10 octobre 1971 à Orléans
Consultant Canal + depuis 2012.
Parcours
Joueur : FC Nantes (1990-96), Marseille (juillet-décembre 1996), Parme (janvier-juin 1997), Naples (juillet-décembre 1997), Lyon (janvier-juillet 1998), Parme (1998-99), Montpellier (1999-2000), Toulouse (2000-2001), Bastia (2001-2003), Maccabi Nazareth, Israël (2003-2004), Al Khor SC, Qatar (2004-2005), Imphy Decize (2005-2006), La Baule (2006-2007), FC Baulmes, Suisse (2007-2008)
Palmarès : champion de France 1995, 25 sélection en équipe de France, meilleur passeur de L1 en 1994 et 1995.
Entraîneur : Saint Jean de la Ruelle, DH (2008-2009), Saint Pryvé Saint Hilaire, CFA2 (2009-2012)
Diplôme : DEF

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