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L'entretien Footengo - Rolland COURBIS (MHSC) : "Vous aussi vous pensez que je suis parano ?"



Avec Rolland Courbis, il ne faut surtout pas se fier aux apparences. Derrière l'homme de réseaux, qui a longtemps joué avec le feu, qui s'est souvent brûlé, mais qui a toujours démontré une capacité hors norme à toujours retomber sur ses pattes, se cache un vrai technicien, un authentique tacticien, un vrai passionné qui sait de quoi il parle et qui parvient, surtout, la plupart du temps à tirer le meilleur de ses effectifs. Derrière la grande gueule se cache un homme sensible qui souffre du manque de reconnaissance de ses pairs et qui ne désespère pas, un jour, d'être enfin jugé à sa juste valeur. (par F.D.)




Rolland Courbis, un coach sous côté ?
Rolland Courbis, un coach sous côté ?
Rolland, selon une récente étude effectuée par Celebrity DBI pour Repucom, agence de conseil en communication et sponsoring dans le sport, vous êtes le troisième entraîneur de L1 le plus connu, derrière Laurent Blanc et Claude Makélélé. Qu'est-ce que ça vous inspire ?
Parce qu'il y en a deux devant moi (rires) ? Sérieusement, pour Laurent Blanc, il serait plus logique de dire que cette popularité lui vient du PSG. Pour Makélélé, qui arrive devant moi, certes, mais aussi devant Bielsa par exemple - que Montpellier a battu deux fois cette saison, mais passons ! - je ne trouve pas les mots ! Je pousse surtout un énorme ouf de soulagement en pensant que célèbre ne signifie pas forcément compétent.

Vous êtes à Montpellier depuis trois ans, avec plus de 160 matchs à votre actif, L2 et L1 confondus, vos meilleures stats depuis que vous êtes coach, n'est-ce pas ici que vous avez désormais le plus de chances de laisser une trace profonde ?
Vous oubliez Toulon !

Mais à Toulon, vous avez été entraîneur mais aussi manager général, et nous n'avons comptabilisé que votre période d'entraîneur !
On joue sur les mots là, c'est comme si vous me disiez qu'Arsène Wenger n'est pas l'entraîneur d'Arsenal...

Bref, le Courbis de Montpellier est-il un meilleur coach que le Courbis de Toulon ?
Si être un meilleur entraîneur c'est avoir plus d'expérience, alors j'ai progressé, oui, évidemment et heureusement. Avec le peu de choses que je savais, que j'avais apprise en urgence pour ma première saison sur le banc à Toulon, je n'aurais pas été capable d'entraîner Marseille ou Bordeaux plus de trois semaines.

L'entretien Footengo - Rolland COURBIS (MHSC) : "Vous aussi vous pensez que je suis parano ?"

"S'il suffisait de gagner une coupe pour être un bon coach !"

De Toulon à Montpellier aujourd'hui, en passant par Marseille, Bordeaux, Ajaccio ou Toulouse, où avez-vous été le
meilleur ?

Peut-être à Ajaccio où nous avons été champions de L2 avec le 20ème budget du championnat, des structures d'entraînement inexistantes et un club à construire. Terminer premier dans ce contexte là a été un exploit. Mais je n'oublie pas non plus mon récent passage en Algérie qui n'a pas été simple du tout mais où nous avons gagné la coupe d'Algérie, celle de l'UAFA, l'équivalent de l'Europa League en Afrique, en plus du titre de champion.

Réussir en Algérie n'a pas eu le même impact en France ?
Je le vois bien et je m'en étonne. Lorsque la sélection algérienne fait une épopée en Coupe du monde, L'Equipe en fait sa une et tous les journalistes s'enthousiasment, à raison, sur la performance, mais lorsqu'il s'agit de magnifier les résultats d'un entraîneur français qui réussit dans ce même pays, c'est bizarre, on n'en parle pas ! Je suis donc obligé d'expliquer certaines choses et de constater qu'il y a deux poids deux mesures et qu'on ne considère pas que mon bilan de 45 victoires en 50 matchs avec l'USM Alger mérite qu'on s'y attarde. Et quand je rentre chez moi, je ne peux que constater que les journalistes pensent encore que je n'ai toujours rien gagné !

Cette image d'entraîneur qui n'a rien gagné vous énerve ?
Elle ne m'énerve pas mais elle me chiffonne un peu quand même car c'est une façon de dénigrer tout le travail que j'ai pu faire avec Toulon ou avec Ajaccio par exemple, avec Montpellier aussi, sans gagner de coupe de France certes mais en permettant à ces clubs de se maintenir ou de monter dans des conditions difficiles. S'il suffisait de gagner une coupe pour être un bon coach ! Mais ce n'est pas à moi de vous expliquer mes qualités.

L'entretien Footengo - Rolland COURBIS (MHSC) : "Vous aussi vous pensez que je suis parano ?"

"Le problème c'est que j'ai perdu dix ans de ma carrière à régler des soucis personnels extra-sportifs. Je ne peux m'en prendre qu'à moi-même."

N'êtes-vous finalement pas prisonnier de votre image ?
Le problème c'est que j'ai perdu dix ans de ma carrière à régler des soucis personnels extra-sportifs. Je ne peux m'en prendre qu'à moi-même. C'est ma vie privée. Mais quand je vois tout le pataquès qu'on fait avec certains collègues entraîneurs qui réussissent dans de grands clubs, je me dis : "Tiens, là, il me semble que je pourrais faire aussi bien. Et peut-être même mieux !"

Après Bordeaux et Marseille, sans ces problèmes judiciaires que vous évoquez, auriez-vous pu espérer entraîner des clubs plus huppés ?
Je ne sais pas. La réalité c'est que j'ai redémarré avec la sélection du Niger, pour remettre le nez à la fenêtre. Puis j'ai tenu pendant un an en Algérie, avec les résultats que vous savez et dans des conditions pas évidentes du tout. Derrière, Loulou (Nicollin) m'a appelé car son club n'allait pas bien du tout. Il est normal de ne pas l'avoir été par le PSG même si, à Bordeaux, ça a failli se faire. Je suis déjà content et comblé d'avoir pu revenir à Montpellier, qui n'est pas un grand club mais qui n'en est pas un petit non plus.

On a l'impression que vous n'avez jamais été aussi bon que depuis que vous êtes à Montpellier, où les résultats sont là, la manière aussi. On se trompe ?
Il est difficile de savoir si un entraîneur est bon ou pas. Il ne suffit pas toujours de regarder le palmarès ou les matchs gagnés ou perdus, ça serait trop facile et on récompenserait toujours les mêmes. Un coach, c'est comme un buteur, des fois il a un poteau rentrant, d'autres fois, un poteau sortant... en étant toujours le même joueur pourtant. Il y a des saisons où vous êtes plus en forme que d'autres, où vous avez plus de flair et de réussite dans votre coaching. Avec Ajaccio, quand nous avons été champion de L2, on a gagné douze matchs 1-0 avec un maximum de réussite. Chaque fois que je faisais entrer un joueur, il marquait, tous les tournants de toutes les rencontres étaient à notre avantage. L'année d'après, c'était l'inverse. Pourtant, j'étais le même coach.

L'entretien Footengo - Rolland COURBIS (MHSC) : "Vous aussi vous pensez que je suis parano ?"

"Je m'en suis sorti par une pirouette mais, au fond de moi, je l'avais en travers."

Alors c'est quoi un bon coach, celui qui gagne, forcément ?
C'est celui qui aura réussi à tirer 100% de son effectif. Point barre. Mais comment on fait pour le savoir, pour le juger. Si Montpellier termine européen cette saison, n'aurais je pas plus de mérite que l'entraîneur du PSG qui sera champion ? Franchement, je ne voudrais pas paraître présomptueux mais quand je fais le bilan depuis mon arrivée à Montpellier, alors que le club était au fond du classement, après une crise de croissance post-titre de champion de France, je peux me regarder tranquillement dans ma glace le matin ! On a perdu Stambouli et Cabella entre temps mais le club est toujours en Ligue 1 et joue le haut de tableau avec l'une des meilleures attaques du championnat. J'ai la faiblesse de croire que j'y suis, peut-être, un peu pour quelque chose !

Toujours cette impression de ne pas être jugé sur votre valeur mais sur votre image ?
Je vais vous raconter une anecdote et vous pourrez dire que je suis parano ! Lorsque nous avons été champion de L2 avec Ajaccio, en fin de saison, avec le 20ème budget, les trophées UNFP et Canal Plus récompensaient les meilleurs joueurs et entraîneurs de la saison. Je n'étais même pas nominé parmi les quatre entraîneurs de L2. Lorsque des journalistes sont venus m'interroger, j'ai préféré faire dans l'ironie, et dire que, de toute façon, je ne me considérais pas comme un entraîneur de L2 mais bien de L1. Je m'en suis sorti par une pirouette mais, au fond de moi, je l'avais en travers. Comment voulez-vous que je ne rigole pas quand je vois certains collègues collectionner les titres et les places de finalistes, de vice-champions sur des palmarès à rallonge ? Moi, quand je suis vice-champion avec l'OM ou finaliste de la coupe UEFA, ça ne compte pas. Si un jour je vais aux Jeux Olympiques et que je ramène la médaille d'argent, on dira que seule la médaille d'or compte.

Dans ces conditions, où trouvez-vous alors la reconnaissance de ce que vous faites, de votre travail ?
Dans le bouche à oreilles... quand 99 joueurs sur 100 expliquent, quand on veut bien prendre le temps de le leur demander sans avoir peur de la réponse, qu'ils ont progressé avec moi. A un certain moment avant que je rejoigne le cimetière, peut-être qu'il va falloir que certains se rendent à l'évidence et disent enfin : "Tiens, celui-là, finalement, il doit pas être si mal que ça !"

Propos recueillis par F.D.

L'entretien Footengo - Rolland COURBIS (MHSC) : "Vous aussi vous pensez que je suis parano ?"
Rolland Courbis
Né le 12 août 1953 à Marseille
Parcours
Joueur : US Police, Marseille (1966-72), Ajaccio AC (1972-73), Olympiakos, Grè. (1973-74), FC Sochaux (1974-77), Monaco (1977-82), Toulon (1982-85)
Palmarès : champion de France 1972, 1978 et 1982, coupe de France 1980, champion de Grèce 1974, champion de France de D2 1983
Entraîneur : Toulon (1986-90), US Endoume (1991-92), Bordeaux (1992-94), Toulouse (1994-95), Bordeaux (1996-97), Marseille (1997-99), Lens (2000-2001), Ajaccio AC (2001-03), Al Wahda Club, EAU (2003), Alania Vladikavkaz, Russie (2004), Ajaccio AC (1984-86), Montpellier (2007-09), Niger, sélection (2012), FC Sion, Sui. (2012), USM Alger (2012-2013), Montpellier (depuis décembre 2013)
Palmarès : finale de la coupe UEFA 1999, coupe d'Algérie 2013, coupe de l'UAFA 2013, champion de France de L2 2002, finaliste de la coupe de la Ligue 1997.

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